‹ Le néo-manichéisme et la légende chrétienneChapitre 81 sur 185 · LISTE DES LIVRES CANO .NIQUES · texte numérisé non relu

LISTE DES LIVRES CANO .NIQUES

Le catalogue du concile de Carthage de 397 (ij est moins éloigné du nôtre : le groupement des livres est, dans les grandes lignes, le même ici et là; ici et là on compte 71 livres. Mais il y a beaucoup de divergences secondaires entre les deux textes [Job est placé avant les Psaumes; cinq, non trois livres de Salomon; les petits Prophètes précèdent les grands ; l’Apocalypse est séparée des Actes, rangée après les sept épîtres canoniques ; aucun groupe n’est expressément formé.]

Le catalogue d’innocent I (2) se rapproche beaucoup du nôtre au moins en ce qui concerne l’Ancien Testament : les mêmes trois sections qui le composent apparaissent de part et d’autre ; les trois parties du Nouveau Testament sont à peu près les mêmes ici et là. Je note pourtant que, dans le catalogue d’innocent, les Actes et V Apocalypse suivent les sept épîtres, non les quatre Evangiles; que les sept épîtres ne sont pas réunies sous une commune dénomination, et que leur ordre particulier [loan., Petr., Iud., lac.] est tout différent de celui que suit notre texte.

Cassiodore décrit une édition de la Bible — il y voit une ancienne traduction (avant Jérôme), antiquci translatio (3) — -, dont la première partie [livres du Vieux Testament] est identique à celle qu’on lit dans notre concile; la seconde partie, il est vrai, place Iud. immédiatement après Petr. et ne dit pas isia publice in ecclesia non legitur; elle n’identifie pas Jude, l’auteur de l’épître, avec Juda leZélote; le texte conciliaire, enfin, ne détermine pas,, aussi précisément que la Bible de Cassiodore, quels sont les destinataires des sept épîtres [ad gentes; ad XII tribus; ad Bomanosj. — La demi-identité des deux catalogues n’en est pas moins fort remarquable : Cassiodore devait connaître notre texte, ou l’une de ses sources.

J’ajoute que l'ordre du texte conciliaire est presque exactement celui du Codex A miati nus ; et que le manuscrit de Corbie, B. N. 1 1.532 et 11. 533, est disposé comme le Codex Amicitinus ; « beaucoup de manuscrits anciens et importants, dont deux sont espagnols [leg. 1 et B. N. 6), s’en éloignent à peine ; deux autres manuscrits espagnols, des plus importants ( cav . et leg. 1 2 3), se rapprochent encore sensiblement du codex antiquae

(1) P. L. 67, 191 ; Mansi, III, 891 [. Analecta ... p. 162].

(2) P. L. 67, 248, ou 20, 512.

(3) P. L. 70. 1125. Cf. infra ce texte reproduit.

LE CONCILE PSEUDO-DAMASIEN

translationis (1). » Le Codex Toletanus , enfin, trahit encore sa parenté avec le catalogue que donne notre texte (2).

Notre catalogue, en résumé, se rapproche sur certains points de celui que reproduisent le Claramontanus e t le concile carthaginois de 397; il est également parent de ceux d’innocent, de Cassiodore, de YAmiatinus, et de certains manuscrits espagnols d’un grand prix.

Il est intéressant de rechercher quel rapport il soutient avec les écrits de S. Jérôme. On se rappelle que saint Jérôme a été le conseiller de Damase : notre catalogue refléterait-il certaines des théories de Jérôme ? c’est le moment où il commence ses travaux bibliques.

Jérôme adopte, dans le Prologus galeatus (3), l’ordre hébraïque, c’est-à-dire qu’à la Loi et aux Prophètes il fait succéder les Hagiographes. De même dans la lettre de Paulin (4). Cette disposition rappelle quelquefois notre catalogue. A part Job , que Jérôme place après le Deutéronome , les deux textes donnent d’abord la même énumération : Pentateuque, Iesu Nave , Juges , Ruth , Rois. Puis, ils divergent : Jérôme intercale ici les Prophètes, notre catalogue inscrit ici les Paralipomènes , les Psaumes, les livres de Salomon... De même, on aperçoit quelques points de contact entre Jérôme et notre texte quant à l’ordre des livres du Nouveau Testament : ici et là, les Evangiles, S. Paul, les sept épîtres se succèdent régulièrement; mais Jérôme seul place les Actes après S. Paul, et Y Apocalypse après les sept épîtres; et celles-ci sont ordonnées différemment par Jérôme [lac., Petr., Ioan., Jud.,] et par le texte damasien Petr., Jac., Joan., Jud.].

Quelques détails plus précis donnent la même impression discordante. Il y a accord entre Jérôme et notre texte quant à Jean le prêtre, quant à Jude, quant à la Sagesse attribuée à Salomon, quant à Jérémie. Les trois épîtres johanniques sont

(1) Samuel Berger : Histoire de la Vulgate... (Nancy, 1893), p. 303.

(2) S. Berger : op. laud., p. 26.

(3) P. L. 28. 547. Si l’on compare à notre texte l’énumération de Rufin j Comni. in Symb. Apost., 37-38. P. L. 21, 374], on constate que : au point de vue de l’A. T., Rufin ignore notre ordo storiarum , écarte comme non canoniques les deux Sagesses , Tobie , Judith, les Macchabées , place Esdras et Esther après les Paralipomènes , les Psaumes et les 3 pseudo-Salomon après Job, oublie Cinoth ; au point de vue du N. T., il place les Actes seuls, après les Évangiles, et Jude avant les trois épitres de Jean que suit Y Apocalypse. (On sait que Rufin copie Athanase.)

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