UNE TROISIÈME VERSION
Paris : selon l’hypothèse que je propose, cette rédaction inconnue aurait rapporté tout le développement à Jésus-Christ, ainsi
ponere quod ait : Non omnis caro eadem caro... (I Cor., 15, 39)... £ 25, 536, A.
« Nec potest videri hominem contra meritum factum esse (in carne) incolam cœli, eu jus vaginam non est dedignatus Spiritus, qui Deus est... » ■£ 31, 542, B.
« Cum ergo lutum carnis nostrae... in testam fuerit excoctum..., (in cœlo) verum suae salutis obsidem habet in aeternum. Quid tam verius... Tamen ne aliquid omisisse videamur, accipe plenissimum... spei nostrae specimen, alitem ilium Orientis qui phœnix nominatur... », £ 34, 545, A.
Il est clair que, si les 15 premiers chapitres [Trinité, Incarnation] visent surtout les Ariens, les 20 derniers combattent une doctrine étrangère aux Ariens, et commune aux Manichéo-Priscillianistes : je veux dire la négation de la résurrection.
Mais jamais un mot sur l’unité des deux Testaments ou l’origine du mal : l’auteur vise les Priscillianistes plutôt que les Manichéens.
C'est encore une théorie étrangère à l’arianisme, et commune à l’autre grande hérésie espagnole que celle qui enseigne Y origine divine de l'âme : notre auteur la combat aux £ 17 et 18 :
« Videamus quia locus expetit iam quid haereticis respondendum sit qui animam Adae aut portionem Dei esse volunt aut ante factam quam eius corpus de terra fîngeretur... >., § 17, 530, B... — « Quotidie... Deus... in plasmatis jam corporibus animas facit et immittit... », £ 18, 530, C.
Est-ce que les chapitres 16-35 sont du même auteur que 1-15 ? Les quinze premiers paraissent bâtis sur le même modèle que le symbole d’Athanase ; et, s’il est vrai que celui-ci insiste fortement sur la réalité de la résurrection, il ne donne pas à cette théorie une place comparable à celles^qu’occupent les dogmes de la Trinité et de l’Incarnation. J’ajoute que le symbole ne vise que rarement les Manichéo-Priscillianistes, comme nos chapitres 1-15, à la différence des chapitres 16-35. Il est possible que les chapitres 16-35 soient une addition, et que le texte pri mitif se soit ainsi terminé : puto sane quod Deo douante de mysterio sanetae Trinilatis et incarnatione Dni Scilvatoris satis dictum sit », £ 15, in fine, 528, A.
Comme le symbole d’Athanase parait être l’œuvre de Césaire, on pourrait voir dans notre « texte court » une œuvre lérinienne à peu près contemporaine. Le complément qu’elle aurait reçu ensuite (16-30) serait de peu postérieur : qui sait même s’il n’aurait pas le même auteur que la première partie ? la même méthode de compilation est employée ici et là : Tertullien, Syagrius, saint Jérôme, Lactance, pseudo-Athanase sont utilisés partout.
Mais, dira-t-on, l’usage que fait l’anonyme de Syagrius et de pseudo- Athanase n’indique-t-il pas que sa patrie est l’Espagne. — Il n’est pas impossible. Cependant, noter qu’il donne, à propos de I Jo., 5, 7, non l’interpolation priscillianiste qui s’est vite glissée dans les Bibles espagnoles, mais :
« Qui est qui vincit mundum nisi qui crédit quoniam Jésus est Filius Dei. Hic est qui venit per aquam et sanguinem Jésus Christus, non in aqua solum sed in aqua et sanguine. Et Spiritus est qui testificatur quoniam Jésus est veritas; quia très sunt qui testimonium dant in terra, spiritus, aqua et sanguis, et très unum sunt », £7, col. 507, C.
Noter encore que notre texte ignore le fdioque de Pastor, et qu’il écrit invariablement :
LE CONCILE PSEUDO-DAMASIEN
que fait le texte de Paris, mais elle aurait, comme le texte de Munich, conservé le paragraphe relatif aux patriarches.
Le Codex Parisinus latinus 2175 a conservé un court traité qui s’intitule ’.deSeptiformi Spiritu Sancto(i): on y prend texte du
« Spiritus... procedens ex Pâtre... ; procedit... a Pâtre », g 3, 512, B.
« Credimus in Spiritum S... procedentem ex Pâtre », g 11, 522, G.
