‹ Le néo-manichéisme et la légende chrétienneChapitre 90 sur 185 · SECONDE VERSION DU TEXTE · texte numérisé non relu

SECONDE VERSION DU TEXTE

10] ; de Spiritu quoque sancto ait Spiritus autem Paraclilus qui a Paire meo procedil Joan., 15, 26]. Et cum Filium quis adorat, in eo Patrem adorat et Spiritum sanctum, quia in ipso est Pater, dicente eo qui me uidet. uidet et Patrem meum [Joan., 14, 9] ; et iterum Pater autem in me manens, ipse f'acil opéra ' Joan., 14, 10’. De Spiritu uero sancto ait : Ille me clarificabit quia de meo accipiel et annuntiabit uobis [Joan., 16, 14] ; et, omnia quaecumque habei Pater mea sunt , propterea dixi uobis quia de meo accipiel Joan., 16, 15]. Spiritus itaque Patris Spiritus Filii est, Apostolo dicente qunniam autem eslis filii Dci , misit Deus Spiritum Filii sui in corda nostra [Gai. 4, 6|. Et iterum : Si quis autem Spiritum Christi non habei , hic non est eius [Rom., 8, 9] ; et iterum : scio enim quia hoc mihi proueniet in salutem per ueslram oralionem... Spiritus Jesu Christi [Philip., 1, 19]. In Evangelio quoque ipse Dominus ait : Paraclilus Spiritus Sanclus quem millet Pater in nomine meo [Joan., 14, 26] ; et in actibus Apoetolorum ita legitur : Transeuntes autem Phrggiam et Galaiiam ueliti sunt a Spiritu Sancto loqui uerbum in Asia ... [Act., 16, 6]. Manifestissimis igitur testimoniis probatur quod Spiritus Sanclus, Spiritus Paraclilus, Spiritus qui a Pâtre procedit, Spiritus sit Filii, Spiritus Christi, Spiritus Jesu (1).

Cette dernière phrase explique clairement Pintention de tout le passage : on veut démontrer que l’Esprit-Saint qui procède du Père est identique à l’Esprit du Fils, à l’Esprit du Christ, à l’Esprit de Jésus. Comme notre auteur, l’auteur de cette page croit que Spiritus Sanclus Spiritus est Patris et Spiritus Filii. Cette communauté d’intention est assurément remarquable. Elle l’est d’autant plus que, ici et là , on utilise les mêmes textes : Rom. 8, y, lohan. 15, 26 et 16, i5.

Et je note que le livre XII du même traité expose la même idée, à savoir Y unité étroite de la seconde et de la troisième Personne de la Trinité. L’Esprit est Dieu créateur comme le Verbe, parce que la créature du Verbe a nécessairement été créée sainte, et que c’est l’Esprit qui est la source de la sanctification (2); toute oeuvre de Dieu est aussi l’œuvre propre du Christ et de l’Esprit (3); l’Esprit est l’inspiration du Fils subsistant dans sa vie et sa substance (4); le Fils est la source de l’Esprit-

(2) P. L. 62, 314-315 B. Si igitur sancta creatio creata est, sine Spiritu sancto autem non est sanctificata, necesse est ergo et Spiritum sanctum creatorem omnes conflteri debeamus.

(3) P. L. 62. 321 A. Omne enim opus Dei et Christi et Spiritus sancti est proprium.

(4) P. L. 62, 328 A. Inspirationem igitur Filii in propria uita el substantia manentem Spiritum esse doceamur...

LE CONCILE PS EU DO- D A M AS I EN

Saint (i); et c’est l’Esprit-Saint qui a engendré le corps du Christ (2).

Et je remarque encore un curieux passage où l’auteur parle de l'Esprit-Saint et de l'Esprit de Dieu, qui sont appelés les sept esprits ( d'Isaïe ) et qui reposaient sur Jésus. 11 vient de rappeler la formule baptismale qui prouve l’unité de la Trinité et les versets fameux d’Isaïe sur la tige qui naîtra de la racine de Jessé : l’Esprit de Dieu reposera sur elle, spiritus sapienliae et intellectns, spiritus consilii et fortitudinis... [Is. 11, i-4]. Puis il poursuit :

Igitur et conuersatum eum inter homines uidemus et Spiritum Dei id est Spiritum Sanctum — qui et septem spiritus uocantur — super eum requiescere uidemus (3).

