‹ Le néo-manichéisme et la légende chrétienneChapitre 82 sur 185 · LISTE DES LIVRES CANONIQUES · texte numérisé non relu

LISTE DES LIVRES CANONIQUES

rapportées par notre texte, la première à Jean l’Apôtre, les deux autres à Jean le presbytre. Or voici ce qu’écrit saint Jérôme au sujet des trois épîtres de S. Jean :

[scripit autem Joannes] et unam epistulam cuius exordium est : quod fuit ab initio... Reliquae autem duae quarum principium est : senior electae..., et sequentis : senior caio... Iohannis presbyteri asseruntur cuius et hodie alterum sepulchrum apud Ephesum ostenditur (1).

Notre texte note que l’épître de Jude ne doit pas être lue à l’église, et Jérôme reflète les mêmes hésitations (2).

Enfin certains manuscrits du concile pseudo-damasien écrivent Hieremiae... cum Cinoth id est lamentationibus suis; et le Prologus galeatus porte : Jeremias cum Cinoth id est lamentationibus suis (3).

Mais, d’autre part, il y a désaccord quant aux points suivants: i° nulle part Jérôme n’identifie avec Juda Zelotes, comme fait notre texte, l’auteur de l’épître de Jude; 20 on ne voit pas que notre texte reflète l’opinion de Jérôme, hésitante ou défavorable, touchant Yép ître aux Hébreux , Judith , Tobie; 3° notre texte porte in fer i, alors que Jérôme écrit le plus souvent in fer ni (4).

Il faut remarquer que les divergences ne prouvent rien rigoureusement contre la provenance hiéronymienne : Jérôme n’a pas gardé toute sa vie, en matière biblique, ses opinions de 382-384; — et de même, que les coïncidences ne prouvent rien rigoureusement en faveur de cette provenance : on a pu retoucher notre catalogue en s’inspirant des écrits de saint Jérôme. Tout jugement assuré est impossible.

Si l’on se rappelle, seulement, que les doutes de Jérôme — touchant Jude. par exemple — ont souvent été écartés plus tard par l’Église, on inclinera à penser et que les notes critiques de notre catalogue sont authentiques et qu’elles ont été, ou dictées, ou inspirées par le jeune et savant docteur.

Or Jérôme n’est arrivé à Rome, selon toutes les vraisemblances (5), que vers le printemps de 382. 11 se pourrait que, dans sa forme primitive, notre texte datât de ce temps. Naturel-

(1) De Viris (vers 392), 9, P. L. 23, 637 ou Herding, 15. Voir p. 22, § 18. — Voir encore Loisy : Histoire du Canon du N. T., p. 194-196.

(2) De Viris. 4. P. L. 23. 615.

(3) Turner: Journal of theological studies , ï, 558.

(4) Éd. Vallarsi, VII, 613 E. [Turner: 0 ^ laud. 244].

(5) Brochet : S. Jérôme et ses ennemis , 1906, Paris, p. 1.

LE CONCILE PSEUDO-DAMASIEN

lement, Innocent Ier l’aurait consulté. — Mais d’où vient l’influence qu’il paraît avoir exercée en Espagne?

La troisième partie du document damasien énumère les trois premières églises du monde chrétien : ce sont les trois églises de saint Pierre, Rome, Alexandrie et Antioche; on insiste sur la primauté de Rome, on la fonde sur les paroles du Christ et sur le martyre des deux apôtres qui y sont morts le même jour.

L’anonyme exprime l’ancienne tradition romaine telle qu’elle se reflète dans les textes fameux de saint Clément, de saint Irénée, de Caius et de Damase (1), telle qu'elle sera solennellement rappelée par le compilateur isidorien des canons de Nicée.

Mais, — que l’on y prenne garde — l’anonyme insiste moins sur la primauté de Rome, que sur les raisons qui la fondent : ce n’est pas un décret conciliaire, c’est une parole du Sauveur; l’importance de cette parole, la prééminence de celui qu’elle vise doivent être jugées telles qu’elles assurent un privilège énorme à Rome, — et la seconde et la troisième place dans la Chrétienté aux autres églises qui se rattachent à Pierre, Alexandrie et Antioche (2).

Or, le concile de Constantinople de 38 1 vient de stipuler, canon 3 :

tov uivxot KcovaTavTtvouTToXewç £7rt<7xo7rov £/£tv ra 7rp£crêEia xyjç TijLYjç gETa tov tvjç ~Ptotxr)ç £7U(7xo7cov , Stot xo etvat auTrjv veav 'Pcopo)V (3).

N’est-il pas très vraisemblable que notre texte touchant la primauté de Rome et son principe évangélique est une riposte formelle au canon des Pères de Constantinople ? Voilà un nouvel et significatif indice que ce texte est postérieur — et de peu — à38i. Saint Léon, dans des circonstances analogues, redira la théorie catholique :

(1) « Le premier rang appartient à l’église dans laquelle l’apôtre a siégé. » [Damase aux évêques d’Orient, vers 880? Théodoret, V, 10 ; P. L. 13, 370. — Tunnel : op. laud., 377.] Voir aussi, P. L. 13, 1155, la décrétale de Sirice.

f2) On ajoute, incidemment, sans doute sous l’influence de la tradition ancienne, que Rome a été encore mise hors de pair parce qu’elle a été le théâtre du martyre de saint Paul, le grand émule de Pierre. Cette note archaïque ne révèle-t-elle pas aussi l’influence de Jérôme ?

(3) La théorie byzantine commence d’apparaître dans le canon 9 du con cile d’Antioche de 341 qui classe les évêchés d’après l’importance politique des villes. Voir Socrate V, 8; Sozomène, VII, 9. — Damase n’avait pas été convoqué officiellement, semble-t-il, au concile de 381. — Voir Solim : Kirchenrecht , 422.

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