‹ Le néo-manichéisme et la légende chrétienneChapitre 77 sur 185 · SA DOUBLE INSPIRATION · texte numérisé non relu

SA DOUBLE INSPIRATION

fia lieuse : cum haec ad catholicorum manus aduenerunt , beati Pauli apostoli praecedet sententia... Orrinia probate , quod bonum est tenete. Chose plus curieuse encore, et dont les copistes, de bonne heure, ont voulu effacer le scandale (1), il condamne comme apocryphes les Canons des Apôtres, c’est-à-dire, évidemment, les cinquante canons traduits par Denys le Petit et qui ouvraient sa collection. Le motif de cette condamnation demeure assez mystérieux : peut-être les canons, attribués à Clément et aux Apôtres, avaient-ils le tort, aux yeux du compilateur, de ne rien dire de la primauté de Rome, et de venir de l’Orient par le canal de Denys.

Il faut noter, enfin, un fait d’importance : la lutte contre Byzance n’est pas le seul souci de l’auteur : il se préoccupe grandement de la question des écrits apocryphes et hérétiques ; les deux termes sont presque. synonymes à ses yeux. Il proteste très haut de sa vénération pour les martyrs; mais il rappelle avec éloge l’usage de l’église romaine, qui ne lit pas leurs gestes Leurs gestes sont anonymes; ils sont encombrés de niaiseries; et les hérétiques y ont glissé leur venin. La dernière partie du texte ajoute aux grands hétérodoxes rejetés par la tradition une longue série d’ouvrages dont l’origine gnostique n’est pas douteuse : actes d’André, de Thomas, etc... Pourquoi donc notre auteur s’y arrête-t-il avec autant de soin ? Le Gnosticisme n’est-il pas mort, et depuis longtemps ?

Une seule explication est vraisemblable. Ces textes, d’origine gnostique, sont ceux que faisaient brûler, au témoignage du Liber Pontificalis , Gélase et Symmaque et Hormisdas. Ces écrits étaient lus par les hérétiques d’aujourd’hui, non pas seulement par les hérétiques d’avant-hier. Ces textes avaient été adaptés et adoptés par les Néo-Manichéens : les listes que nous en avons dérivent sans doute pour une grande part des saisies opérées au temps de S. Léon comme au temps des Ostrogoths. Arrêter la diffusion de la littérature proscrite était, sinon le seul but de l’auteur, du moins un de ses principaux objectifs (2).

(1) Ce passage manque au Vciticanus et au Lucensis. II est plus aisé d'en imaginer la suppression que l’introduction.

(2) Dans les gestes de Cyricus et Julitta, que condamne le texte, Théodore dTconium trouve des étrangetés qu’il incline à attribuer aux Manichéens [Tliiel, Epist..., I, 459, note 25 ; voir G. M. R., V]. — Sur les livres mentionnés aux cinquième, sixième et septième parties, voir les notes de Tliiel. Noter que Jules est excepté des Pères orthodoxes et que Gennadius dit de sa lettre à Denys nanc perniciosa probatur. P. L. 58, 1062, B. L'histoire ecclésiastique d’Eusèbe est d'abord jugée non renuenda, puis elle est

LE CONCILE PSEUDO-DAMASIEN

Il aperçoit le danger que font courir à la foi, ici l’ambition grandissante de Constantinople, là les progrès cachés des Manichéens ; c’est le Christianisme tout entier qui est menacé, ici dans la foi de l’élite, là dans la foi des foules. L’anonyme y pourvoira : il fixera les normes d’après lesquelles tout catholique pourra distinguer ce qui est orthodoxe de ce qui est hérétique; il marquera très nettement quelles sont les bases de la foi, les assises de l’Église. Sa pensée remonte d’abord à l’Esprit-Saint, sourcede la doctrine salutaire; elle se porte ensuite sur l’Écriture, par laquelle a parlé l’Esprit; elle s’arrête alors, conformément à l’ancienne doctrine d’Irénée, aux églises de Pierre, organes vivants de la tradition; elle descend ensuite aux conciles généraux où se sont assemblées les églises et qui ont fixé les principes de la doctrine ; elle énumère les fameux docteurs qui ont mis leur gloire à la défendre ; enfin, comme s’il se souvenait des distinctions d'Eusèbe, l’anonyme groupe les écrits qui n’ont pas l’autorité des précédents, mais qu’il est néanmoins loisible de consulter, avant de lancer l’anathème sur les livres apocryphes et hérétiques. On croit apercevoir clairement le dessin général de sa pensée ; on croit en saisir l’homogénéité et l’unité.

rangée parmi les livres apocryphes qui non recipiuntur ; de même les écrits de S. Gyprien. Ces incohérences doivent s’expliquer par la diversité des sources utilisées par le compilateur ; son travail n’a pas été achevé.

Page 1