‹ Le néo-manichéisme et la légende chrétienneChapitre 83 sur 185 · ROME CONTRE CONSTANTINOPLE · texte numérisé non relu

ROME CONTRE CONSTANTINOPLE

Alia tamen ratio est rerum saecularium,alia divinarum ; nec praeter illam petram quam Dominus in fundamento posuit, stabilis erit ulla constructio... Non dedignetur regiam civitatem, quam apos-

tolicam facere non potest . ; nec ullo speret modo quod per

aliorum possit offensiones augeri. Privilégia emm ecclesiarum, sanctorum Patrum canonibus instituta et uenerabilis Nicaenae synodi fixa decretis nulla possunt improbitate convelli, nulla novitate mutari... (l).v

L’intrigue byzantine rend plus nette la conscience que prend le pape romain des raisons qui fondent sa primauté. Telle est évidemment la cause de l’importance qu’attache le document damasien au privilège d’Alexandrie et au privilège d’Antioche : si celle-là obtient le second rang et celle-ci le troisième, c'est que l’une et l’autre se rattachent, directement ou indirectement, à saint Pierre, le chef des Douze. Puisqu’aucun lien de ce genre ne lui lie Constantinople, à quel privilège l’église de Constantinople pourrait-elle prétendre? Saint Léon, lorsqu’il écrit à Anatolius (2), saint Grégoire, lorsqu’il correspond avec Eulogms, se placent toujours à ce point de vue. Mais je ne sache pas que personne l’ait développé avant notre anonyme : le canon 6 de Nicée confirme les droits patriarcaux d’Alexandrie et d’Antioche sans dire un mot du rapport de ces deux églises à saint Pierre (3).

J’attire l’attention sur un passage curieux : l’auteur de notre texte est favorable à Rome; il ne se croit pas obligé, pourtant, d’adopter toutes les traditions romaines. Pierre et Paul, dit-il avec S. Jérôme — noter le fait — , sont morts le même jour, et non pas à deux époques différentes :

(Paulus et Petrus) qui, non diverso sicut haeretici garriunt, sed uno tempore, uno eodemque die gloriosa morte... (coronati sunt) (4).

(1) | 2. Cf. P. L. 54, 1003 B. et 1007 B. — Hormisdas [P. L. 63, 393] reproduit fidèlement, ici comme ailleurs, la tradition de saint Léon. Elle s’exprime avec vigueur, encore, dans le Sacranientaire léonien [Feltoë, p. 38, 40].

(2) Epist. ad Dioscorum. P. L. 54, 625 et ep. ad. Anatolium, § 5, 1007 B. [Serai. 82, § 5. — P. L. 54, 425, A.].

(3) Hefele-Leelercq, I, 1. 552, sq. Voirsapra p. 170 et Linck : Zur Uebersetzung und Erlaeulerung der Kcinones IV, VI und VII des Konzils von Nicaea , 1908. Giessen.

(4) P. L. 59, 167-168. De même le catalogue libérien; saint Jérôme: de Viris 5 ; la version du pseudo-Marcellus des gestes de Pierre et de Paul [Lipsius, p. 171]. [Les plus anciens documents (S. Clément, S. Denys, S. Irénée, Caius, Eusèbe) ne donnent là-dessus aucune indication. Voir Turner, op. laud., 245 et G. M. R.,I, 103].

LE CONCILE PSEUDO -DAMASIEN

Le Sacramentaire Léonien , document romain s’il en fut, insinue le contraire : une des prières qu’on y lit compare les deux apôtres dont la vie fut si différente, et conclut :

Sic dispensatione diuersa unam Xri familiam congregantes t empare licet discreto recurrens una dies in aeternum et una corona sociauit per (1).

