LES ÉGLISES
de 563 ; c’est donc qu’elle s’est répandue et enracinée, et qu’elle exerce plus d’influence.
11 est vraisemblable qu’au cours des siècles la doctrine néomanichéenne s’est allégée de théologie (î), désorganisée, diversifiée et chargée de pratiques superstitieuses. Mais il est vraisemblable aussi que son inspiration première et sa théologie fondamentale n’ont pas été modifiées et qu’elles sont demeurées intimement dualistes ; au dixième siècle c’est un dualisme franc que condamne Gerbert.
Le caractère des églises néo-manichéennes est beaucoup plus obscur que la nature de la doctrine qu’on y prêchait.
Les églises néo-manichéennes ont d’abord continué, évidemment, les églises manichéennes et conservé leur organisation. Le Manichéisme venait d’OrienQ l’aire d’expansion du Manichéisme doit coïncider à peu près avec celle des autres religions orientales. Or, l’expansion de ces religions s’est opérée souvent dans une double direction : le long des routes commerciales et autour des camps; les marchands et les soldats, voilà les deux missionnaires qui apportent à l’Occident le message de Mithra (2). Les bords de la Méditerranée et les pays rhénans ont dû compter de nombreuses églises néo-manichéennes ; celle qui a exercé son influence sur les clercs de Lyon remonte peu I -être à l’époque romaine.
Quelle était l’organisation des églises ? A l’intérieur de chacune d’elles, Léon nous l’indique (3), les hérétiques étaient répartis en deux groupes, fidèleset clergé, que dirigeait parfois un évêque.
(1) Voir plus haut, p. 103, n., comment la cosmogonie mythologique du protomanichéisme semble s’être perdue de bonne heure. — Il a dû, en conséquence, se mélanger avec les croyances païennes survivantes. Voir la conjecture de Cumont [Textes et monuments figurés relatifs aux mystères cle Mithra, II (1896) 402] à propos d’un passage des gestes de saint Andéol [lar mai 38] : il veut lire Mitrae à la place de Mar lis. Peut-être la confusion Martis-Mithræ n’est-elle pas seulement le fait d’un scribe. — Noter supra, p. 82, le texte de Méginhard de Fulda, les détails doctrinaux qu'il souligne, les données littéraires qu’il apporte : on croit apercevoir derrière des légendes tendancieuses sur l’ascension de Jésus, l’activité des anges au ciel, le mariage. Mais tout cela est trop incertain pour qu’on puisse préciser ce qui est dit dans le texte.
(2) Cumont.
(3) Cf. supra , p. 5.
LE NÉO-MANICHÉISME. SA NATURE
Ilsemble qu’il y ait eu, àcôlédu clergé, des moines et des vierges sacrées, comme chez les Catholiques (1). 11 semble encore que les fidèles aient été rangés en deux catégories : ceux qui étaient electi (2), ceux qui étaient de simples auditeurs ; on passait de FuneàFautre, évidemment, par uneinitiation, dont nous ne savons rien. Les mystères et les fêtes que célébrait l’Eglise, — réserve faite du rite dont il a été question — sont également inconnus (3).
(1) Cf. supra. Sur les diaconnesses ou prêtresses et vierges sacrées hérétiques, voir supra , p. 71, n. 2; concile de Nîmes, 394, canon 2 ; Staluta Eccl. ant. 99-100 ; [concile d’Orange, 26 et Orléans 583]. — 11 y eut sans doute des moines manichéens et des moines priscillianistes. Sur les moines manichéens, voir p. 92, n. 2, ce que l’on a dit des Mallarii. — Quant aux moines priscillianistes on a attiré l’attention naguère sur un texte curieux (de Bruyne : Une règle de moines priscillianistes. Revue bénédictine, 1908, 83). Il s’agit de la fameuse régula consensoria, P. L. 66, 993. Notre version a été rédigée en deux fois : § 5. Les deux rédactions (cinq premiers paragraphes ; les derniers) sont l’œuvre commune des frères : Commuai defînitione decrevimus... Residentibus nobis in monasterio... omnibus placuit... unum sentire et communiter possidere... non poterit propria retinere (monachus) quod per pactum ad omnes pertinet [§ 8 et 1], Si quelqu’un reçoit une doctrine différente de celle du monastère, il doit la rejeter ou la soumettre au docteur, hanc non suscipiat aut eam non subtrahat doctori... § 5 ; or le concile de Saragosse de 380, canon 7, interdit à tous de prendre le titre de docteur ; pareille habitude était donc reçue parmi les Priscillianistes. Les citations bibliques diffèrent du texte de la Vulgate et se rapprochent des versions africaines (K. Cyprien). [Noter qu’une citation du chapitre 3, qui n’a pas été repérée ( amicum noli cilo comprobare ), est mise sur le compte d’un prophète (illud quod propheta docet et admonet) : elle a été puisée sans doute à un apocryphe.] Le texte date sans doute du début du cinquième siècle ; le § 7 écrit : si vero, ut fieri solet, incursio repentina supervenerit aut hostilitas. .. (voir les guerres et invasions de 407, 411, 430, 450 en Espagne). Il établit une même doc. trine et un commun patrimoine pour tous ; il exige des postulants la pauvreté, l’esprit de renoncement, un temps de noviciat ; leur admission est subordonnée à la décision de celui qui prior est et des autres moines ; celui qui quitte le monastère (si contingent ut aliquis ex qualibet causa necessitatis a monasterio fuerit abstractus) n’emportera rien et ne poussera personne à le suivre : sinon, on riposterait et on le dénoncerait à l’abbé. Obligation à tous d’observer scrupuleusement la règle. Les discussions, en fin de compte, seront tranchées par l’abbé. Si une attaque ennemie contraint les moines à la fuite, ils devront le rejoindre sitôt, qu’ils pourront et lui rapporter ce qu’ils auront emporté. — Cf. I. Ilerwegen : das Pactum des h. Fructuosus von Brcigci. Stuttgard, 1907, p. 71. [On sait qu’il y a eu un monachisme cathare.]
Les Priscillianistes ont-ils, comme voulait la logique, aboli le sacerdoce?
(2) Cf. supra. D'après saint Jérôme : Ep. ad Ctesiphontem, vers 415. — P. L. 44-45, 1693, les élus étaient considérés comme impeccables et parfaits : « Manichaeus electos suos... dicit omni carere peccato ».
(3) M. Jean Guiraud observe, op. laud. p. CLXXXVI que la liturgie cathare du consolamentum et celle de l’ordination rappellent fort [tradition du Pater , imposition du livre] la liturgie chrétienne du quatrième-cinquième siècle. Cela permet de penser que la liturgie néo-manichéenne cl'Occident ressemblait assez ci l'une et ci l'autre.