SON ÉVOLUTION
perdre au cours du septième. 11 est très vraisemblable que Mani et Priscillien, Basilide et Montanus ont été l’objet d’un culte de la part des hérétiques. Sulpice Sévère le déclare expressément en ce qui concerne Priscillien (1) ; Mani était identifié avec l’Esprit-Saint (2) ; nous avons encore quelques textes qui attestent le prestige de Basilide (3) ; et saint Grégoire déclare que Montanus, aussi bien que Mani, était parfois identifié avec l’Esprit (4). On peut donc affirmer l’existence d'un culte voué à ces prophètes. — Passé le temps de Grégoire, c’est la nuit complète : on n’entend plus parler d’aucun d’eux, Priscillien et Mani mis à part. Il est très probable que leur mémoire a sombré dans l’oubli avec les derniers souvenirs du monde romano-grec.
Si l’on compare les actes du concile de Braga en 563 avec la lettre de Léon à Thoribius [447], on constate que ceux-là ont élé rédigés d’après celle-ci. J’ai cité l’un et l’autre texte ; le lecteur qui voudra bien s y reporter se rendra facilement compte du fait. Les propositions 1, 2, 3, 4, 6, 7, 8, 10, 11, 12, i5 de la
lettre de Léon équivalent aux anathématismes 1, 2, 3, 4, 5, 7, 11, 12, 6, 9, 10 et 17 du concile de Braga : il est très vraisemblable que, en ces points-là, la doctrine n’a pas évolué d’une manière sensible.
Mais voici trois propositions que condamne saint Léon et que ne reproduisent pas les actes de 563 : il ne faut pas dire que l’homme né delà femme est l’enfant de la promesse et peut être associé à la vie de Dieu : ce privilège est réservé à ceux qu’a conçus le Saint-Esprit [§ 9] ; — il faut rattacher au nom des
(1) « Priscilliano occiso... haeresis... confirmata latius propagata est. Namque sectalores eius, qui eum prius ut sanctum honorauerant, postea ut martyrem colere cœperunt. Peremptorum corpora ad Hispanias relata magnisque obsequiis celebrata eorum funera : quin et iurare per Priscillianum summa religio putabatur [Sulp. Sev. Chron. II, 51, Halm., 104].
(2) « Promissionem D. N. J. C. de Paracleto Spiritu Sancto in suo haeresiarcha Manicheo dicunt esse completam. [De haeresibus , 46. — P. L. 42, 39.] Voir Evode, f 24. P. L. 42, 1146.
(3) Voir plus haut, p. 94, n., les citations de saint Jérôme; Hegemonios : Acta Archelai , 67 [Beeson, 96), et les gestes de Basilide, infra p. 117 et 306, n.
(4) Gregorius Quirico episcopo et caeteris episcopis in Hiberia constitutis... Hi uero haeretici qui in Trinitatis nomine minime baptizantur, sicut sunt Bonosiaci et Cataphrygae, quia et illi Christum Dominum non credunt, et isti sanctum Spiritum perverso sensu esse quemdam pravum hominem Montanum credunt, quorum similes multi sunt alii... » Ep. XI, 67, P. L. 77, 1206. A. Cf. Gesta Montani 17 juin 278 G. M. B., I, 258 et C. Théod. XVI. V, 40. Il est possible que Basilide ait été aussi assimilé à l’Esprit-Saint. — Je ne saurais rien dire de précis quant à Simon.
LE NÉO-MANICHÉISME. SA NATURE
patriarches tout le corps des Écritures canoniques [§ 1 3] ; — le corps est sous l’influence des astres pro terrena qualitate [§ i4].
Et voici cinq anathématismes de 563 auxquels ne répond aucun texte parallèle dans la lettre de Léon : certaines créatures sont l’œuvre du diable, parmi lesquelles le tonnerre, les éclairs, les tempêtes, les sécheresses [§ 8] ; — la chair a été créée par les anges mauvais [§ 1 3] ; — la chair est à ce point maudite qu’il ne faut pas manger de simples légumes cuits avec un morceau de viande [§ i4] (î) ; — les clercs et les moines ne peuvent pas cohabiter avec des feminae acloptivae , mais seulement avec leurs mère, sœurs, tante ou proches parentes [§ 1 5] ; — le vendredi saint, jour de la ccenci domini, il faut assister à la messe, à jeun, dans l’église, à une heure déterminée après none, et non pas célébrer à partir de tierce la solennité de ce jour en interrompant le jeûne et en assistant à une messe des morts [§ 16 (2).
Sur ces huit points, la doctrine a évolué ; et l’on discerne aisément dans quel sens. Les trois idées qui se sont atténuées, ou qui ont totalement disparu, ont, semble-t-il, une racine purement théologique et littéraire. Les cinq idées qui se sont développées rentrent dans la démonologie ou concernent la vie pratique et rituelle : le populaire s’intéresse aux pratiques, aux rites, aux démons, autant qu’il se moque de la théologie savante. La croyance qui discerne dans certaines créatures ou dans certains phénomènes nuisibles à l’homme l’œuvre particulière du diable [§ 8] est certainement très antique (3). Seulement cette superstition n’arrête pas Thoribius, ni les conciles de 447 448; à la fin du sixième siècle, au contraire, on la retrouve dans la lettre tombée du ciel en même temps que dans les anathèmes
(1) Disposition reproduite au canon 14 de ce même concile. [En même temps que les 17 anathèmes, les Pères de Braga publièrent 22 canons. Hefele-Delarc, III, 559.]
(2) A ces huit différences essentielles, j’en ajoute cinq autres dont l’importance est moindre : 1. de la comparaison de L. 10 avec B. 6, il ressort que le texte léonin seul prétend expliquer l’inégalité des bonheurs humains par ce fait que les puissances célestes, qui enferment les âmes dans les corps, sont inégalement sévères ; — 2. seul, le texte de Braga, 5, déclare divine la substance angélique ; — 3, seul, le texte de Braga, 1, emploie l’expression solilaria persona à propos de l’Unicité personnelle de Dieu ; — 4. seul, le texte de Braga, 2, nomme une des vertus divines, procédant de l’essence de Dieu sans lui être coéternelles, la Trinité delà Trinité \ — 5. ces puissances célestes sont dénommées uirtutes proceclentes ex Deo par le texte léonin, diuinilatis nomina... extra sanctam Trinitalem par Braga.
(3) Cf. G. M. B., iî, p. 170 et supra p. 38, n. 2.