ORIGINE DE CES TEXTES
anonyme? Les patriarches ont préparé Jésus, comme Israël a préparé l’ Eglise; les dons célestes accumulés dans leur plénitude en celui-ci devaient apparaître déjà de quelque manière en ceux-là. Qui sait si le texte de Munich j restitué] n’a pas été retouché par l’auteur du de Septiformi Spiritu Sancto : au premier paragraphe il aurait ajouté les mots qui in Christo requiescit. Cette version conjecturale devait être très proche de la version de Munich et •dater, comme elle, du temps de Damase environ (1).
Résumons et confrontons les résultats qu’a dégagés l’étude des trois premières parties du texte. Pseudo-Isidore a montré qu’elles sont antérieures à Chalcédoine et nous nous sommes demandé, songeant au titre que portent certains manuscrits, si vraiment elles remontaient à l’époque de Damase.
La seconde partie rappelle assez un catalogue du concile carthaginois de 397, un autre du pape Innocent, et ce que l’on connaît de certains jugements de saint Jérôme.
La troisième partie semble une riposte formelle au 3e canon de 38 1 et elle se rapproche encore de saint Jérôme: elle reflète très clairement les préoccupations de la papauté romaine à la fin du pontificat de Damase.
La première partie nous est parvenue en deux recensions : l’une s’intéresse seulement au Christ (version de Paris) ; l’autre (version de Munich), qui s’occupe en passant du Christ mais traite surtout de l’Esprit-Saint, doit dériver d’une interpolation : elle a sans doute été contaminée par la première et, dans sa teneur originale et primitive, j’imagine qu’elle ne traitait que de l’Esprit. — La première version (Paris. Le Christ) est un remaniement de la seconde, opéré en Espagne ou dans des milieux hispanisants, par des théologiens qui s’intéressent à la christologie, après saint Léon. — La seconde version (archétype du ms. de
(1) Le rédacteur du texte de Paris, qui ne s’intéressait [nullement au Saint-Esprit et aux patriarches, mais au Verbe et à son action dans la Trinité, aurait conservé, le premier paragraphe retouché et remplacé le second qui traitait des grands personnages d’Israël, par ceux qu’on a vus, -où il disait les multiples noms du Verbe et insinuait 1 e filioque.
LE CONCILE PSEUDO-DAMASJEN
Munich. L'Esprit) a été élaborée dans des cercles théologique» hispano-romains, tels, précisément, que ceux dont devait s’entourer Damase. Nous pouvons conclure. Les trois parties de notre document remontent vraisemblablement au temps de Damase ; même, elles paraissent se rattacher assez étroitement à lui.
Est-il possible de préciser ce dernier point?
Damase, d’abord, a été mêlé aux polémiques qui aboutirent à la proclamation de la divinité de l’Esprit-Saint, 38i. En 36q, une première fois, dans un concile tenu à Rome, « il proclama la doctrine que le Père et le Fils étaient unius substantiae simili et Spiritus Sanctus (1) » ; en 374, il fit condamner par un autre concile, également convoqué à Rome, les théories de Macédonius (2) ; enfin, dans un nouveau concile romain, en 382, il anathématisait encore les mêmes erreurs (3) :
« Puisque cette erreur s’est élevée depuis (le concile de Nicée) que quelques-uns osent dire avec une bouche sacrilège que l’Esprit-Saint a été fait par le Fils, (1) nous prononçons anathème contre ceux qui ne publient pas franchement qu’il a la même substance et la même puissance que le Père et le Fils... (16) Si quelqu’un ne dit pas que le Saint-Esprit procède véritablement et proprement du Père, comme le Fils, et qu’il est de la substance de Dieu et vrai Dieu, qu’il soit anathème. (17) Si quelqu’un ne dit pas que le Saint-Esprit peut tout, connaît tout, qu’il fait tout et qu’il est partout comme le Père et le Fils... (19) Si quelqu’un ne dit pas que le Père a fait toutes les créatures visibles et invisibles par le Fils et par le Saint-Esprit...; (20) que le Père, le Fils et le Saint- Esprit n’ont qu’une divinité, un pouvoir, une majesté, une puissance, une gloire, un empire, un royaume, une volonté et une vérité... ; (21) que le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont trois Personnes véritables, égales, vivantes éternellement, contenant tout ce qu’il y a de visible et d’invisible, toutes-puissantes, qui jugent tout, qui vivifient tout, qui font tout, qui sauvent tout ce qui doit être sauvé ; (22) que le Saint-Esprit doit être adoré par toutes les créatures comme le Père et le Fils, qu’il soit anathème ! (3)
J’ajoute que Damase demanda à saint Jérôme de composer un traité sur l’Esprit-Saint ; et Jérôme, s’il n’osa entreprendre
(1) Mansi, III, 443 et 477. — Hefele-Leclercq, I, 2, 980-81 ; Merenda : de Damasi gestis. P. L. 13, 111.
(2) Op. laud., I, 985-986.
(3) C’est la confessio fidei calholicae rédigée par ce concile. P. L. 13, 558; Théodoret, V, 11. Hahn, 271; P. G. 82, 1221; Mansi, III, 481, 486. Sozomène VII. P. G. 67, 1441. J’utilise la traduction du président Cousin. Paris, 1686, in-16, t. IV, 360-363.