‹ Le néo-manichéisme et la légende chrétienneChapitre 76 sur 185 · LA LETTRE DE TRIFOLIUS A FAUSTE · texte numérisé non relu

LA LETTRE DE TRIFOLIUS A FAUSTE

lerminée, mais Ghalcédoine reste toujours la grande préoccupation des papes ; d’autant que, par leur imprudence, les moines scythes (1) vont peut-être rouvrir le schisme.

Voici un texte, précisément contemporain, qui favorise l’hypothèse. Trifolius écrit à Fauste, sénateur romain ; Fauste lui demandait si quelque texte des Pères pouvait justifier la formule des moines scythes : unus de Trinitate crucifîxas carne. — Non, répond Trifolius; et il ajoute :

Vita quidquid quatuor synodi in defînitione non posuerunt, id est Nicaena, Constantinopolitana, Ephesina prima et Chalcedonensis, et quod in epistolis sanctorum Patrum, quas quatuor sanctae synodi in auctoritate fîdei esse voluerunt, id est Athanasii episcopi Alexandrini ad Epictetum episcopum, Cyrilli ad Nesto* rium una et ad Joannem antiochenum altéra et epistola papae Leonis. Si quis addere aut minuere aut aliter interpretari uoluerit quam Patres in supra scriptis aut in defînitione sua non posuerunt synodi... : haereticus est (2).

La lettre de Trifolius à Fauste éclaire la lettre d’Hormisdas à Possessor ; elle atteste la prudente politique que suit Hormisdas, et comment il veut fermer la bouche à ces enfants terribles que sont les Scythes. Qu’on s’en tienne aux dogmes qui ont été définis, aux écrits qui ont été approuvés : et silence quant au reste (3).

Sans doute, Hormisdas parle un peu plus loin du triple fondement de la foi, l’Ecriture, les Conciles, les Pères ; et l’on trouve dans notre texte une liste des livres canoniques (II), des conciles généraux (IV), des écrits des Pères (V). Ils rappellent tous deux, sans doute, le mot de saint Paul omnia probate... Mais Hormisdas ne dit rien des trois églises de saint Pierre ; il ne dit pas que Fauste est condamné, et pourtant Fauste est rangé, semblet-il, parmi les écrits condamnés (4) dans le texte que nous lisons ;

(1) Les moines scythes prétendaient que les ennemis de Ghalcédoine n’avaient pas vraiment désarmé en 519 ; et qu’il fallait catholiciser l’addition faite au Trisagion par Pierre le Foulon, évêque d’Antioche, en disant unus de Trinitate crucifîxus carne. — Cf. G. M. R., I, 314-317. — La lettre même d’Hormisdas à Possessor traite de la question du Trisagion et des Scythes.

(3) Cf. la lettre même d'Hormisdas à Possessor [Guenther, p. 697, § 5] : « Nos fîxis decet instare uestigiis... » ; (Scythae) : « Beati Pauli monita non tacentes : noli uerbis contendere... »

(4) Le nom de Fauste manquait, sans doute, dans la version primitive du Codex Lucensis ; mais il se lit dans le Monacensis et dans le Vaticanus.

LE CONCILE PSÈUDO-DAMASIEN

si ce texte, enfin, parle du Saint-Esprit, il ne donne aucune définition dogmatique, canonica dogmata.

Est-ce à dire qu’il n’y ait aucun rapport entre notre texte et les lettres d’Hormisdas et de Possessor ? Il serait hasardé de le prétendre, comme il serait téméraire de dire que la seule lettre à Possessor a suscité la rédaction du texte (1). Notre texte se divise en sept parties ; Hormisdas en indique seulement trois. D’autre part, notre texte atteste une pensée maîtresse d'ellemême ; a-t elle eu besoin, pour s’exprimer, de cette circonstance particulière ? Enfin, la lettre de Trifolius témoigne d’une situation très analogue à celle que reflète la lettre d’Hormisdas : pourquoi rattacher notre texte à celle-ci plutôt qu’à celle-là ? La lettre de Trifolius, la lettre d' Hormisdas, le texte du Codex Monacensis sont parents l'un de Vautre : ils sont nés à la même époque et trahissent les mêmes préoccupations. Pour couper court aux questions indiscrètes, aux polémiques sans cesse renaissantes, un anonyme, qui connaissait la pensée de Rome, et peut-être faisait partie de l'entourage d’Hormisdas, aura rédigé le texte que nous lisons, vers l’an 520.

Ses tendances , nettement romaines et anti-byzantines, sont soulignées par l’introduclion de la lettre de Léon à Flavien (2) parmi les écrits des Pères solennellement approuvés, et par la finale de tout le passage :

Item opuscula atque tractatus omnium Patrum orthodoxorum qui in nullo sanctae ecclesiae romanae consortio debiarunt nec ab eius fîde uel praedicalione sejuncti sunt, sed ipsius communicatione per gratiam Dei usque in ultimum vitae suae fuere participes, legendos decernit.

Le peu de cas que fait l’auteur des travaux de Denys le Petit se marque à nouveau par deux faits. Il range dans la série intermédiaire l’invention du chef de Jean-Baptiste, que Denys avait pris la peine de traduire (3); et il y ajoute cette mention peu

(1) Hypothèse de Friedrich, toc. cit.

(2) Il ajoute sévèrement : Cuius texhim quispiam si usque ad unum iota disputaueril et non eam in omnibus venerabiliter receperit , anathema sit. Cf. lettre de Léon à Marcien, citée dans la lettre de Trifolius à Fauste [P. L. 63, 536] : Quia uero quorundam haereticorum uersuta nequitia ad conturbandam nostrorum simplicitatem , epistolam meam... falsasse perhibetur...

(3) P. L. 67, 467 C. D. : « Domino uenerando mihi Gaudentio abbati Dyonysius. Charissimorum fratrum quos per gratiam Christi regitis cura studiumque compulit ut relatio quae de inventione capitis Beati Joannis Baptistae graeco sermone conscripta est, latino per me redderetur eloquio...

Page 1