Il écrit, du reste, visant la consubstantialité de l’Esprit avec le Père et le Fils :
« Utrorumque id est Patris et Filii est » (Sp. Scs), § 4, 513, B.
« Nec Pater nec Filius, quorum est » (Sp. Scs...), § 7, 516, C.
« Sp. Scs. ... est, sicut jam dictum est, qui et Patris et Filii est », g 12, 523, A.
Cela nous fait penser à la version de Paris du document damasien et au livre XI (Migne) du de Trinitate de pseudo-Athanase, qui a été écrit après Chaleédoine, en Espagne ou dans des milieux hispanisants.
L’origine espagnole est très possible ; l’origine gauloise semble plus probable. Et ne sait-on pas, d’ailleurs, l’analogie de la situation religieuse de l’Espagne et de l’antique Narbonnaise ?
Notre texte rappelle souvent le Contra Varimadum et le Contra Felicianum et toute la littérature qui leur est apparentée. Ici, comme dans ces textes, on insiste, de façon particulière, sur l’Esprit-Saint : les développements trinitaires se ramènent souvent à des dissertations ou des réunions des textes touchant le Saint-Esprit, [§ 5, 6, 7, 12. On insiste particulièrement sur les sept esprits d’Isaïe, 11, 2, § 5,513, C. Voir aussi § 9, 618, B ; et les formules iste est... ipse est...] sa divinité et son existence personnelle.
Noter que le chapitre V [col. 503, C] compare explicitement les divers noms du Christ, Verbum,virtus,sapientia, justifia, margarita, lux , uia.resurrectio aux divers noms de l’Esprit sapientiae, inlellectus , consilii, fortitudinis , scientiae , pietatis , timoris : ce qui nous remet en mémoire la version de Paris du texte damasien. Notre traité pseudo-ambrosien émanerait du même milieu qu’elle [début du sixième siècle, voir infra, p. 236].
Noter des détails curieux (qui rappellent la massue d’Hercule, voir supra, p. 219, n. 5) : au § 6, on parle des 4 substances qui constituent l’homme (calor, sanguis, flegma et humor, 514, B), au § 16, l'auteur est trichotomiste (corpus, anima, sanguis, 529, B) ; au § 29, il cite Apollonius de Tyane, 540, D.
Un de ses développements sur l’usage des richesses rappelle vaguement ceux de Salvien, g 33, col. 544 : « Hospites sumus rerum nostrarum. » Voir G. M. R., II, p. 102.
Il ignore la formule courante sur la triple virginité de Marie : sa formule ne vise pas la virginité post partum[i 12, 52, -A, « nec praegnationem... »].
L'auteur s’intéresse à la validité de la liturgie hérétique, § 8, 517-518.
Il démontre la spontanéité du sacrifice de Jésus : puisqu’il est mort et qu’il est Dieu, donc Vie, c’est qu’il a bien voulu mourir, § 13, 529, B. Cf. Contra Varimadum.
(1) Je le crois inédit : il n’est pas indiqué dans le recueil d’incipit de Vienne, 1865, ni dans celui de Mgr Vatasso, Rome, 1906. — En voici la reproduction : [n'ayant qu’un manuscrit, je ne le corrige pas].
« 94r De septiformi spiritu sancto/94t. Egredietur uirga de radice Jesse et flos de radice eius ascendit, et requiescil super eum spiritus domini , spiritus sapientiae et inlellectus, spiritus consilii et fortitudinis, spiritus scientiae et pietatis et repleuil eum spiritus timoris domini: Flos de uirga ascendens 5 Christus est, de sanctae Mariae integritate homo natus, super quem sep-
un traité de Spiritu Septiformi
fameux passage d’Isaïe pour développer cette idée que, si l'Esprit septiforme a demeuré temporairement et partiellement dans
tiformis Spiritus Domini in omni plenitudine diuinatis aeternaliter requiescit. Non sicut in aliis sanctis temporaliter, secundum uisitationem a Deo directam aduenit, sed perpétua habitatione permansit, sicut Iohannes baptista testimonium peribuit de ipso, dicens: uidi spiritum sanctum quasi 10 columba de caelo uenientem et mansit super eum et ego uidi et testimonium perhibui quia hic est filius dei. Iste septiformis gratia Spiritus qui in patriarchis diuisus est, adunatus in Christo permansit.
« Igitur in Adam spiritus sapientiae fuit, qui omnium creaturarum quae caeli ac terrae ambitu concluduntur naturas et rationes agnovit. Et ideo 15 singulis secundum proprias naturas nomina inposuit.
