‹ Le néo-manichéisme et la légende chrétienneChapitre 89 sur 185 · UNE INTERPOLATION ! LE VERBE MULTIFORME · texte numérisé non relu

UNE INTERPOLATION ! LE VERBE MULTIFORME

aucune citation scripturaire — ou ecclésiastique — ne justifie aucun de ses noms. Le morceau, sans doute, on la montré, est tout à fait conforme aux habitudes du quatrième siècle finissant; sans doute, encore, la transition de la première à la seconde section est établie par une manière de jeu de mots : du Spiritus Septiformis on rapproche le Maltiformis Christus. Il n’en reste pas moins que — quant à la forme et quant au fond — il y a discordance entre le passage relatif au Christ et le passage relatif à l’Esprit. Si j'ajoute que le titre de toute cette partie annonce qu’il sera question, non du Christ, mais de l’Esprit seul, on voit que le paragraphe 2 a tout h air d'une interpolation.

En jetant ici, dans la discussion, un texte capital dont on n’a pas encore parlé, on fera voir que le paragraphe 2 est vraiment le débri d’une interpolation ; on la retrouve ailleurs plus apparente et plus complète.

Un grand nombre de manuscrits de la première famille, le Parisinus 3.887, Monacensis 6.243, le Vallicellianus A. V. reproduisent un texte qui diffère en deux points de celui qu’on a imprimé d’abord.

Première divergence : « dictum est : prius agendum est de Spiritu Septiformi qui inchristo requiescit :

Seconde divergence : le troisième paragraphe est tout différent de celui qu’on a vu.

En voici le texte :

Spiritus enim sanctus non est Patris tantum modo aut Filii tantummodo Spiritus ; sed Patris et Filii Spiritus. Scriptum est enim : si guis dilexerit mundum , non est- Spiritus Patris in illo [I Joh., 2, 15]. Item scriptum est: qui [quisquis Turner et Paris, 3837] autem Spiritum Christi nonhabet hic non est eius [Rom., 8, 9]. Nominato itaque [il a Turner et Paris, 3837], Pâtre et Filio intelligitur Spiritus sanctus, de quo ipse Filius in Euangelio dicit quia Spiritus sanctus a pâtre procedil , et de meo accipiel et adnunciabil uobis ;Joh., 15, 26; 16, 15]. [Mansi, [III, 462, C. D.] [P. L. 13, 374, A. (Turner, Journal th. st., 1900. 557].

Ce passage enseigne la doctrine du Filioqiie sans énoncer ce

LE CONCILE PSEUDO-DAM AS1EN

terme et transforme le sens de toute la première partie de notre texte.

D'après cette version, — que j’appelle version de Paris — , il s' agit dans celte première partie, moins de l'Esprit Saint, que du Verbe incarné : elle énumère d'abord les sept dons qu’il a reçus de l’Esprit ; ensuite les noms multiples qu'on lui donne ; pour affirmer , enfin, que le rapport qu’il soutient avec le Saint- Esprit est identique ci celui qui unit V Esprit au Père.

Quelle est l’origine de cette version?

On sait que la plus ancienne attestation du terme Filioque se lit dans le texte de Pastor. Ce terme est donc, sans doute, d’origine espagnole : on peut soupçonner qu’il a été introduit afin de montrer, contre les Priscillianistes, que les Catholiques ne se désintéressaient pas de l’unité de la Trinité; les hérétiques, on l’a vu, leur en rebattaient les oreilles ; et la procession ab utroque ne recapitule-t-elle pas l’unité mystérieuse de la vie divine? Césaire accueille la théorie, je n’ose dire la formule, dans son Symbole d'Athanase : « Spiritus sanctus a Pâtre et Filio... procedens. » Elle ne sera pourtant acceptée par l’église romaine dans le symbole qu’au temps de Benoît VIII. — Mais l’idée qu’exprime le Filioque est très ancienne : sans parler ici de S. Epiphane (1 ), je rappelle qu’elle est nettement établie par S. Augustin (2). Pourtant il est visible qu’il ne s’y intéresse pas; lorsqu’il lit le texte de Pâtre procedit et se demande pourquoi le Seigneur ne s’attribue pas aussi la procession de l’Esprit- Saint, il répond simplement que le Fils aime à rapporter à son Père ce qui est à lui (3). Rien ne fait pressentir les orages de l’avenir. Fauste de Riez même n’a cure du problème, il n’en dit mot dans son livre ; et pourtant, si j ose ainsi dire, il le frôle en passant (4). L' originalité de notre version est, par là, nettement attestée. Je ne trouve qu’un texte qui la reflète : il se lit à la fin du livre XI de l’édition Migne du de Trinitate. Le voici tout entier:

Qui adorat Patrem, in ipso adorat Filium et Spiritum sauctum, quia in Pâtre est Filius et Spiritus sanctus qui a Deo Pâtre procedit : ipso Domino dicenle Ego in Pâtre et Pater in me est Joan., 14,

(1) Ancorcitus. passim. Cf. de Régnon : Études de théologie positive sur la sainte Trinité, IV. Théories grecques des processions divines (1900), p. 88, 61, 128-150.

(2) Tunnel, p. 70-71. In Joan. tr. 99, 6-7, P. L. 85, 1889. Loofs 1 2 3 4, p. 168 et

(3) Turmel, p. 71, note 1.

(t De Spirilu Sancto , 6. P. L. 62, 14-15. De hoc itaque spiritu Do-mini...

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