L ANCIEN TESTAMENT
Philastre de Brescia connaît de nombreuses théories qui s’appuient sur des textes de l’Ancien Testament et qu’il rejette comme hérétiques. Or, quelques-unes semblent être franchement manichéennes: celles qui, au nom de David, condamnent le mariage (1), qui insistent sur le pharaon endurci par Dieu (2), qui nient les prophéties messianiques et l’inspiration de David (3), ou contestent l’authenticité davidique du psautier (4). Et noter que saint Léon paraît connaître de même une réfutation en forme du psautier attribué à David, c'est-à-dire précisément, peut-être, des prophéties messianiques du roi-prophète.
Psalmos davidicos, qui per universalem Ecclesiam cum omni pietate cantantur, damnabili impietate ausi sunt refutare (5).
Le décret pseudo-damasien range parmi les livres condamnés des écrits qui s’inspirent évidemment de l’Ancien Testament :
Liber de filiabus Adae lectum geneseos , — liber qui cippellatur Penelentici Adae , — liber Eugenii a nom ( ine ) giganle qui cum dracone posl diluvium ab haerelicis pugnasse perhibetur , — liber qui appellalur Teslamentum Job ( non historia beati Job sed alius ab hereticis conscriptus), — liber qui appellatur pœnitentia Iamnae et Mambre (6).
(1) « Sunt quidam heretici qui cum audiunt beatum D. dixisse in quinquagesimo psalmo quod in iniquitate conceptussum..., aestimantita dixisse prophetam quod ius nuptiarum legitimum iniquitatem esse dixerit atque peccatum... » [92 ou 120. Marx, p. 84]. Voirp. 67, n. 2.
(2) « Sunt quidam heretici qui de Faraone itaarbitrantur dixisse dominum per Mosen quod: Ad hoc excitavit te... et Indurons indurabo cor Faraonis... » [100 ou 128. Marx, p. 93]. Voir supra , p. 46.
(3) « Sunt quidam heretici, ut Manichei et Gnostici et Nicolaitae et alii, qui de Beato Dauid audent clicere quod Christi propheta domini non fuerit neque doctor et commentator diuinarum omnium scripturarum, sed humanae cantationis ac saecularis rei conscriptor » [101 (129), p. 95].
(4) « Sunt alii heretici qui de inaequalitate psalterii errorem patiunlur non modicum, aestimantes oninem librum psalterii non esse Dauid beatissimi... » [102 ou 130, p. 97]. — Cf. encore toute la fin du livre, qui passe en revue des théories erronées [sur les géants, Adam et Ève, Moïse, Salomon . ..]
(5) Sermon 9, § 4, P. L. 54, 163 B.
(6) Cocl. Vatic. Font. — P. L. 59, 175-176 et 177-178 et les notes de Thiel, I, 464. — Ce sont des apocryphes du même genre que semble ici viser saint Augustin :
« Omittamus igitur earum scripturarum fabulas, quae apocryphae nuncupantur, eo quod earum occulta origo non claruit patribus, a quibus usque ad nos auctoritas ueracium Scripturarum certissima et notissima successione peruenit. In bis autem apocryphis, etsi inuenitur aliqua ueritas, tamen propter multa falsa nulla est canonica auctoritas. Scripsisse quidem nonnulla diuine ilium Enoch... negare non possumus..., cum hoc
LA LITTÉRATURE NEO-MANICHEENNE
Saint Gésaire assure qu’ils s’appuyaient sur certains passages de Y Exode et de la Genèse , de Josaé et des Rois. Le texte d’Agobard suppose, semble-t-il, qu’il existait une version manichéenne de l’histoire juive. Tous ces indices concordent : l’Ancien Testament occupait l’attention des Manichéens. Ils tendaient, peuton ajouter, à y discerner deux séries de textes : ceux qui avaient une origine diabolique, telle cette parole du démon de la concupiscence Sebaoth que rapporte Turbo; ceux qui venaient du Père des Lumières, telle cette déclaration de David (1) qui condamne le mariage. Beaucoup d’églises cathares garderont plus tard la même attitude. — Il est donc croyable que les Manichéens ont élaboré une édition du Vieux Testament, partielle sans doute, aussi bien que du Nouveau.
Il est également vraisemblable que les Priscillianistes ont eu leur édition de l’Ancien Testament. Saint Léon semble en attester l’existence lorsqu’il écrit à Thoribius :
Etsi Vêtus Testamentum, quod ( Priscillianistcie ) se suscipere simulant Manichaei réfutant, ad unum tamen finem utrorumque tendit intentio, cum quod illi abdicando impugnant, isti recipiendo corrumpunl (2).
Saint Léon ne dit pas, sans doute, comment les Priscillianistes corrompent l’Ancien Testament : est-ce par les commentaires qu’ils en font qu’ils en détruisent le sens véritable ; est-ce par les éditions qu'ils en donnent qu’ils en détruisent la teneur authentique? Le doute est permis. Je penche pour la seconde hypothèse : elle me paraît résulter plus naturellement du texte même; et je remarque que, lorsqu’il parle des falsifications de textes commises par les hérétiques, saint Léon vise les écrits
Judas... dicat, sed non frustra non sunt in eo canone scripturarum... Vnde ilia, quae sub eius notnine proferuntur et continent istas de gigantibus fabulas, quod non habuerint homines patres, recte a prudentibus indicatur non ipsius esse credenda ; sicut multa sub nominibus et aliorum prophetarum et recenliora sub nominibus apostolorum ab haereticis proferuntur, quae omnia nomine apocryphorum ab auctoritate canonica diligenti examinatione remota sunt. » (De Ciuitate Dei , XV, 23, Dombart, II, 111-112.) Cf. infra , p. 100, ce que dit Priscillien.
(1) On devait, donc, disséquer le Psautier; d’où les polémiques qu’attestent saint Philastre et saint Léon. Voir p. 123, n. 2.
(2) § 15. — P. L. 51, 689, A. — Noter que Bachiarius ? a .édité, semble-til, l’Ancien Testament aussi bien que le Nouveau.