ATTITUDE DE SAINT LEON
refugeret aut uitaret, oculis christianae plebis certa manifestatione probauimus : adeo ut ipse qui eorum dicebatur episcopus, a nobis tentus, proderet flagitiosa in suis mysteriis quae teneret (1).
Saint Léon a donc imposé à tous les Manichéens arrêtés abjuration et pénitence : chacun devait renier Mani, sa doctrine, sa morale, oralement et par écrit, puis faire pénitence ; il rentrait alors dans le troupeau des fidèles. Les uns acceptèrent ; les autres persistèrent dans leur foi, et furent, en punition, condamnés par le tribunal de l’état à l’exil perpétuel. — En outre, et c’est la seconde mesure prise par le pape, il a dévoilé tous les secrets des hérétiques, doctrines fondées ou non sur l’Écriture, rites qu’ils accomplissaient dans la célébration des mystères, afin que les fidèles sussent désormais, s’ils venaient à les connaître, qu’ils devaient les fuir. — Il insiste sur un détail important que nous avions déjà vu : parmi les accusés se trouvait l’évêque manichéen de Rome ; il consentit à dévoiler lui-même les horreurs de sa liturgie.
L’opinion publique romaine était avertie. On trouve un reflet de ses préoccupations dans l’ouvrage que composait alors, en vue des églises latines, l’ami, peut-être le confident de saint Léon. Les Sentences que Prosper d’Aquitaine glane à travers l’œuvre d’Augustin et qu’il réunit en un volume, vers 445-45o (2), insistent sur l’idée de Dieu (3) et réfutent la croyance des Manichéens touchant les astres : non... siderea nécessitas Christo inlulit crucem, nec siderea coegerunt mori siderum conditorem (4).
Saint Léon lui-même indique avec la plus grande netteté les principaux traits de la doctrine proscrite : elle enseigne
(1) Epist. VII. P. L. 54, 620.
(2) Valenlin, S. Prosper d.' Aquitaine , 1900, 192-193.
(3) Valentin, op. cit ., 353. — Cf. Max. 3, 5, 6, 9, 12, 15, 30, 31, 39, 40, 41, 45, 55, 57-59, 61, 64, 68, 105, 108, 125, 145, 146, 157, 177, 184, 196, 212, 228, 280, 285, 291, 293, 295, 316, 328, 332, 334, 338, 339, 342, 348, 349, 351, 352, 353, 360, 363,370, 371, 373, 375, 380, 381, 383.
(4) Maxime 374 (citée par Valentin, op. cit., 353-354). — Je me demande si le concile romain de 447 ne s’est pas occupé encore de la question manichéo-priscillianiste : c’est en 447, d’après Hydace [M. G. — A. A., XI, 24] que Léon écrit à Thoribius. La lettre de Léon reproduit peut-être les décisions dudit Concile, ou s’en inspire.
Des prières composées peut-être au temps de saint Léon et de saint Hilaire visent les Manichéens. (Voir, infra , ce que nous disons du sacramentaire léonien, et l’hypothèse de Duchesne : Culte 2, p. 168, n. 3 : S. Léon introduit dans le canon les mots immaculata hostia , sanctum sacrificium à l’encontre des Manichéens.)
