‹ Le néo-manichéisme et la légende chrétienneChapitre 65 sur 185 · LE MEMORIA APOSTOLORUM · texte numérisé non relu

LE MEMORIA APOSTOLORUM

autres. Par son sujet, l’histoire du Christ et des Apôtres, autant que par son double caractère, historique et théologique, il semble donc que le Memoria Apostolorum ait symbolisé à merveille la Légende néo-manichéenne (1).

curs des livres publics, soit dans des entretiens oraux, soit dans des livres secrets, doit être retenue : le dualisme de l’enseignement religieux est traditionnel dans les cultes orientaux, et les maligni sensus de certains textes volontairement laissés équivoques [André, Pierre ] appellent des commentaires explicites. Ceux-ci, sans doute, tenus cachés, laissaient tomber le vêtement chrétien dont s’enveloppait l’enseignement exotérique.

(1) Quant à préciser la date des textes latins de cette Légende, et date des retouches qu’ils ont pu, et parfois dû, subir, nous n’y pouvons pas aujourd’hui songer. — Cette légende se prolongeait, selon toutes les apparences, par une double série de textes qui rappelaient sans doute les gestes de Jésus et les gestes des apôtres, mais qui nous sont beaucoup moins connus : je veux parler de ces livres où les Manichéens d’Occident présentaient, soit l’histoire des patriarches et prophètes d’Israël, soit l’histoire des prophètes de l’Iran.

Un texte d’Orose, un texte de saint Léon, un texte du concile de Braga attestent que les Manichéens établissaient un rapport entre les noms des patriarches et les diverses parties de l’être humain, entre les patriarches et la vie morale, la rénovation religieuse de l’âme. Voir p. 138, 139, 63.

Un texte de saint Léon montre qu’ils établissaient un rapport entre les patriarches et l’organisation intérieure de la Bible. Voir p. 138.

Peut-être y a-t-il eu une version néo-manichéenne des Testaments des XII Patriarches [sur lesquels, en général, je renvoie à Kautzsch et à H. Charles ; The greek versions of the Testaments of the twelve Palriarchs , 1908, Oxford et The Test, of the XII Pat., translated..., 1908, London]. Voici les raisons de la conjecture : 1° Plusieurs patriarches insistent, avec renvoi aux livres d’Hénoch, sur les crimes futurs d’Israël [P. G. 2, 1055-1063-1066 ; et Test. Jud., § 18, Dan. § 5, Zabulon § 3] ; 2° plusieurs insistent sur les crimes qu’ils ont commis [Buben. § 1, 3 ; Simeon ; Levi, § 5, 6 ; Juda, § 13] ; 3U Deux passages, en particulier, prêtaient à des développements que les Manichéens aimaient : a) Test. Jud., § 10, il s’agit de l’histoire d’Onan et de Thamar, cf. supra 7-9, n. ; b) Test. Nephtali, § 1, Rachel a mis à sa place, dans le lit de Jacob, Ballam : ainsi est né Nephtali [Genèse, 30, 3-8] ; cf. supra p. 159, les actes d’André, l’histoire d’Ægée et de Maximilla ; 4° Certains traits modalistes ne devaient pas moins attirer les Priscillianistes [Siméon, § 6, P. G. 2, 1052 A. ; Aser, § 7. 1124 C. ; Benjamin, § 10, 1148 C. ; Dan, § 5, 1104 A. ; Schermann : Propheten utid Apostellegenden, 120-121]. Comparer les sept esprits d’erreur, envoyés par Beliar (Ruben) avec les sept esprits de vie envoyés par Dieu, l’Esprit Saint [cf. document damasien et notre traité du S. Esprit; le Test. Levi mentionne le spiritus intellectus Dni.j.

La version latine qu’a imprimée Grabe : Spic. Pair., I, Oxoniae, 1698, 129, et que donnent de nombreux mss. a été faite au treizième siècle, par Grossetête et Nicolas, au témoignage de Mathieu Paris.

Le pseudo-concile damasien condamne les : liber de filiabus Adae, liber... pœnilentia Adae (voir infra), liber de Vegia nomine gigante qui post diluvium cum dracone ab haereticis pugnasse perhibelur, liber paenilentiae J ambre et Mambre, liber... pœnitentia Job. — Voir également la fin, si importante, du livre de Philastre, ce qu’il dit d’Adam, de Caïn, du déluge, des géants, et Saint Augustin, passim, et les livres pseudépigraphes attribués aux patriarches et prophètes [Braga, 17].

LA LITTÉRATURE N 150 -MANICHÉEN NE

Deux passages de saint Césaire [p. 46-48] établissent qu’ils tiraient partie de certains détails de l’histoire d’Elie et de l’histoire d’Elisée pour faire voir que ces deux prophètes obéissaient à l’esprit du diable.

Saint Jérôme et pseudo-Tite témoignent que certaines versions de l'ascension d’Isaïe et de l’apocalypse d’Elie circulaient dans leurs églises. Voir p. 129-130.

D’un mot, enfin, je rappelle deux faits : le caractère et l’origine du Vieux Testament soulevaient de graves polémiques entre catholiques et hérétiques ; patriarches et prophètes étaient depuis plusieurs siècles les héros de toute une légende qui s’élaborait dans les cercles juifs, gnostiques, chrétiens *.

Les manuscrits nous ont conservé, d’autre part, trois Vies de Basilide qui tranchent assez sur les gestes ordinaires des martyrs : on y croit apercevoir l’édulcoration progressive d’un texte qui chantait la gloire du grand prophète hérétique. Voir p. 306.

Les gestes de Cyriaque et de Marcel offrent un parallélisme si remarquable avec quelques épisodes connus de la vie de Mani, qu’on doit admettre l’existence de celle-ci et voir en ceux-là une riposte orthodoxe. Voir G. M. R, I, 341-343.

Bien qu’aucun texte n’atteste directement la réalité de cette double série de légendes hérétiques, je ne crois pas qu’on la puisse révoquer en doute.

* [Pour les Cathares, Caïn était fils d’Eve et du diable. — Dollinger: Beitrage... II, 275.]

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