LES SEPT PATRIARCHES ET L ESPRIT
Jacob la persévérance, Joseph la chasteté et même toutes les vertus du Christ.
Mais l’idée rappelle aussi ce qui semble être une tradition espagnole. Les Priscillianistes rattachent aux douze patriarches les diverses parties du corps et les diverses parties de la Bible (1). L’espagnole Etheria note soigneusement dans sa Peregrinatio les reliques de Job (2). Et voici que l’anonyme qui complète le de Trinitate et écrit « notre » livre XII (3) met en rapport avec 1 Esprit-Saint, tout comme notre texte , sinon Job, du moins Adam :
Simili modo magnus ille Job aduersus amicos suos, cum essent Spirilu sancto privaîi et nihil uerum dicerent, neque opinarentur se ante Deum loqui, aïebat : Nonne ante Dominum loquimini [Job, 13, 7]? Et rursum : Cui annuntiasti uerba? Inspiratio uero cujus est quae procedit a te [Job, 26,4]. Ex quibus unus magna dicebat : Spiritus est qui mortalibus procedit [Job, 23, 4] (4).
Ouemadmodum postea creatus est Adam, accipiens spiritum uitae, et factus est in animam uiuentem, et habens Spiritum sanctum, spiritualis erat, adeo ut prophetaret quod bu jus rei gratia derelinquet homo patrem suum et matrem suam... (5).
On sait, enfin, qu’Aclam a suscité toute une littérature et que les Priscillianistes s’intéressaient fort aux apocryphes. Avonsnous donc ici, comme plus haut, l’écho d’une tradition espagnole?
Mais comment concevoir le rapport de cette troisième section aux deux autres, qui la précèdent?
(1) Voir supra, p. 138. — Noter que Orientius est peut-être originaire d’Espagne et qu’il est évêque d’Auch ; que notre auteur semble le connaître ; et que l’un et l’autre emploient dans des circonstances analogues le terme explanatio.
(2) Au quatrième et au cinquième siècle, l’attention des Catholiques se porte sur les patriarches. Saint Jérôme parle des reliques de Samuel [ contra Vigilantium, 5. P.L. 23, 243] ; Zebennus, évêque d’Eleutheropolis, trouve celles de Michée et d’Abacuc [Sozomène, VII, 29] ; le férial hiéronymien donne les anniversaires de beaucoup de ces grands personnages [Duchesne : Martyr, hieron., p. LXXX].
(3) Sur lequel voir infra, p. 218. Il s’inspire sans doute de notre texte.
(4) P. L. 62, 327 D. [livre XII de Migne]. Il insinue que Job, comme plus bas, Adam, habet Spiritum Sanctum.
(5) P. L. 62, 331-332 [Voir Daniel, 4, 5, cité dans le Contra Varimadum, II, 12. — P. L. 62, 406 C]. D’après un passage du Contra Varimadum , 11,7 [P. L. 62, 403], les Ariens niaient l’action et l’existence de l’Esprit au temps d’Israël. C'est peut-être en contradiction de ces tendances que s’est accentuée, chez certains auteurs, l’idée de montrer le rôle de l’Esprit avant la venue de Jésus. Voir infra, p. 226, notre traité inédit de Septiformi Spr. S co.
LE CONCILE PSEUDO-DAM A SIEN
Le credo des chrétiens a toujours été très bref sur la troisième Personne de la Trinité; et ce n’est pas du premier coup que, sur ce point, l’on s’est résigné à ignorer. On a fait effort afin de former la pneumatologie (i). Est-ce que les première et troisième sections du texte n’expriment pas un effort de ce genre? S’inspirant d’Isaïe, lu sans doute à travers saint Ambroise, on montre en l’Esprit la force mystérieuse qui communique à l’homme sept dons — c’est-à-dire la sagesse par où l'homme s’élève jusqu’à Dieu — . Et l’on ajoute que cet Esprit — qui remplace le Christ remonté au ciel et guide l’Eglise sur terre — n’a pas attendu la venue de Jésus pour agir ici-bas: chacun des dons qu’il envoie transparaît dans l’histoire de sept patriarches, la sagesse en Adam, l’intelligence en Noé, le conseil en Abraham, la vertu en Isaac, la science en Jacob, la piété en Moïse, la crainte du Seigneur en David. Cette tentative pour retrouver dans l’ Ancien Testament et sous l’ancienne Loi l’œuvre et la personne de l’Esprit-Saint est à coup sûr originale. L’auteur connaissait des livres espagnols, — tels, peut-être, que le de Trinitate , qui précisément s’intéresse aux choses de Rome — ; il a été lu en Espagne, peut-être par l’auteur du contra Varimadum. Notre texte semble émaner d'un groupe théologique hispanoromain, auquel se rattacheraient Damase et Jérôme (vers 38 1).
On voit mal, il est vrai, ce que vient faire en tout ceci le passage litanique sur le Christ multiforme et ses vingt-deux appellations. De la troisième Personne, nous passons à la seconde;
(1) Un effort de ce genre est très sensible dans le de Spiritus Saneti potenlia de Niceta de Remesiana. Niceta vient de démontrer la divinité de l’Esprit par la grandeur infinie de son œuvre ; et voici comment lui-même résume sa démonstration : « Faciamus capitulationem dictorum : si de Pâtre procedit Spiritus Scs ; si libérât ; si sanctificat ; si Dns est ; si créât ; si unificat ; si praescientiam habet... ; si révélât... ; si ubique est ; si adimplet orbem terrarum; si habitat in electis ; si arguit mundum, si iudicat ; si bonus est et rectus ; si de eo clamatur Haec dic.it Sps Scs : si prophetas constitué ; si apostolos misit ; si consolator est ; si abluit et sanctificat ; si temptatores nos interficit ; si is qui eum blasphemauerit non habet remissionem... ; si haec ita sunt, inimo quia uera sunt, quid a me quaeritur ut dicam quid sit Sps Scs ? [Burn, § 18, p. 34.]
C’est d’un effort tout à fait analogue que paraît procéder noire texte.
Noter que Niceta ne souffle pas mot du Spiritus Septiformis et qu’il ne met pas l’Esprit en rapport avec les patriarches (bien qu'il cite Actes 8, 51, Restitistis Spiritui Sco sicut et patres uestri, et écrive, dans le de psalmodicie bono, § 3, p. 70, à propos de Moïse : postea multos inuenies non solum viros sed etiam feminasSpu divino esse complétas, et que, dans le de Symbolo, § 7, p. 45, il insiste sur la multiplicité de son action : « Hic Sps Scs unus quidem est, sed multiplex in uirtutibus et in operationibus... (I, Cor., 12.11.)