J’observe enfin, çà et là, une tendance de l’anonyme à raisonner sur les noms du Christ ; il connaît certainement la tradition litanique qui s’élabore : nam veritas est Filius qui dixit : Ego sum uia , uerilas et uita [Joan., 14, 6 (4) — , cum ipse sit uita(5)... ; spiritus itaque sanctus cum et oleum et unguentum diciiur (6); spiritum sanctum aquam appellans (7)...; et in nomine uirtutis Dei appellatus Spiritus et uirtus et sapientia esse monstratur (8)... ; quod uero spiritum hic sapientiam appellauerit (9)... ; istum Spiritum sanctum eiiam digitum dei esse Dominus docuit { 10)... ; hune Spiritum Sanctum et lumen uullus Dei esse credimus (11).

La version de Paris du texte damasien, a\ et le livre XI de l'édition Aligne du de Trinilate sont certainement apparentés ; peut-être sortent-ils d’un même groupe où l'on s’intéressait fort à la procession de l’Esprit-Saint, et surtout à la question des rapports de V Esprit-Saint avec le Verbe.

Mais quel est ce groupe?

Les textes que Chifllet a autrefois présentés comme les livres

(1) P. L. 62, 328 B. Fontem uero Spiritus Sancti Filium Dei esse dicimus, ipso Filio in Jeremia dicente... [Jer., 2, 13J.

(2) P. L. 62, 319 G. Et quod est majus in tota creatura, hoc est corpus Domini. . .

(7) P. L. 62, 326 C. sq.

Ul) P. L. 62, 331 c.

f.A SECONDE VERSION

1X-X11 du de Trinitate du pseudo-Athanase ne font certainement pas partie de ce livre et n’émanent certainement pas de cet auteur (1). Les manuscrits ne présentent presque jamais les livi i 2 3 4es 1X-XII ensemble, ni dans le même ordre. « 11 y a des exemplaires qui contiennent les livres IX et XII, parfois réunis en un seul; il y en a qui ont les livres XI et X à l’exclusion des deux autres » (1) ; le Treuerensis 18 n’a pas XI ni X. Un manuscrit de Berlin (le 78), qui vient de Fleury, reproduit les textes dans cet ordre: X, XI, I-Vll, Xlï; manquent VIII et IX. Les Parisini i683, 1684 et i685 donnent I-VÏII, IX et XII. J'ajoute que la teneur de IX est fort incertaine : on en connaît au moins neuf versions (2).

Voici le contenu des quatre textes.

Le 1 ivre IX (3) qui commence par les mots Credo in Deum Patrem onmipotentem, est un symbole de foi qui vise à la fois les Priscillianistes et les Manichéens :

Non sic uinitn (Deum) quasi solitarium, neque eumdem qui ipse sibi Pater si t, ipse Filins... — (Verbum)... hominem... non putatiuum, non aereum sed corporeum sensum et animam habentem... — nos... animam cum hac carne aceepturi (a Christo).

Ici encore Yutroque est enseigné implicitement... : « Spiritum Sanction procedentem Patris et Filii ».

Le livre X [credere jubemur in Dei Patris] « contient des passages considérables copiés littéralement de Niceta et de Leporius » (4) : il s’ouvre par une profession de foi dirigée contre les Ariens et contre les Manichéens :

Ouisquis... très ujtostàasiç dicit, id est très substantias, is... très naturas conatur asserere... — Dominus esuriisse, dormisse, lacrymasse memoratur... ut vera ejus incarnatio nosceretur. . . : veri corporis assumptionem intellige... ; corporis veritas cognoscitur... Nam et quod lacrymas super Lazarum fundit, phantasmatis suspicio tollitur...

