‹ Le néo-manichéisme et la légende chrétienneChapitre 59 sur 185 · LE TEXTE DE LA BIBLE · texte numérisé non relu

LE TEXTE DE LA BIBLE

atteste son crédit persistant ; tout le monde sait combien la tendance en est hostile au Judaïsme. Manichéens et Priscillianistes ont fort bien pu s’y intéresser.

Sur quels points le texte de la Bible priscillianiste et de la Bible manichéenne s’écartait-il de celui de la Bible catholique (1) ? Il est clair qu’on ne peut pas les définir tous ; peut-on, du moins, en indiquer quelques-uns?

Les Néo-Manichéens jugeaient, comme Marcion et Fauste, l’Ancien Testament et le Dieu dont il émane ; ils condamnaient à leur suite la création matérielle et, conséquemment, la résurrection des corps. Les retouches marcionites inspirées par cette double préoccupation risquent donc d’avoir été reproduites dans la Bible manichéenne.

Voici, d’après saint Epiphane, les plus importantes d’entre elles (2) :

i° variantes inspirées par la croyance au dualisme de Dieu et de la Bible. Les passages suivants sont supprimés par Marcion ou Fauste, et, sans doute, par les Néo-Manichéens.

— TcacExQ'-ps TraÀiv to1 Toxe O’j/saQs ’Àëpaàu. xxl ’lcraàx xat ’laxwê xat 7ravxaç xooç 7rpocpYjxaç lv xvj SaatXsta xoïï 6 soü‘ avxt 8e xouxou ETrot^aEV Ôte

(1) Qu’il y ait eu désaccord entre les textes catholiques et les textes hérétiques, le fait n’est pas douteux. Voir supra , p. 123. Il s’explique par la diversité des deux doctrines et par l’égale importance qu’elles attachent à l’Écriture. [Voir Saint Augustin : « Qui (Manichaei) etiam in Scripturis canonicis Teslamenli Novi... non accipiunt omnia, sed quod uolunt... Sed in singulis quibusque lihris loca distinguant quae putant suis erroribus convenire : caetera in eis pro falsis hahent. » Cf. Evode, 22-23. P. L. 42, 1145.]

En général, pourtant, il est probable que les Néo-Manichéens respectaient le texte traditionnel. « La polémique catholique... n’a point reproché aux Albigeois d’avoir altéré dans leur (version) les textes authentiques. M. Schmidt, qui a étudié les actes manuscrits de l’Inquisition, affirme n’v avoir point trouvé de traces d’une pareille accusation. Nous verrons plus loin que ce silence se justifie pleinement par la nature du Nouveau Testament cathare que nous possédons. » [Revue de théologie de Strasbourg, 1852, V, 32(1-327.] — D’où l’importance capitale des commentaires exégétiques de la Bible: la méthode qui y était suivie était, soit allégorique [supra, p. 135 ; Moneta, 76; Schmidt, II, 55, 66], soit extrêmement littérale.

(2 Sur la Bible marcionite, voir les références pnge 128., n. 3. Je ne veux donner ici que quelques exemples. D’une manière générale, je renvoie au travail de Zahn.

LA LITTÉRATURE NEO-MANICHEENNE

Ttocvxaç touç Bixafouç fô^xe... [Luc. 13, 28. — Saint Épiphane : Aclu. haeres, I, 42i § H> schol. 4°- — P* G., 4c A.]

— 7rapexo']/£ to £ip7][X£Vov ’Q... (Spa8£tç tou tusteueiv Itti 7raarv oiç IXaX^aav

ot irpocpïjxat. . . [ LllC , 24, 26. — P. G., 4] , 720, B.]

- si Y àp £7TC(7X£U£X£ MtoUffEl, £TCl(7X£U£X£ àv £[LOt, 7X£pl yàp £JJLOÜ IxElVOÇ

eypa^Ev [ Jo/l 5,46. — Contra Faustum , XVI, 2. Bruckner, Faustus von Mileve , p. 5oJ. [Mc/a Photini. P. G., 88, 552.]

— oùx YjXGov xaxaXücrai àXXà x:Xv]pojo'ai (xov vogov) [M/. 5, 17-18. —

Contra Faustum , XVII, I. Bruckner, p. 52-53] [et Hegemonios, Mc/a Archelaï , 44* Beeson, p. 65]. /

— xou ysvo[J.svou sx oTuÉp jJLaxOç AocueIB xaxoc capxa Rom. 1, 3. — Contra Faustum, XI, 1. Bruckner, p. 60-61.]

— Jahvé ton Dieu te suscitera du milieu de toi, d’entre tes frères, un prophète \Deuter., 18, i5 — Contra Faustum , XVI, 4. Bruckner, p. 5i ; Hegemonios, Acta Archelcii, 5i. Beeson,

Les passages suivants sont ajoutés par Marcion ou les Cathares et, peut-être, par les Néo-Manichéens :

— 7rpoç£6£To g£xoc touto' xoùxov £Ùpag£v BtaaxpÉcpovxa xo sOvoç. — K al xaxaXùovxa xov vo'piov xal xoùç Tcpocpvjxaç [Luc., 23, 2. — P. G., 4 1 ? 768, B].

— La version cathare du Pater se terminait par les mots : « car à toi appartiennent le règne, la puissance et la gloire à jamais ». [Moneta : Summa adversus Catharos, Roma, 1743, fol. 445. Arch. de l’Inq. de Carcassonne: Doat, XXV, folio 17. — Schmidt, Hist. et doctr. des Cathares, II, 274 et 117. Ces mêmes mots se retrouvent dans la version slave, attribuée à Cyrille et Méthode, et qui dérive des manuscrits grecs. Dobrowsky, Ueher die slavische Uehersetzung des N. T 159-161. CeJa semble témoigner de l’antiquité de l’interpolation.]

20 Variantes inspirées par l’horreur de la création matérielle. Les passages suivants sont supprimés par Marcion, et, sans doute, par les Manichéens.

— àx:£xo'|/£ to • oxt 8s lyEtpovxat oi V£xpol. . . ,Ô£oç oé laxt, Çtovxtov xal oü/1

v£xpwv [Luc., 20, 37. — Saint Épiphane, Adv. haeres , I, 42, §11, 55-56. — P. G., 4L 717, B, C et 757 D.]

— si 8 xptsvoç ou x iyrflspTOu, [udxatov. . . [I Cor., 15, i4. — P- G., 41,726, A.]

— 7ràXiv irap sxo’]/£ xaùxa1... xal eïtt£ xw 7r£xpt;V . . . xksXOovtsç ExocgTjaaxE

tva cpaycogEV xo 'izizyx. [Lac., 22, 8. — P. G., l\\, 7 1 7, C.]

— oùx exet to* ô G £oç dpxpcÉvvuai xov x.opxov. [Luc, 12, 28. — P. G., 4c 7*3, D.]

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