‹ Le néo-manichéisme et la légende chrétienneChapitre 53 sur 185 · VERSIONS MANICHÉENNES DE LA BIBLE · texte numérisé non relu

VERSIONS MANICHÉENNES DE LA BIBLE

Multos eorum codices qui et canonici titularentur invenimus... Curandum ergo est... ut falsati codices et a sincera veritate discordes in nullo usu lectionis habeantur. Apocryphae autem scripturae, quae sub nominibus apostolorum multarum habent seminarium falsitatum... sunt... ignibus concremandae... Unde si quis episcoporum uel..., uel sub canonicorum nomine eos codices in ecdesia permiserit legi qui Priscilliani adullerina sunt emendalione vitiati , haereticum se nouerit judicandum (1).

Saint Léon a découvert des livres, intitulés livres canoniques, qui s écartaient de V authentique vérité : on ne peut plus expressément désigner une recension hérétique de l’Écriture. Léon donne même le nom de l’éditeur faussaire : c’est Priscillien. Lorsqu’il parle des Ecritures apocryphes qui se présentent sous le nom des apôtres, il vise d’abord les actes légendaires où est consignée leur histoire ; mais qui sait s’il ne songe pas aussi aux Évangiles dont le décret pseudo-damasien donne les noms?

Voici, du moins, un autre passage où il semble les désigner plus clairement :

Isti... adversarii veritatis legem per Mosen datam et inspirata divinitus prophetarum oracula respuerunt, ipsasque evangelicas et aposlolicas paginas quaedam auferendo et quaedam inserendo viotaverunt ; contingentes sibi sub apostolorum nominibus et sub verbis ipsius Salvatoris multa volumina falsitatis quibus erroris sui commenta munirent et decipiendorum mentibus mortiferum virus infunderent (ù2).

Saint Léon assure que les Manichéens rejettent la Bible et les Prophètes ; puis il affirme qu’ils mutilent et complètent le

(1) g 15. — P. L. 54, 688, A. B. — Le 13e canon du libellus de Pastor témoigne aussi que les hérétiques n’acceptent pas intégralement et exclusivement les Écritures canoniques des Catholiques [et encore les 19e et 21e anathèmes de la formule augustinienne d’abjuration et le canon 17 de Braga].

(2) Sermon 34 (33), — P. L. 54, 248, A. B. — Cf. supra , p. 2. Je me hâte d'ajouter que, même sur ce point fondamental, l’accord n’était peut-être pas unanime entre les églises proscrites. On constate un flottement de ce genre chez les Cathares [concile de Lombers, 1165 : Mansi, XXII, 159 ; Moneta, 112 ; Pierre de Vaux-Cernay, apud Duchesne, Scriptores , Y, 556, et surtout Reinerius : diabolus fuit auctor lotius V. T. exceptis his libris : Job, Psalm., Sal., Sap., Sir., Is. , Jér., Ezécie, Dan., XII propii. [Martène, V, 1769 ; cf. Moneta, 3 ; Reuss, Revue de théologie de Strasbourg , V, 1852, 332.] Noter encore ce texte: Garriunt... prophetas, per Spir. S. quandoc/ue coactos , quae prophetabant de aduentu Christi tanquam bruta animalia non intellexisse. [Dollinger, Beilrcige..., II, 275.]

LA LITTÉRATURE NEO-MANICHEENNE

texte des quatre Évangiles [evangelicas paginas ] et le texte des Épîtres qu'ont écrites les apôtres [ aposlolicas paginas] ; il ajoute enfin qu’ils fabriquent des livres de fausseté, qu’ils présentent (les uns) sous le nom des Apôtres, et qu’ils remplissent (les autres) de prétendues paroles du Sauveur. C’est-à-dire que, non contents de falsifier les Évangiles authentiques et les Épîtres authentiques, ils fabriquent de toutes pièces des Évangiles ou d’autres écrits où parle le Seigneur, des Épîtres et des Actes qui prétendent reproduire l’enseignement des Apôtres. C’est dire que, comme l’œuvre de Jésus, l’œuvre des Apôtres est un thème qu’exploite la théologie hérétique ; et que saint Léon semble connaître les deux sortes d’Écritures que signale le décret pseudodamasien : les Écritures falsifiées, les Ecritures entièrement fabriquées .

Quel est le contenu de la Bible néo-manichéenne?

11 n’était pas identique dans les diverses sectes. Si les Priscillianistes acceptaient les mêmes livres que les Catholiques, les Néo-Manichéens rejetaient en bloc l’Ancien Testament, œuvre du Dieu mauvais.

Ce n’est pas à dire que les Néo-Manichéens se soient désintéressés de ces textes. Le Manichéen Turbo cite (1), comme parole authentique du méchant Sebaoth, le verset 26 du premier chapitre de la Genèse :

Excaecavit... princeps i lie mentem ipsorum (prophetarum) ; et si quis sequitur verba ipsorum morietur in saecula..., quoniam non didicit scientiam paracleti.. . Et iterum hoc, quod apud nos magnum et honorabile est, nomen Sabaoth ille dicil naturam ésse hominis et patrem concupiscentiae ; et proplerea, inquit, simpliciores adorant concupiscent iam deum esse put unies. De Adam vero quomodo creatus sit, ita dicit, quia qui dicit : Vernie, faciamus hominem ad imaginem et similitudinem nostrarn et secundum eam quam vidimus formam, princeps est qui haec dicit ad collegas suos principes, id est : Venite, date rnihi de lumine quod accepimus et faciamus secundum nostrarn qui principes sumus formam...

(1) Hegemonios, Acta Archelai , 12, pp. 19-20, édition C.-H., Beeson, 1906. Leipzig.

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