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LES PROLOGUES ET CANONS

un très curieux prologue des épîtres catholiques. Le voici :

Canones noui testamenti primus Petrus scripsit, secundus Jacobus, tertius Matheus, quartus Judas, sextus Barnabas, septimus Lucas, octavus Marcus, nonus Johannes. Quare primus Jacobus in ordine epistularum ponitur cum primus Petrus in ordine canonis scripsit? Hac de causa luit prerogativa apostolici ordinis, ut quidam interpretantur; signilicat uel prestantius est, ut adfirmant alii, ut Petrus ponatur primus cum primus scripsit. Dicunt quidam epistula Jacobi quod ab alio sit édita sub eius nomine, quorum opinio falsa est (1).

Il est très vraisemblable que les Canones Noui Testamenti dont il est ici question sont analogues aux Canones Epistularum Pauli Apostoli qu’a rédigés Priscillien de la manière qu’il dit lui-même:

Ex ipsis testimoniis (b. Pauli excerptis [et ordinatis) quaedam uerba decerpens canones iisdem concinnaui saporibus ipsorum testimoniorum constantes (2).

Et je me demande, à ce propos, si le cinquième auteur que saute notre manuscrit ne serait pas saint Paul. Notre auteur est un Priscillianiste : parlant de canones , pouvait-il omettre ceux qu’avait écrits le prophète?

L’anonyme connaît donc, — et c’est le seul point dont on s’occupera ici, — des canons du Nouveau Testament , écrits par neuf auteurs: Pierre , Jacques , Matthieu, J ude, [Paul ?), Barnabe, Luc , Marc , Jean. Mais qu’est-ce à dire?

L’auteur affirme-t-il qu'il y a neuf théologies du N. T. en abrégé dont les auteurs sont ceux qu’on a cités? Ou vise-t-il neuf textes dogmatiques extraits des écrits de chacun des neuf auteurs (que l'on sait) qua accueillis le N. T. ? Cette dernière hypothèse est de beaucoup la plus vraisemblable. Elle est recommandée parles canons de Paul elles prologues des quatre Evangiles qui sont déjà connus. Les écrits canoniques du N. T. émanent de huit auteurs : Matthieu, Marc, Luc, Jean, Paul, Pierre, Jude, Jacques; ces huitauteurs sontceux précisément, — si l’on accepte notre restitution quinlus Paulus, — que cite notre anonyme. Avec Barnabé qu’il ajoute, voilà les noms de notre prologue.

J’attire l’attention sur trois points. On nous affirme, d’abord,

(1) De Bruyne, Un Prologue inconnu des épîtres catholiques. Revue bénédictine, 1906, 82. — Voir infra, p. 245-249, ce qui touche à saint Jacques et à saint Pierre. La langue barbare du texte indique une basse époque (septième siècle ?).

(2) Schepps, p. lit.

LA LITTÉRATURE NEO-MANICHEENNE

que les résumés théologiques qui condensent la doctrine de nos huit auteurs canoniques ont été écrits par eux-mêmes et dans l’ordre que l’on indique : Canones N. T. primus Peirus scripsit secundus Jacobus... Or, nos canones Pauli se donnent pour l’œuvre de Priscillien. On peut donc conjecturer qu’il en a existé une version pseudépigraphe, d’où la préface de Priscillien avait disparu, et qui faisait honneur du texte à Paul lui -même. Je ne sache pas qu’aucun autre texte confirme les deux points qui sont ici notés.

Il est curieux de constater, ensuite, l’ordre que suit l’anonyme : Pierre, Jacques. Matthieu. Jude (Paul), Barnabé, Luc, Marc, Jean. Je ne crois pas qu’on connaisse aucun (1) manuscrit ni aucune tradition ordonnant ainsi les livres du N. T. : les Evangiles ne sont pas groupés (sauf Le, Mc, Jn), ils ne sont pas rangés en tête, et c’est à deux épîtres catholiques que l’on fait cet honneur. Y a-t-il eu des éditions conçues sur ce plan ? Ce plan a-t-il été imaginé à Rome? La chose n’est pas impossible. Mais je n’ose rien dire. — Remarquer en outre l’ordre particulier dans lequel sont énumérés les Évangiles: Mt, Le, Mc, Jn. L’ancienne version latine (sauf K) et les canons de Priscillien donnaient : Mt, Jn, Le, Mc. Le commentaire de Matthieu que nous avons trouvé donne : Jn, Mt, Mc, Le. Tout cela n’est pas très cohérent : seuls Clément d’Alexandrie et T Ambrosiastre paraissent suivre le même ordre que notre anonyme (2).

Quel est le texte de Barnabé, entin, qui est assimilé aux canoniques ? Les canones Pauli de Priscillien attribuent formellement à Paul quatorze épîtres, ils utilisent fréquemment Heb : ce n’est donc pas Y E pitre aux Hébreux que semble canoniser notre auteur (3). S’agit-il de Y Évangile de Barnabé , que condamne le document pseudo-damasien, ou de YÉpître de Barnabé qu’Origène considérait comme scriptura diuina (4), ou des Actes de Barnabé ? Il n’est pas probable qu’il soit question de ces derniers : leur crédit fut toujours très médiocre. O11 ne peut rien dire de l’Évangile de Barnabé : on n’en a rien gardé. Il est très possible qu’il s’agisse ici de YÉpître rédigée vers i32 : Origène

(1) Voir Samuel Berger, Histoire cle la Vulgate ..., p. 339.

(2) Ceci, d’après de Bruyne, toc. cit. Voir Zahn : G. N. K. II, 1, p. 368.

(3) Noter pourtant que le prologue primum quaeritar rappelle l’attribution de Heb à Barnabé sur la foi de Tertullien ; et que notre auteur connaît une autre version que la nôtre des Canones Pauli.

i4) De principiis , 3, 2, 4, 7 et contra Celsum , I, 63. — Voir aussi le Claramontanus [Preuschen, An., 744], et le Sinaïticus [Bardenhewer, I, 90.]

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