Le terme una dies vise le jour de la fête unique des deux Apôtres, et l’épreuve commune qu’un même jour leur a apportée; les mots tempore licet discreto doivent se rattacher à una corona sociauit : le rédacteur inconnu savait et disait que Pierre et Paul n’étaient pas morts ensemble. — L’auteur de notre texte n’hésite pourtant pas à condamner son hypothèse, et c’est avec la plus grande dureté qu’il parle : sicut haeretici garriunt. De même, pour la même raison, il condamne comme apocryphe le centon de Proba,

Malheureusement, nous ignorons tout à fait la date de la prière romaine. Fût-il prouvé qu’elle remonte au temps de Damase, qu’on n'en pourrait rien conclure contre la date damasienne de notre document. La vigoureuse affirmation de la primauté romaine qui s’y lit s’accorde à merveille avec les décisions du concile de Sardique (2) et la naissance des décrétales : il semble que la première ait pour auteur précisément le pape Damase (3). Le dévouement de Jérôme au siège de Pierre est bien connu d’autre part (4). Le dévouement de Valentinien et de Gratien, et même de Théodose, à la même église ne l’est pas moins (5;. Le 3e canon de 38 1 appelait une riposte.

(1) XXVI (éd. Feltoë, p. 49, 25-28). De même Prudence : Péri Steph., XII, 5, 21 ; Arator, II, ad fin. ; Proba. — Les textes apocryphes ne rapprochent nullement la date des deux martyres. Voir le texte de Verceil des actes de Pierre.

(2) Hefele-Leclerq, I, 2e (1907) 736-823. — Attaquée par Friedrich, l’authenticité des canons visés a été démontrée par Turner et Funk.

(3) Bahut : La plus ancienne décrétale. Paris, 1904. Voir l’épigramme de Damase sur saint Paul [Ihm. 2. Voir aussi 5, vers 5 : una Pétri sedes, unum uerumque lauacrum].

Turmel écrit [hist. dogme papauté , 1908, Paris, p. 432, n. 2] : « Baronius (ad. ann. 382, 19) et Merenda (Proleg. XXI, 4, P. L., 13, 246) attribuent à Damase le décret relatif à l’origine des trois sièges patriarcaux qu’on lit dans P. L. 13, 374. Ce sentiment... doit être abandonné. Ce décret est du pape Gélase (voir Langen, 1, 572). » L’affirmation est inexacte: les textes cités en tête de ce chapitre prouvent que le susdit décret est antérieur à Chalcédoine.

(4) Epist. 15 et 16.

(5) Voir notamment Code Théodosien, XVI, 1, 2. (Theodose, en 380, impose à tous la foi de Damase).

l’esprit septiforme

Le schisme d’Antioche devait pousser la papauté à flatter l’orgueil local antiochien afin d'y relever le parti de Paulin. Enfin, l’honneur fait à Alexandrie, la ville d’Athanase, n’a rien qui puisse surprendre : Alexandrie est le champion oriental de l’Occident et de Rome ; Pierre d’Alexandrie est l’ami de Damase. Tous les indices convergent : la troisième partie de notre document doit remonter à la fin du quatrième siècle aussi bien que la seconde, plus précisément sans doute au lendemain de 38 1 .

L’étude de la première partie achèvera de préciser l’hypothèse. Elle se divise en trois sections très nettes : l’une traite, d’après Isaïe 11. 1-3, (î) de l’Esprit Septiforme qui* communique à l’homme ses sept dons ; — l’autre énumère les multiples noms du Christ; — la dernière revient aux sept noms de l’Esprit qu’elle met en rapport avec sept patriarches d’Israël.

Rien, dans la première section, ne rappelle en particulier le de Spiritu Sancto de Didyme-Jérôme : bien que plusieurs citations d’Isaïe (2) s’y rencontrent, je ne crois pas qu’on y lise le texte 11. 2.

Le traité d’Ambroise, au contraire, introduit à deux reprises, le passage fameux du prophète; mais il ne s’y arrête pas ; surtout il ne souligne ni même ne mentionne les septem dona Spiritus (3).

(1) « Et egredietur virga de radice Jesse et flos de radice ejus ascen det. Et requiescet super eum spiritus Domini: spiritus sapientiae et intellectus, spiritus consilii et fortitudinis, spiritus scientiae et pietatis ; et replebit eum spiritus timoris Domini... » On utilise aussi I Cor. 1, 24 ; Ps. 31 (32). 8 ; Is. 9, 6. ; I Cor. 1, 24 ; Phil. 3, 8 ; Jo. 14, 6 ; Ps. 110 (111), 10 ; Prov. 9, 10.

