‹ Le néo-manichéisme et la légende chrétienneChapitre 84 sur 185 · ET LE DE TRINITATE · texte numérisé non relu

ET LE DE TRINITATE

précis : le livre espagnol écrit pietcis au lieu de veritas, forti tudo au lieu de virlus et pruclentia pour intellectus ; il ne souffle

favori d'Hunérich. Ce Maribadus est-il notre Varimadus ? On ne sait rien d’un docteur arien Varimadus distinct de Maribadus. Au point de vue linguistique, sans doute, les deux phonèmes Varimadus — Maribadus sont très voisins [cf., dit M. Cuny, Bagradas-Medjerda]. Mais il semble que le livre soit antérieur à Chalcédoine. L’identification des deux Ariens n’est pas certaine. [D’après Sclianz, l’auteur du Contra Varimadum serait, comme l’indiquait sans doute le manuscrit de Sichardt, Idacius Clarus, l’adversaire de Priscillien dont parle Isidore, de viris. On n’a retrouvé aucun ms. du C. Varimadum ]. Voir Ficker : Studien zu Vigilius von Th ., 1897.

Les manuscrits ont conservé un traité de Trinilale qui est faussement attribué à saint Athanase : il se compose de sept livres, imprimés dans l’édition bénédictine d’Athanase, tome II, Paris, 1698, p. 601 [faire abstraction des passages placés entre crochets] ; le texte de Migne P. L. 62, 237 reproduit une seconde édition de l’ouvrage, sur laquelle voir infra. Il s’ouvre par une invocation au Dieu Un et Triple, Père, Fils et Esprit, qui a révélé l’indivisibilité de sa gloire dans son unité (substantielle) et l’achèvement de cette gloire dans la Trinité des Personnes. Prenant texte de la formule baptismale Mt 18, 19, l’anonyme démontre tour à tour l’unité de substance et la trinité des noms et personnes en Dieu par les textes de l’Ecriture [livres I et II]. On en vient alors [livre III] au problème christologique, à propos de Jo 14, 28 : Marcionites, Manichéens, 258 D, 259 C, Ariens sont attaqués nommément ; Photin surtout est pris à parti ; on interpelle une fois, P. L. 62, 261, B, un Marcellio Montensis, d’ailleurs inconnu. L’auteur revient à ce moment sur ses pas [livre IV], et montre comment chacune des trois Personnes se distingue des autres : ici encore P. L. 62, 265, B, il interpelle un mystérieux hérétique, Potentinus Urbicus. Le livre V continue cette marche régressive : cette fois, c’est l’unité consubstantielle des Trois qui est mise en relief : la génération du Fils s’accorde avec son éternité, avec l’immutabilité comme avec l’indivisibilité divines. Et voici que, pour la seconde fois, l’anonyme revient sur les deux thèmes qui lui tiennent à cœur : le livre VI insiste sur la distinction des trois Personnes, le livre VII sur leur unité substantielle. La structure du livre VI est très remarquable : il se compose de 4 sections dont chacune commence par les mots Beatitudo ei qui confitetur.... (12 béatitudes); Maledictus qui... : fiat fiat (40 malédictions) ; Vae vobis qui... fiat , fiat (16 anathèmes) ; Si quis confit etur..., anathema illi (16 anathèmes) ; elles se terminent par un développement sur l'indivisibilité de Dieu. Et le livre VII débute par une prière qui rappelle l'invocation par où s’ouvre tout l’ouvrage : que Dieu écarte de nos cœurs les confessions des faussetés hérétiques ; l’auteur se félicite de n’avoir laissé aucune excuse à l’ignorance entre la voie de lumière et la voie de ténèbres ; noter dans le dernier paragraphe le nom du correspondant auquel est adressé l’ouvrage, Théophile, P. L. 62. 286, A. — Cette édition se lit dans le Codex Berolinensis 1671, dans YAmbrosianus 0 210 (qui vient de Bobbio) et, sans doute, dans le ms. de Murbach qu’a utilisé Sichardt (Ficker, 55-56).

Un manuscrit de Vérone du huitième siècle [le LIX] semble attester l’existence d’une seconde édition, plus courte que la précédente. [Ficker 67]. — Le Vaticanus donne une autre version, également mal connue, Künstle : B. 100-101.

De nombreux mss., notamment les Parisini 1683, 1684 et 1685 [voir ceux que cite encore Ficker 63], reproduisent une troisième édition plus développée que la première, et donc que la seconde. Elle est caractérisée : 1° par des additions aux sept premiers livres, dont l’une attaque violem-

LE CONCILE PSEUDO-DAMASIEN

mot du spiritus scientiae ni du spiritus veritaiis , et utilise en revanche beaucoup d’autres textes qu’Isaïe.

