LE VERSET DES TROIS TEMOINS
esl expliqué dans le témoignage de Jean-Baptiste et dans le discours à Nicodème; le second dans le discours sur le pain de vie; le troisième, c’est-à-dire les deux premiers réunis en un, est figuré dans la scène du Calvaire et formellement défini (1) » icimême.
Cette page de saint Jean a été falsifiée et rendue peu intelligible.
Au lieu d écrire : on a écrit :
et spiritus est qui testificatur quoniam spiritus est veritas, quoniam très sunt qui testimonium dant : spiritus et aqua et sanguis, et lii très unum sunt.
tria sunt quae testimonium clicunt in terra aqua caro et sanguis et liaec tria in unum sunt, et tria sunt quae testimonium dicunt in caelo pater uerbum et spiritus et haec tria unum sunt in Christo Jesu.
Ce passage est extrait du Liber Apologelicus (2). Priscillien se glorifie de suivre le conseil de l’apolre et de rendre raison de sa foi [I, Petr., 3, i5] : il ne craint pas de confesser des lèvres ce qu’il croit du cœur [Rom., 10, 10 . Et voici ce qu’il croit et confesse : comme le corps est sauvé par le baptême, l’âme est sauvée par la foi en la révélation, et le dogme fondamental de la révélation est l’unité de Dieu. Il 11’y a qu’un Dieu, comme il n’y a qu’une foi et qu’un baptême ; et c’est le propre de la criminelle hérésie des « Binionites » de diviser la vénérable grandeur et la substance du Christ unie dans (à) la vertu de Dieu. « Qui s enim est qui legens seribturas et unam fidem unum baptisma unum deum credens hereticorum dogmata stulta non damnet qui, dum uolunt humanis conparare diuina, diuidunt unitam in dei uirtute substantiam et magnitudinem Christi tripertito ecclesiae fonte uenerabilem Binionitarum scelere partiuntur , cum scribtum sit : ego sum deus et non est alius præter me (3)... »
La série des citations se poursuit, et c’est par le passage de saint Jean, qu’on a plus haut rapporté, qu’elle se termine.
Malgré l’obscurité voulue du style de Priscillien, tout cela est très clair. Les Binionites sont les Catholiques.
« Trinitatem... solo uerbo loquebalur (. Priscillianus ), nous dit
(1) Loisy, Études bibliques (1901), pp. 158-159.— Cf. le Quatrième Évangile (1903), 888-889 ; et les études du R. P. Calmes, de Jean Réville, etc...
(2) Éd. Schepps, p. 6. (Écrit vers 380.)
(3) Ed. Schepps, pp. 3-5.
LA LITTÉRATURE NEO MANICHEENNE
Orose, nam unionem absque alla existentia aut proprietate adserens sublato « et » patrem filium spiritam sanctum hune esse unam Christum clocebat (1). » Cette page développe et appuie d’une citation fausse la théorie antitrinitaire de Priscillien : le Christ est identique à Dieu, il n’y a qu’une personne en Dieu, à savoir la personne du Christ ; « tria sunt quae testimonium dicunt in cœlo pater uerbum et spiritus et uaec tria unum sunt in Ciiristo Jesu ».
On discerne sans effort l’origine de la falsification : le verset authentique et hi très unum sunt servait à démontrer, en Occident, la consubstantialité des trois personnes et l’unité de la Trinité. Cyprien écrit dans le De Unitate ecclesiae : dicit Dominus ego et pater unum sumus ; et iterum de pâtre et fdio et spiritu sancto scriptum est : Et hi très unum sunt (2). Il vise certainement l’épître de Jean, et il interprète allégoriquement les mots spiritus, aqua et sanguis : saint Augustin suivra son exemple (3). Cyprien lui-mème avait puisé à Tertullien, qui écrit : ita connexus patris in fdio et fîlii in paraclito très efficit cohaerentes, alterum ex altero , qui très unum sint non unus( 4). Et l’on peut soupçonner que, ici comme ailleurs, Tertullien dépend de saint Irénée.
La tradition ecclésiastique elle-même conduisait donc Priscillien à utiliser ce texte pour appuyer sa théorie : en le pressant, il en tirait un merveilleux argument. L’addition des mots in Ciiristo Jesu avait pour lui une importance capitale.
(1) Commonitorium de errore Priscillianistarum, §2. — Éd. Schepps, pp. 154-155.
Je remarque que, avant Priscillien, Marcion avait essayé de tirer parti des versets fameux, Ephes. 4, 5-6 : 7ipo;s'9cTo $è iv :w I5tw ’ATtoaToXtxw xaXo’jusvw xal ~r\ç xaXouptivTjç îtpoç AaoSixî'aç. — a’xal (Ta/oX. e(ç Kupioç, pua tcLtiç, sv (3aTCTi<ma,si; Xoiairàç, sîç Oso; xat Tsar/jp 7üâvTtov... [P. G. 41, 812, B.] Il est intéressant de constater, ici encore, l’influence du grand hérésiarque.
[D’après Tertullien, de carne Christi , 19, notre leçon du verset 13, chapitre 1 de l’Évangile selon saint Jean, serait une falsification due aux Valentiniens.]
(2) g 6, Hartel 215 ou P. L. 4, 504.
(3) Contra Maximinum , II, 22. [P. L. 42, 795] : « Si uero ea quae his significata sunt uelimus inquirere non absurde occurrit ipsa trinitas, qui unus solus uerus summus est deus, pater et filius et spiritus sanctus de quibus uerissime dici potuit : très sunt testes et très unum sunt, ut nomine « spi- « ritus »> significatum accipiamus deum patrem: de ipso quippe adorando loquebatur dominus ubi ait spiritus est deus ; — - nomine autem « sangui- « nis » filium quia uerbum caro factum est; — et nomine « aquae » spiritual sanctum; cum enim de aqua... loqueretur Jésus..., aït Evangelista : hoc autem dixit de spiritu. »
(4 ) Aduers. Praexam , 25. [P. L. 2, 188.]