« Spiritus intellectus fuit in Noae, qui intellexit cum sua familia solus omnium bonum esse deo credere et obœdire /95r ac ideo, mundo pereunte, arcam meruit in salutem domus sue fabricare.
« Spiritus consilii fuit in Habraam, qui consilio Domini creatoris sui 20 obtemperans exiit de terra sua et de domo patris sui et uenit in terram peregrinare quam fîlii sui erant in hereditatem accepturi : qui ob fidei meritum amicus Dei appellabatur ; in promissionem de Christo in semine suo primus accepit patriarcharum.
« Spiritus forlitudinis fuit in Isaac, qui forti animo persecutiones alieli- 25 genarum uincebat et ideo uiuam meruit inuenire aquam et centuplos fuisse maius accipere fructos.
« Spiritus scientiae fuit in Jacob, qui sciens bonum esse primogenita a suo fratre conparare, et paternam accipere benedictionem, et fraternam declinare odium, et iniurioso socero didelem esse, qui propter cum turma 30 filiorum et familia multa et grege innumeroso, qui tantum in bacculo suo fuit diues, et honoratus reuersus est ad patrem.
« Spiritus pietatis fuit in Moyse, qui pro populo peccante etiam et se lapidante orauit ad Deum dicens: Domine dimitte huic populo pcccatum suum ; sin autein, dele me de libro quem scripsisti ; qua /95y pietate et 35 populo ueniam impetrauit, et sibi apud Deum plus aliis sanctis maiorem familiaritatem promeruit, ita ut conloquia Dei et legis acceptione dignus habebat (ur).
« Spiritus timoris Domini fuit in Dauid, qui persequenti se rege Saul in suas venienti manus pepercit, dicens : absit a me ut manus meas mittam 40 in christum domini. Idcirco, inimico eius allofiliorum gladio pereunte, regnum accepit a Deo sibi donatum et promissionem ut pater venturi Cbristi esset.
« Haec omnia carismata septiformis Spiritus in Christo Iehsu permanserunt : spiritus sapientiae, qui est Dei sapientia et Dei uirtus, quia eadem 45 sapientia qua conditi fuimus sumus redempti, per quem et nomina nostra scripta sunt in caelis ; — spiritus intellectus est in eo, quia intellectu suo arcam id est aecclesiam fabricauit, in qua procellosis mundi tempestatibus omnia hominum généra saluari possunt ; — per spiritum paterni consilii, quasi patriam relinquisset, in nostrae peregrinationis per uirgi- £0 nale uterum uenit in terram, quam in possessionem sibi accepit aeternam, dicente Domino [on corrige : deo ] patri sibi : postula a me et dabo tibi gentes hereditatem /96r tuam et possessionem tuam terminos terrae. Unde et ad suos dixit discipulos : data est mihi omnis potestas in caelo et in terra ; — per spiritum fortitudinis omnium généra temptationum seu mali- 55 gni spiritus seu seuiuentium Iudeorum forte animo uincebat, ac ideo suis uiventibus atque flumina largitus est ut ille ipse dixit : qui crédit in me flumina de uentrae eius fluenl aque uiue. — Item centenos diuini uerbi fructus in tide gentium, perseminatores euangelicepredicationis apostolos,
LE CONCILE PSEUDO-D iVMASIEN
les patriarches , il habitait en Jésus chune façon permanente et totale. Jésus avait l'esprit de sagesse comme Adam: si Adam a connu toutes choses et les a nommées , Jésus nous a créés et rachetés. Jésus avait l'esprit d'intelligence comme Noé : si Noé a compris le prix de la foi en Dieu et a pu construire 1 arche , Jésus a construit cette arche qu'est l'Église. Jésus avait l'esprit de conseil comme Abraham : il a comme lui laissé sa patrie sur l'ordre de Dieu. Jésus avait l'esprit de courage comme Isaac : si Isaac a supporté les persécutions , Jésus a supporté les tentations. Jésus avait l'esprit de science comme Jacob : si Jacob a su la valeur du droit d'aînesse , Jésus a su que le salut des nations avait plus de prix que le salut des Juifs. Jésus avait l'esprit de piété comme Moïse: comme Moïse pour ceux qui le lapidaient , Jésus a prié pour ses persécuteurs. Jésus avait l'esprit de crainte du Seigneur comme David : si David a épargné son ennemi Saüt , Jésus aussi a épargné Saut (S. Paul), de persécuteur il l'a fait prédicateur , comme des fils du diable il fait chaque jour , par le baptême , des fils de Dieu. Grâces à sa miséricorde , maintenant et dans les siècles des siècles. Amen.