(2) § 10, P. L. 23, 112. C (Is. 44, 3. Ponam spiritum meum super semen tuum) ; — § 11, col. 113, D (Is. 42, 1, dédit spiritum meum in eo...) ; — § 49, col. 144. A (Is. 63, 11, qui posuit super eum Sp...); — §50 (Is. 42, 1). — Voir § 31, col. 131, A. Deus... spiritum sapientiae revelationisque largitur... Voir Revue Biblique, 1899.251.

(3) II, 2, 20, P. L. 16, 747 B. Ipse enim Spiritus virtus est, quia legisti : Spiritum consilii atque virtutis (Is. 11, 2)... — Voir II, 5, 38. P. L. 16, 751. A. Opus Spiritus flos radicis est, ille inquam flos de quo bene est pro-

LE CONCILE PSEUDO-DAMAS1EN

Nous serons plus heureux en consultant le conlra Varimadum . On y lit :

Spiritus de Deo Pâtre po (test) procedere : est enim Pater Deus..., est lux... ; est virtus et procedit de eo spiritus virtutis ; est sapiens etprocedit de illo sapientiae spiritus; est prudentia et procedit de illo prudentiae spiritus ; est consilium et procedit de eo spiritus consilii ; est fortitudo et procedit de eo spiritus fortitudinis... ; est scientia et procedit de illo spiritus scientiae... ; est pietas, et procedit de illo spiritus pietatis... Sed ne consuetis calumniis... simplices animos perturbetis, ex divinis Scripturis de iis quae superius dicta sunt documenta... coaptabimus. . Quod vero sapientia dicatur, Isaias testis est cum Domini Filium spiritu sapientiae fuisse repletum dicit. Quod vero prudentia dicatur, in eodem propheta ostenditur. Ouod autem spiritus consilii et fortitudinis dicatur, in eodem volumine declaratur... Quod vero spiritus sapientiae appelletur, Isaiae annuntiatione docetur. Quod autem spiritus vitae sit, Apostolus edocet... [Rom., 8, 6] (1).

phetatum : Exiet virga de radice Jesse et llos de radice ejus ascendet(Zs.ll, 1). Voir encore I. 89, col. 725, C. ; I, 91, col. 726 G. ; II, 11, 122 col. 768-769.

Les seplem spiritus sont précisément mentionnés dans l'Expositio super septern uisiones libri Apoccilypsis, II, 5, P. L. 17, 796, B. C. << Et septem lampades ardentes... » Ce traité, parfois attribué à saint Ambroise, n’est certainement pas de lui. Mais je ne vois pas qu’on en ait précisément marqué l’origine. — Ils reparaissent souvent aussi, comme on doit s'y attendre, dans le commentaire de l’Apocalypse d’Apringius de Béjà [voir supra , p. 84 : p. 3, 21, 32,34, 74; noter les termes septiformis (p. 3, 28, 74), quadriformis (p. 31)].

Sur la citation de Grégoire d’Elvire, ArcaNoe [Rev. bénéd. 1909, p. 7], voir l’appendice.

(1) II, 14. P. L. 62, 407-408. Voir II, 15. Fauste de Riez* cite de même Isaie ; et Eugippius le cite à son tour **, d'après Augustin certainement. La tradition qui applique le verset du prophète à l’Esprit saint apparaît donc, en Occident, à la fin du quatrième siècle ; elle est vivante à la fin du cinquième et au début du sixième siècle.

Eugippius emploie le terme septenarius, il ne dit pas septiformis , qu’ignore également Fauste et qui apparaît dans notre texte. Je rencontre septiformis , à la fin du cinquième siècle, dans un passage de Gélase *** ; il n’est pas très sûr sans doute que le mot ne soit pas antérieur à ce temps, car, dès la fin du quatrième siècle, je lis triformis dans Philastrius ****, et multiformis dans Priscillien *****.

Dans le de Spiritu sancto vulgairement attribué à Pascase , § 6. P. L. 62, 14. D. Legimus in Isaia propheta super Dominum Jesum descendisse Spiritum sanctum Domini, spiritum sapientiae et intellectus, spiritum consilii et fortitudinis...

Thésaurus, 96. P. L. 62, 728-729. Et unde probamus sancto Spiritui deputari septenariam nurneri rationem, Dicit Isaias Spiritum Dei uenire... super Chrisli membrum, sapientiae et intellectus, consilii et...

