ORIGINE DE LA SECONDE VERSION
11 est permis de penser que le compilateur qui unit les livres VIII -X 1 1 au de Trinitate est identique à l’auteur du Diligentia Armonii : les deux travaux ne sont pas indignes l’un de l’autre r et tous deux portent le nom du même destinataire. Comme il connaissait pseudo-Athanase, l’anonyme connaissait aussi, j’imagine, et utilisait (1), l’écrit de Damase.
Le rédacteur de la version de Paris appartient ail même groupe littéraire que le compilateur du Diligentia Armonii et du de Trinitate , XI-XI I : il écrit sans doute après Chalcédoine.
Comment expliquer, dès lors, l’origine de cette version?
Le rapport des deux textes a ( Monacensis 1 44^9 débarrassé du passage touchant le Verbe; Esprit-Saint.) — et à ( Parisinus 3887; le Verbe) semble se définir assez simplement., par le rapport même de l’Esprit-Saint au Verbe de Dieu : le rôle que joue le Verbe en a' texte de Paris, c’est l’Esprit qui le tient en a texte de Munich. Le second rédacteur a paraît vouloir insister sur le rôle du Verbe, notamment en ce qui touche à l’origine du Saint-Esprit.
Et cela n’a rien de surprenant. Au temps de Damase, c’est la question pneumatologique, au temps de Léon, c’est la question christologique qui est au premier plan. — Et le rapport de a au texte de saint Ambroise (2), ne nous engage pas à renverserl'hypothèseetà dater la version a' (de Paris) du temps d’Ambroise, c’est-à-dire du temps de Damase. Sansdoute l’un et l’autre appliquent le verset d’Isaïe au Christ, non à l’Esprit ; mais les deux divergences qui séparent a' du texte ambrosien montrent que l’auteur de a' (texte de Paris) n’a pas utilisé saint Ambroise.
Un second problème se pose aussitôt : comment expliquer les attaches de la version de Paris avec l’Espagne ? L’original semble un texte écrit à Rome ; d’où vient qu’on le retrouve au loin et qu’il y fasse fortune ?
On a vu que l’original, la version de Munich, a, n’est pas aussi purement romain qu’il peut sembler d’abord ; que le milieu d’où il sort entretient avec l’Espagne de très étroites relations ; quil g a un groupe théologique hispano-romain. Je n’ai trouvé qu’un
(1) Ou voulait utiliser.
(2) Voir supra, p. 201.
LE CONCILE PSEUDO-DAMASIEN
texte ancien où apparaisse l’expression Spiritus septiformis qui se lit en a : c’est un livre espagnol, le de Trinilate du pseudo- Athanase, livre VII (1). Les textes espagnols insistent volontiers— plus volontiers que les autres, semble-t-il, — sur l’inspiration des patriarches par l’Esprit Saint et sur les diverses appellations du Christ (2). Les sept livres du de Trinitate visent à préciser la doctrine de l’Esprit. Surtout, ils mettent en scène d’une manière très inattendue deux hérétiques romains, Mascellio Montensis et Potentinus Urbicus (3) : « le terme Montensis est couramment employé pour désigner les membres de la communauté donatiste de Rome, et l'épithète urbicus est souvent synonyme de romain dans le langage ecclésiastique de l’époque » (4). Le fait est de la plus haute importance : comme on trouve des attaches espagnoles à notre texte romain , voici des attaches incontestablement romaines à un texte incontestablement espagnol. L’existence d’un groupe de théologiens hispano-romains est assurée.
C’est Damase, j’imagine, qui en est l’âme.
Il était sans doute de famille espagnole (5) ; il dut attirer et grouper autour de lui les Espagnols, comme fera, à Constantinople, son illustre compatriote Théodose. C’est au fils de l’évêque de Barcelone, Pacien, que Jérôme, l’ami du pape, dédie son de Viris illustribus. Et c’est en Espagne que naissent ou se propagent deux mouvements religieux, qui occupent, à la fin du IVe siècle, la curie romaine : je veux dire le Priscillianisme et le Luciférianisme. On sait le livre apologétique que Priscillien adresse à Damase, et le voyage qu’il entreprend en compagnie d’Instantius et de Salvianus pour aller à Rome, et les luttes de Damase contre les Lucifériens. Rien d’é tonnant qu’011 trouve alors des théologiens romains au courant des choses d’Espagne, des théologiens espagnols au courant des choses de Rome.
Et par là s’expliquent, non seulement la couleur espagnole du
(1) Sous réserve du texte cité infra , p. 226.
(2) Voir le texte appelé livre XII du de Trinitate, p 215-216.
(3) Livres III et IV. P. L. 62, 261, B et 263-264, B.
(4) D. Morin. Revue bénédictine, 1898, 9 ; Burn, Journ. theol. stud.,, 1900, 594 ; Tillemont, VI, 87, note ; P. L. 33, 137 et 43, 815: loi d'Honorius ; Hegemonius (Beeson, p. 100).
(5) Duchesne, L. P. I, 84-85 ; Schanz, Gesch. rom. Litt., IV, 1 (1904), 197 ; Kayser, Beitrâge zur Gesch. und Erklarung der attester Kirchenhymnen. Paderborn, 1881 (2e éd.), p. 89 ; Ihm, Damasi Epigr., p. XLV, n. 1. *