Au total, voilà un nouveau point de contact entre notre texte

ment Osius de Cordoue [p. 606 de l’édition bénédictine ; voir aussi p. 616] ; 2° par l’addition d’un livre VIII : ce livre est une profession de foi trinitaire qui débute ainsi : Ficles unius substantiae Trinitatis..., et qui vise à la fois les Priscillianistes et les Ariens. « Si... unam personam... judaïzamus...; si très deos inducimus, similes sumus gentibus ».L’utroque est enseigné clairement, sinon explicitement : « de P. et F. virtute procedit Spiritus Sanctus..,, conjunctio deitatis, virtus et unitas Trinitatis ».

Ici comme dans le traité de Syagrius les Ariens sont les premiers visés: la théorie du consubstantiel fait le fond des trois livres I, V, VII (Voir P. L. 62, 240 B, 244, 267 D, 271 B, 283 AD, 284 BC. — Ici comme dans le traité de Syagrius, et plus nettement même, les Priscillianistes sont visés après les Ariens : la théorie des idiomes personnels fait le fond des trois livres II, IV et VI (Voir 245 CD, 247 B, 248 D ; 263 CD, 264 D, 265 A, 267 A; 275 CD, 278 CD, 279 AC, 280-281). — Pseudo-Athanase enfin aboutit comme Syagrius à une théorie générale du dogme trinitaire ; il ignore comme lui le filioque, mais connaît aussi la procession de l’Esprit hors du Père [268 A], la divinité de sa nature, la multiplicité de son action [266, A B] ; comme lui, il vise particulièrement Photin [livre III] ; voir 257 B, 256 B, 258 B, 261, 264 A. — On note enfin certains points de contact plus précis [l’idée du Fils déduite du nom du Père : 249 B ; et § 7, p. 148 ; 1. 9-10 ; — théorie de l’analogie : § 9, p. 157, 1. 23-24 et 248 A ; ici et là nomen équivaut à persona].

Mais pseudo-Athanase n’a pas la simplicité de style de Syagrius ; il accentue plus que Syagrius les idées d’unité et de consubstantialité divines ; seul, il attaque Osius comme ferait un Luciférien ; seul, il nomme Marcellio et Potentinus ; il recourt à l’Ecriture plus souvent que son émule ; il semble seul, enfin, remanier des textes antérieurs et même trahir divers remaniements. Nous atteignons quatre éditions du de Trinitciie : et celle qui nous paraît être la première l’est-elle en effet ? aux trois premiers livres, n’a-t-on pas rajouté IV-V, puis VI-VII ? Notre anonyme utilise certainement le de Fide du luciférien Grégoire d’Elvire [P. L. 62, 449-463 et 466-468]. Si j’ajoute que la troisième édition nous est parvenue presque toujours en compagnie de documents lucifériens [Codd. Paris, 1683-1685. — Saltet, dans Bulletin... Institut Catholique Toulouse, 1906, 315], on en conclura que l’auteur est, sinon un luciférien, du moins un ami ou un disciple de Grégoire d’Elvire. Il faut ajouter que notre anonyme connaît très bien les milieux romains : Potentinus Urbicus et Marcellio Montensis [voir infra p. 222 et Gennadius Scr. Ec. 5, P. L. 58, 1063] semblent bien être tous deux des personnages romains. Notre anonyme ignore le filioque , et la christologie chalcédonienne et les débuts même de la crise dvophysite : il écrit sans doute vers 380.

A ces quatre livres [de Trinitate ; — Regulae definitionum ; — contra Felicianum'; — contra Varimadumjse rattachent encore d’autres écrits anonymes Ou pseudépigraphes. Le de Trinitate et Unitate Dei liber unus , P. L. 42, 1193, procède sans doute du Contra Felicianum et du de Trinitate: ici et là, même développement touchant utérus Patris , à propos de Ps. 109, 3. P. L. 62, 248, A et P. L. 42, 1193, § 1. Mais il doit être un peu plus récent: il écrit : Spiritus S... ab ut roque procedens, § 1 ; il combat, dans sa théorie de l’incarnation, les duos fdios et la quaterniias , avec la décision d’un contemporain du monophysisme. Il est, sans doute, à son tour, parent du Libellus imprimé P. L. 12, 959 : celui-ci a les mêmes caractères.

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