Dans le traité anonyme comme dans la version de Paris, il s’agit : 1. de l’Esprit Septiforme ; 2. qui repose dans le Christ ; et c’est à savoir: 3. spiritus sapientiae ; 4- spiritus intellectus ; 5. spiritus consilii ; 6. spiritus scientiae; 7. spiritus timoris Dei. Deux autres points de contact sont plus curieux encore : 8. on justifie pareillement, ici et là, l’attribution à Jésus du spiritus sapientiae parce que le Christ est dei sapientia et dei virtus ,'9. semblable rencontre entre nos textes est encore très probable quant à l’explication des mots spiritus scientiae : ils paraissent viser tous deux la perfection de l’apostolat auquel a présidé Jésus. — Mais ce n’est pas à dire qu’il y ait entre eux correspondance parfaite. 1. Les deux termes qui justifient les mots Christus...
accipit per spiritum scientiae, maioris filii prîmogenita et benedictionem, GO id est populi gentilium, maioris scientiae et diuitiae estimans omnium gentium, salutem soiius populi Iudeorum : Ideo cummultiplici gloria diuiticiarum regressus est ad patrem. — In spiritu pietatis interpellauit pro crucifigentibus se dicens : paler , ignosce illis quia nesciunt qaid faciu.nl. qua pietate, cum inimici essemus, in cruci suae sanguine reconciliauit nos Deo 65 patri, ut essemus amici et fratres qui non fuimus digni serui fieri, sicut in euvangeliodixit: iam nondicam uos seruos sed amicos meos. Item ite /9 6' nu nciate fratribus meis. — In spiritu timoris Dei pepercit inimicis suis sicut in Saulo quem ex persecutore fecit predicatorem etiam et in ecclesiam hoc cotidiae facit cum sancto baptismo ex filiis diaboli perficiet filios Dei. 70 cuius misericordiae gracias agamus nunc et in secula seculorum, amen.
le traité de Spiritu Septiformi
spirihis sapientiae ne sont pas énumérés ici et là dans le même ordre ; 2. au lieu de spiritas uirtutis, le traité anonyme écrit spirihis fortiiudinis ; 3. et, spiritus pietalis , au lieu de spirihis ueritatis ; 4 la méthode des deux auteurs, surlout, est différente : l’un apporte une citation biblique à l’appui de son idée, l’autre la développe clairement; 5. cinq fois sur sepl, les explications de l’un n’ont aucun rapport aux citations de l’autre; 6. enfin et surtout, l’auteur du traité anonyme est seul à comparer Jésus avec les patriarches, à propos du Septiformis Spirihis , el, 7. il ne souffle mot de l’origine du Saint-Esprit.
Dans le traité anonyme comme dans la version de Munich, il s’agit : 1. de l’Esprit Septiforme ; 2. qui a inspiré sepl patriarches ; el c’est à savoir : 3-4-5-(i-7 spiritus sapientiae, intellectus, consilii, scientiae, timoris Dei. Cinq autres points de contact sont plus curieux encore : 8 les sept personnages, qui sont qualifiés de patriarches, sont les mêmes ici et là : Adam, Noé, Abraham, Isaac, Jacob, Moïse, David ; 9. ici et là, c’est le même don de l’Esprit qui est attribué au même patriarche ; 10. cinq fois sur sept [Adam, Abraham, Isaac, Moïse, David], c’est la même idée générale qui sert à justifier le rapport établi entre tel personnage et telle vertu ; 11. ici et là, à propos de Noé, 011 vise l’arche ; 12, on justifie pareillement (avec la réserve marquée plus haut), l’attributionà Jésnsdu spiritus sapientiae et du spirihis scientiae. — Mais ce n’est pas à dire qu’il y ait entre nos textes parfaite correspondance. 1. Le traité anonyme écrit spiritus fortitudinis , non spiritus uirtutis; 2. le traité anonyme écrit toujours spiritus pietalis et jamais spiritus ueritatis , au lieu que la version de Munich écrit tantôt l’un [spirilus ueritatis, ego sum uia et uerilas], tantôt l'autre [spiritus pietatis in moysen] ; 3. les termes qui justifient les mots Christus... dei sapienlia ne sont pas énumérés dans le même ordre ; 4- la méthode des deux auteurs, surtout, est différente : lorsqu’il s’agit des sept dons spirituels, l’un apporte une citation biblique, l’autre esquisse un développement ; 5. lorsqu’il s’agit des vertus propres aux patriarches, l’auteur du texte anonyme est beaucoup moins bref et concis que son émule; 6. on rapporte la grâce faite à Noé, ici à sa piété, là, semble-t-il, à ce qu’il a compris la raison du déluge ; 7. l’un vise à propos de Jacob la vision de Bethel, l’origine du nom d’Israël et la fuite chez Laban, tandis que l’autre ne mentionne aucun de ces trois faits ni de ces trois noms, tout en rappelant en gros l 'histoire entière du patriarche ; 8. enfin et surtout, l’auteur de la version
LE CONCILE PSEUDO-DAMASIEN
de Munich n’établit aucun rapport entre Jésus d’une part, les patriarches, ni l’Esprit Septiforme d’autre part.