LE NÉO-MANICIIÉISME AU TEMPS DE SAINT LÉON
un dualisme radical (1), qui supporte une christologie docétiste(2) etune morale ascétique (3) (particulièrement en ce qui concerne l’usage des viandes). Saint Léon ajoute trois renseignements très curieux : les Manichéens adorent le Soleil, en l’honneur duquel ils jeûnent les dimanches et jours de Noël (4) ; une de leurs
(1) « Cui (diabolo) serviunt (Manichei)... Non sinatur latere homines qui legem per Mosen datam, in qua Deus universitatis conditor ostenditur, recipiendam esse non credunt ; prophetis et sancto spiritui contradicunt; psalmos Davidicos qui per universalem ecclesiam cum omni pietate cantantur damnabili impietate ausi sunt refutare ; Christi nativitatem secundum carnem negant; passionem et rcsurrectionem eius simulatam dicunt fuisse, non veram; baptismum regenerationis totius gratiae virtute dispoliant. » [Sermon 9, § 4. — P. L. 54, 163, BC]. — Voir S. Cyrille de Jérusalem, Catéch., II, 4 ; IV, 4 ; VI, 12. P. G. 33, 385, 457-460, 556-557 ; — Théodoret, Fab. haer., I, 26. P. G. 83, 377 ; — Pierre de Sicile, Hist. utilis , 10. P. G. 104, 1253 ; — Evode, g 3, 11, 12, 18; — [Dôllinger, Beitrcige, II, 371.]
(2) Voir la note précédente. « Ab hoc sacramento... insanus Manichaeorum error alienus est, nec ullum habent in Christi regeneratione consortium, qui eum de Maria Virgine negant corporaliter natum : ut cuius non credunt veram nativitatem nec veram recipiant passionem, et quem non confitentur vere sepultum abnuant veraciter suscitatum. » [Sermon 24, g 4. P. L. 54, 206, B.l — C’est encore le docétisme des Manichéens que saint Léon signale et condamne dans le sermon 34, g 4 [P. L. 54, 247, C, 248 B] : « (Manichaei) eo usque praecipites proruerunt, ut sibi falsi corporis fingerent Christum qui nihil in se solidum nihil verum oculis hominum... praebuerit, sed simulatae carnis vacuam imagiriem demonstrarit. Indignum enim videri volunt ut credatur Deus Dei Filius femineis se inseruisse vis-
ceribus . ,(alios) persuadentes ut negent a Domino Jesu Christohumanam
naturam vere esse susceptam, negent..., negent.... » — Voir encore Sermon 42, § 5 : a Besiliunt... a sacramento salutis humanae, et Ch. D. N. in vera naturae nostrae carne vere natum, vere passum, vere sepultum et vere suscitatum esse non credunt. Et ob hoc diem nostrae laetitiae jejuniisui moerore condemnant. » [P. L. 54, 279, B] ; — et Sermon 47, g 2 : « Aut secundum Manichaeum nulla ejus sit resurrectio cujus nulla est passio. » [P. L. 54, 296, C] ; — les lettres à Julien, § 1 [P. L. 54, 805, B et 1017 A] et au peuple de Constantinople, g 1 [P. L. 54, 867, A]. — Voir S. Cyrille, Cal ., XIV, 21. P. G. 33, 852 ; Théodoret, loc. cit. ; Pierre de Sicile, loc. cit. ; Evode, g 28.
(3) « Adversarii dolos... etiam in proposito abstinentiae caveamus... : famulis utendo Manichaeis, ... suadet concessa vitari... Vae illorum dogmati apud quos etiam jejunando peccatur. Damnant enim creaturarum naturas in Creatoris injuriam, et contaminari edentes asserunt iis quorum non Deum, sed diabolum conditorem esse defîniunt, cum prorsus nulla sit substantia mala nec ipsius mali sit ulla natura. Omnia enim bona bonus creator instituit... : in honorem Solis acLunae prima et secunda sabbati jejunare delegerunt..., bis impii... qui jejunium suum et ad siderum cultum et ad resurrectionis dominicae instituere contemptum. » [Sermon 42, g 4-5. — P. L. 54, 278-279]. — Voir Evode, g 34 (Théorie du Christ vivant dans les plantes).
(4) « (Manichaei), sicut in nostro examine deLecti atque convicti sunt, dominicum diem, quem nobis Salvatoris nostri resurrectio consecravit, exigunt in moerore jejunii ; Solis ut proditum est reverentiae hanc continentiam devoventes ». [Lettre à Thoribius, g 4. — P. L. 54, 682, B.]