De duabus naturis, 10. Thiel, p. 541. — Cf., plus tard, Grégoire le Grand : Hom.in Ezech. II, 7, 7. P. L. 76, 1016; le Sacramentaire gélasien I, 44. Wilson, p. 86-87 ; S. Ildefonse : De cognit. bapt., 62, 64. P. L. 96, 136; Apringius, voir supra . **** Haeres , 93. P. L. 12, 1205.

Tract. Paschae, Schepps, 58. Cf. p. 103, 106 ; cf. prolog. de Mt. Voir aussi Grégoire d’Elvire : Area Noe.

ET IÆ DE TRINITATE

Faut-il dire que notre texte s'inspire du livre VII du de Trinitate , ou faut-il renverser le rapport? Ce qui est sûr, c’est que le rapport existe. Qu’on en juge :

Rogo, quemadmodum sepliformem hune Spiritum sapientiae et intellectus, Spiritum consilii et virtutis, Spiritum scientiae et pietatis, Spiritum timoris Domini in manu impositionis chrismae consequi meretur (?), quem de imita plenitudine divinatis consistere non confîtetur (1).

Ici et là, V Esprit Septiforme est présenté comme une Puissance divine dont ! essentielle fonction consiste à communiquer aux hommes les sept dons qu'énumère Isaïe.

Je note que le de Trinilate et le contra Varimadum sont deux livres espagnols de la fin du quatrième et du début du cinquième siècle (2), — que la citation du de Trinilate répond bien

(1) P. L. 62, 284, D. — Noter encore que les Regulae Definitionum de Syagrius insistent beaucoup, vers la fin, sur la multiplicité des fonctions et des dons du Saint-Esprit. Les Regulae de Syagrius, évêque de Galice, ordonné en 433 en même temps que Pastor, malgré Agrestius, ont été publiées par Künstle : Antipriscilliana, Freiburg, 1905. Au jugement de Gennadius, § 66, Syagrius combat les hérétiques qui veulent changer les noms des trois Personnes afin de modifier le concept de Trinité : ainsi, le nom de Père, qui implique fils, serait remplacé par le terme « Inengendré » ou « Non Fait », ou « Solitaire » ; ils veulent qu’on distingue en lui substance et personne afin d’exclure de celle-là tout ce qui n’est pas celle-ci. [Est-ce que telle n’était pas la tactique d’Eunomius?] — Le traité de Syagrius se divise en deux parties : la première est une courte introduction métaphysique et théologique sur les catégories de l’être et la nature de Dieu [§ 1-5, p. 142-145] ; la seconde [§ 6-10, p. 146-159] examine deux problèmes : quibus proprietatibus ab invicem séparant ur vel cpia societate concordant ( très Personne) ; on y insiste sur l’Esprit Saint, et l'on définit en passant la méthode analogique. — Il est certain que Syagrius vise d’abord les Ariens, eux surtout; mais il est vraisemblable qu’il vise aussi les Priscillianistes [§ 6, p. 146, lignes 12-13; § 7, p. 149, lignes 4-6]. Il paraît que les controverses contemporaines sont le point de départ de sa spéculation ; mais il la conduit de telle sorte qu’il aboutit à un exposé général — très remarquable — des principes de la doctrine plutôt qu’à la réfutation en règle des erreurs courantes.

(2) En 1528, à Bâle, Sichard a publié Idacii Clari Hispani contra Varimadum Arianum liber et difficillimorum quorumque locorum de trinilate declaratio. Le texte est réimprimé dans Migne, P. L. 62, 351. Une préface conte que le livre reproduit, en l’appuyant sur des témoignages, une discussion récente qu’a eue l’auteur, à Naples, avec le diacre arien Varimadus au sujet de l’égalité du Fils et du Père, et de l’unité de la Trinité. Le premier livre établit l’unité du Fils avec le Père par les témoignages scripturaires : je note, colonne 359, B, le verset des trois témoins, ainsi introduit : item ipse ad Parthos : Très sunt , inquit, qui testimonium perhibent in terra , aqua , sanguis et caro, et très in nobis sunt. Et très sunt qui testimonium perhibent in caelo , Pater , Verbum et Spiritus, et ii très unum sunt. (Il s’agit de réfuter le texte : Pater major me est). Le livre II démontre

