‹ Le néo-manichéisme et la légende chrétienneChapitre 73 sur 185 · ANTÉRIORITÉ DU TEXTE LONG · texte numérisé non relu

ANTÉRIORITÉ DU TEXTE LONG

vraisemblance aucun indice touchant l’âge relatif des deux versions.

Par bonheur, il est certain que les textes B sont une suite; leur début le prouve : posl fias omnes propheticas et euangelicas et apostolieas paginas.... ; c’est une allusion très claire aux livres canoniques dont A donne le catalogue. Il est donc sûr que A est antérieur à B , que le texte primitif est le texte long , et que ce texte long a été abrégé dans la suite.

Si l’on confronte cette conclusion avec le second groupement de manuscrits qui a été envisagé, un fait apparaît avec évidence : puisque les manuscrits qui écrivent Hormisdas appartiennent tous à la classe C, et puisque la classe C est certainement postérieure à A et à B, il est certain que la leçon Hormisdas nest pas primitive ; et que, dans sa teneur originelle, le texte portait donc soit Damase, soit Gélase.

D’autre part, on aperçoit une hypothèse : comme les textes A donnent le plus souvent Damase, les textes B le plus souvent Gélase, et comme A est antérieur à B, on peut se demander si le nom de Damase n appartient pas à la rédaction primitive. L’introduction de Gélase serait due à une correction dont l’auteur aurait voulu éliminer la première partie du texte et effacer ce qu’il voyait être une erreur: le texte parle de Chalcédoine, de saint Léon, d’Acace, tous personnages et événements qui sont postérieurs à Damase.

Les quatre sections, par lesquelles le document se termine, suggèrent des observations convergentes : notre hypothèse se vérifie et se précise.

— Et cette impression est accentuée par le petit prologue que voici : « Ad discutiendas uel intelligendas Scripturas, quas in Novo uel in Ueteri Testamento a pluribus éditas, illucl apostolicum nobis conuenit seruare eloquium : Prophetias, inquit, nolite spernere, omnia probate; ut plenius Dei operatione credamus illas esse conditas, quas de aduentu Domini ac natiuitate uel passione ipsius et resurrectione certissime fuisse locutas, per quas enim nos credimus esse saluatos. Ibi intelligimus illud ubi dixit : Quod bonum est tenete, ad repellendas uel a Catholicis renuendas Scripturas esse cognouimus, quas etiam uir eruditissimus Hieronymus repudiauit esse damnatas, sufficit nobis dicere, ut ab omni specie mala abstineamus. » P. L. 59, 165. Voir la lettre d’Hormisdas p. 182, n.

LE CONCILE PSEUDO-DAMAS1EN

L'auteur de la quatrième section ne connaît que trois conciles dont les décrets puissent êlre admis: Nicée, Éphèse et Chalcédoine. Il écrit donc, certainement, après 45i.

L’omission du concile de Constantinople de 38i est très remarquable: l'église romaine avait refusé d’en accepter les canons. Lorsque les Pères de Chalcédoine confirmèrent le troisième canon de Constantinople, qui trahissait déjà les prétentions byzantines, les légats quittèrent la séance et rédigèrent, le lendemain, une protestation vigoureuse que saint Léon appuya aussitôt (1). En 485, le synode romain présidé par Félix III [f 492] ne parle aux moines de Constantinople et de Bithynie que des trois conciles de Nicée, d’Ephèse et de Chalcédoine ; il ignore formellement le synode de Constantinople :

Et ut caritas uestra possit agnoscere uenerandas synodos Nicaenam et Ephesenam priorem atque Calchedonensem contra Nestorium et Eutychetem impiissimum nos tenere,post illam sententiam, quae in Acacium... dicta est, his quoque nunc iterum congregati ad uos utimur litteris... (2)

L’auteur de notre texte ne connaissait-il pas cette attitude? N’écrit-il pas après 485?

Je note, d’autre part, qu’il s’écarte de Denys le Petit, lequel accueillait dans sa collection le décret de 38i favorable à Constantinople (3). Et je remarque que Cassiodore, s’il emprunte peutêtre à notre texte l’idée d’énumérer les conciles qui ont fondé la foi, n'hésite pas à suivre l’exemple de Denys le Petit et à accueillir Constantinople au même titre qu’Ephèse, Nicée et Chalcédoine :

Dicamus nunc quemadmodum universalia sanctaque consilia fidei nostrae salutaria sacramenta solidauerunt... ; Nicaena synodus, Conslantinopolitana, Ephesia, Chalcedonensis... (4)

(1) Harclouin, II, 635. — Mansi, VII, 442. — Voir Hefele-Leclercq, II, 1, 1908, 42. Saint Grégoire écrit encore: « Romana autem Ecelesia eosdem canones vel gesta Synodi illius hactenus non habet nec accepit ; in hoc autem eam... accepit, quod est per eam contra Macedonium definitum [VII, 34, P. L. 77, 893] . Sur l'affaire du 3e canon en 451, voir Mansi, VI, 203, 633 et VII, 442.

(2) Coll. Auellana Guenther, p. 158. — Voir Hardouin, II, 855, et Hilaire confirmons III synodos Niceni , Ephesini et Calcedonense , L. P. I, 242 et Simplicius écrivant là Acace, 1 janv. 476.

(4) P. L. 70, 1123. — Grégoire le Grand comparera les quatre synodes œcuméniques aux quatre Évangiles : « Sicut sancti Euangelii quattuor libros, sic quattuor concilia suscipere et uenerari me fateor : Nicaenum

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