(1) Gerhard Ficker : Studien za Vigilius von Thapsus, Leipzig, 1897, 58 sq. et Morin : Revue Bénédictine , 189s, 2. Les textes se lisent P. L. 62, 286-

(2) Künslle : A. 186.

(3) Pour Burn, c’est la réponse de Damase à Priscillien : elle est appelée parfois /ides romanci, ou Augustini.

(4) Ficker, 74. Morin, loco citato. Künstle y a retrouvé de même des emprunts à Phoebade et à saint Augustin, de Trinitate , XV, 20. Voir s. Jérôme : Ep. 16; ad Damasum [Ficker, 74] ; Contra Palladium, P. L. 62, 460 (voir 62, 294 D), le de ratio ne fidei de Niceta, dans Burn.

LE CONCILE PSEUDO-DAM ASIEN

11 se continue et se termine par un dialogue entre un hérétique et un catholique (Athanase) : on y insiste sur la génération du Verbe et sur l'origine de l'Esprit; on y allaque les Ariens, on y vise parfois les Priscillianistes; on souligne parfois l’unité personnelle de Jésus.

Haec est causa erroris... arianae [29 4-, C]... — Non enim ipsum Patrem dicimus esse quem Filium nec iterum... [296, C]... — Idcirco una persona accipienda est, carnis et Verbi, unum eumdemque Deum et hominem, inseparabilem semper geminaeque substantiae... [296, C].

Comme le livre X, le livre XI [Ariani dicunt...] se divise en deux parties : la première fait précéder d’une thèse arienne (î) la croyance catholique [ego credo Dei filium...]; la seconde expose la théorie des deux natures coexistantes en Jésus [3o3- 3o8] d’après la doctrine de saint Léon dont on reproduit la célèbre formule salua proprietate utriusqae nalurae (2).

Le livre XIÏ His gui Filium Dei...] réfute l’inévitable théorie des Ariens qui montrent dans i’ Esprit-Saint une créature (3).

Que IX soit originaire de l’Espagne, fin du quatrième ou cinquième et sixième siècles; — que rien n’oblige à chercher en Espagne l’auteur de X, XI, XII, mais que rien ne s’y oppose ; — que X soit postérieur à l’éclosion du nestorianisme et XI au concile de Çhalcédoine , ce sont les trois conclusions qui ressortent avec assez de vraisemblance de la seule analyse du contenu des textes (4).

(1) Filium Dei non de substantia Patris ; — non semper fuisse cum P. F. vel Sp. ; — nullam habere Filium potestatem nisi a P. ; — non totum P. capi posse a F. ; — unum tantum deum perfection ; — Dei F... minorem ;

— F. vel Sp... ab arcanis P. extorrem ; — Dei F. non fuisse in cœlis apud P. tempore quo inter humines versaretur ; — erat quando non erat F. ;

— Dei F. passibilem ; — très diversas substancias ac dispares personas ; — post occasum mundi regnum F. Dei Fixiendum.

(2) « Exaltat utque per crucem ipse nostram in se per ejus societatem naturam, non autem nostram per suam conjunctionem divinam inclinât potentiam .. Secundum igitur ipsius Domini doctrinam et Apostoli praedicationem, salva proprietate utriusque naturae in una persona Christi, id est Dei et hominis, perfectus Deus qui clarifîcat in homine perfecto qui clarificatur, credendus, colendus, adorandusque...[XI, P. L.62, 306 D, 307 A],

(3) Le texte est-il cité par s. Augustin, de Trïnitate , I, 6, 13. P. L. 42, 827 ?

(4) Noter qu’un passage du Contra Varimadum démontre Yutroque sans employer ce terme, tout comme le livre XI, et que le Contra Varimadum est certainement espagnol. Je vise II, 12, P. L. 62, 406 C... : origo Spiritus sancti Pater et Filius... Spiritus Patris esse... comprobatur... (Spiritus Christi... comprobatur..* Phil., 1, 19). Voir aussi II, 13.

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