Si l’on se rappelle que le de Trinitate et le contra Varimadum — qui sont apparentés aux deux recensions du texte damasien — emploient l’expression Spiritus Septiformise t établissent un rapport entre l’Esprit, Adam (et Job), ou écrivent spiritus pietatise t spiritus fortitudinis (1), au lieu de spiritus virtutis et de spiritus ueritatis ; si j’ajoute que le manuscrit où s’est conservé le traité de Sepliformi Spiritu est espagnol d’origine et qu’il reproduit des textes comme Gennadius et les dicta Leonis (2), on conclura que la parenté de ce traité avec le texte damasien et avec le de Trinitate ne saurait faire aucun doute et qu’il émane, selon toutes les vraisemblances, du meme milieu, vers 38i.
Le rédacteur de Munich [texte restitué] s’occupait exclusivement du rôle du Saint-Esprit dans l’histoire d’Israël ; le rédacteur de Paris visait à la fois la divinité de Jésus, demeure de l’Esprit, et la procession de l’Esprit ; notre anonyme se désintéresse absolument de ce dernier problème, mais il s’occupe du rôle de l’Esprit dans l’histoire des grands précurseurs de Jésus aussi bien que dans l’œuvre de Révélateur suprême : il s’inspire de Diodore de Tarse, — et de la croyance que le développement judéo-chrétien est homogène et un (3).
L’idée qui anime le texte de Munich [restitué] 11e semble-t-elle pas très propre à suggérer l’idée que défend l’auteur du texte
(1) Le de Trinitate écrit spiritus virtutis, P. L. 62, 284 D.
(2) Voir supra p. 65.
(3) L’auteur devait être un Espagnol, vivant à la cour de Damase. Il connaissait sans doute la littérature théologique de ce temps. Je note : 1. au regard de certains Antiochiens, précurseurs du Nestorianisme, Jésus était tout à fait comparable aux Prophètes, étant éclairé comme eux par le Verbe (on ne dit pas l’Esprit-Saint) : voir la synodique du concile d’Alexandrie de 362, Mansi, III, 349 ; Athanase : epist. ad Epicletum. 2, 11, 12. P. G. 26, 1053. BG, 1067, 1068;— 2. La tradition chrétienne a toujours tendance à transporter à l’Esprit certains attributs du Verbe, notamment l’inspiration des Prophètes ; — 3. Par exemple, c’est l’Esprit et non le Verbe, qu’Athanase montre parfois inspirant Moïse et les 70 Israélites, Nombres. 11, 16, 25, et David, Psalm. 50, 13: voir Oratio 1 ad Ar. 48. P. G. 26, 112 BC. — 4. Pareillement Basile montre que l'Esprit inspire les 70 Israélites; il spécifie même qu’il agit en Eldad et Modad d'une façon permanente, sa grâce est et s’exerce en acte, chez eux, de Spir. Sco. 26. P. G. 32, 180-181 ; mais il ne s’occupe de notre citation d’Isaïe qu’en passant: les sept esprits du prophète n’ont été accueillis, pensent quelques-uns à propos de 4, 1, qu'en Jésus; ils ne se sont réalisés qu'en lui ; il faut donc invoquer sur ces sept vertus le nom du Christ. Comm. in Isaïam. 4. L P. G. 30, 333. Cf. 553, Nul, on le voit, n’exprime l’idée de notre anonyme, mais ne semble-t-il pas qu’on la voit poindre ?