LE CONCILE PSEU DO-DAMAS 1 EN

à la nôtre sauf en un point [veritas au lieu de pietas], — que le rapport de notre texte au contra Varimadum est beaucoup moins

l’unité de l’Esprit avec le Père : l’Esprit n’est pas une créature, il était en David ; il est indépendant du Fils ; son origine est le Père et le Fils [il est Spiritus Patris, de par Dan 4, 5 ; il est Spiritus Filii de par Gai. 4, 6, Phil. 1, 19, I Pet, 1, 10. — Colonne 406, § 12-13) ; son domaine est partout ; il juge les hommes. Le livre III démontre l’unité de la Trinité en 100 paragraphes, chacun très court, où les témoignages scripturaires sont introduits par une formule identique. — Ce Contra Varimadum paraît apparenté au Contra Felicianam arianam de unitate Trinitatis liber unus, qu'on peut lire dans Migne P. L. 42, 1157 ou 62, 333. Ici c'est parla raison, non par l’Ecriture, que l’on combat et que l’on confond l’arianisme ; mais ici encore c’est une récente discussion qu’on prétend retracer. On démontre la consubstantialité du Genitus et de l’Ingenitus : l’idée de Père implique le Fils ; la génération du Fils ne coupe pas le Père ; elle est coéternelle au Père d’une façon miraculeuse ; le Fils n’est pas une simple créature parfaite ; sa personne est une si sa substance est double [§ 10, col. 1164. Salvatorem... non confundo, non divido...; incomprehensibilem majestatem velut quodam indumento carnis vestire est dignatus...; utriusque naturae proprietatem... expressit] ; sa naissance temporelle n’empêche pas l’éternité de sa génération divine [§ 11... Scio ad inferos divinitatem Filii Dei descendisse proprietate carnis, scio ad cœlum ascendisse carnem merito deitatis] ; sa naissance humaine n’empêche pas son existence antérieure, de même que la formation de l’âme individuelle dans le sein de la mère n’empêche pas, selon la plupart, la réalité de l’Ame générale (du monde) qui crée celle-là ; le Christ était un homme parfait, il avait une âme humaine parce que c’est l’homme tout entier qu’il devait sauver, puisque c’est l’homme tout entier qui avait péché ! Si Jésus, source de vie, a souffert la mort, c’est par simple participation à l’humanité, non par modification de sa nature divine : sa résurrection le prouve. Pareillement la nuit vient de l’éloignement, non de l’anéantissement du soleil. Les Manichéens sont ineptes autant qu’impies lorsqu’ils imaginent que le mal est une substance.

On a l’impression que ces deux livres peuvent dater de 430-450 : ils donnent le verset sabellianiste des trois Témoins, professent effectivement sinon explicitement le füioque , combattent les mêmes ennemis que Syagrius et emploient sa méthode fondée sur la valeur des noms ; ils nomment une fois les Manichéens ; ils s’intéressent au problème christologique, écartent l'apollinarisme, formulent à peu près les idées chalcédoniennes. Ce sont des contemporains, peut-être des compatriotes, de Pastor et de Syagrius, ou de Cassien et d’Eucher.

Deux difficultés, 1. Nous avons de Vigile de Thapse, outre les libri quinque contra Eutycheten , deux traités en forme de dialogues ; et je lis en l'un d’eux, le Dialogus contra Arianos (P. L. 62, 179) : sicut in libro , quem aduersus Maribadum nefandae haereseos vestrae diaconum edidimus , plenissime constat expressum. Dum ille objiceret quod uriio exscludcit aequalitalis Trinitalem... hoc ego retuli...: Apostolus... dicit in epistola ad Corinthios prima, 12, 4-6...., II, 45. P. L. 62, 226, D-227 C. — Notre contra Varimadum est-il identique au contra Maribadum de Vigile ? Chifflet penchait pour l’affirmative. Varimadus n’est pas éloigné de Maribadus. Mais le passage cité par Vigile dans le contra Arianos, et qu’il dit emprunter au contra Maribadum , ne se retrouve pas dans le contra Varimadum . L’identification des deux livres est à rejeter (comme veut Ficker). — 2. Victor de Vita, I, 48 (Petschenig, 21, 8) et Vigile de Thapse, loco citato, attestent l’existence d’un fameux diacre arien, appelé Maribadus, et qui était le

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