‹ Le néo-manichéisme et la légende chrétienneChapitre 96 sur 185 · LA POLITIQUE DU PAPE DAMASE · texte numérisé non relu

LA POLITIQUE DU PAPE DAMASE

pareil travail, se résolut du moins à traduire l'ouvrage qu’avait écrit sous ce titre le savant Didyme (1). Environ le même temps, utilisant souvent le même texte, saint Ambroise s’attaquait au même sujet (2). Ses rapports avec Damase sont bien connus. Il est donc très assuré que le problème pneumatologique a été agité à la cour de Rome à l’époque qui nous intéresse.

Mais on peut, sans s’aventurer beaucoup, ajouter à ces faits positifs, en tenant compte des conclusions particulières de nos diverses enquêtes, quelques hypothèses qui jettent sur les uns et les autres une lumière révélatrice. Malgré les difficultés singulières qu’il rencontre à Rome, le pape Damase travaille avec ténacité à faire effectivement reconnaître de toute l’Église, surtout de l’Église d’Orient, la primauté de l’église romaine : les querelles doctrinales qui déchirent les Orientaux lui donneront l’occasion cherchée. Déjà, à la veille de sa mort, Libère a indiqué cette politique, lorsqu’il a accueilli les néo-orthodoxes du concile de Lampsaque et poussé le concile de Tyane à demander la réunion d’un concile oecuménique. Un second Nicëe , qui, au point de vue dogmatique , achèvera l’œuvre de 325 en complétant le fameux symbole, comme l’entendent Athanase et Rasile, sur la question du Saint-Esprit, et qui, au point de vue disciplinaire , organisera au sein de l’Église universelle la primauté pontificale, — voilà le rêve que veut réaliser Damase. Au fond, ce n’est plus la question dogmatique qui oppose l’Orient et l’Occident, mais la question disciplinaire. Dans l’affaire de fÔTroVraatç, chacun voit clair, depuis le de Sgnodis et le concile d’Alexandrie de 362 ; les orthodoxes d’Orient et d’Occident savenl qu’ils s’entendent sur le fond; et ils sonl décidés à en linir. Mais les Orientaux de toute nuance se rappellent et proclament que l’Évangile est fils de l’Orient ; s’ils veulent bien consentir à ne pas régenter l’Occident, à tous le moins exigent-ils qu’on leur donne l’autonomie. Déjà se formule le point de vue qui triomph era plus tard. Voilà ce qui fait l’intérêt des négociations si

(1) « Cum in Babylone versarer..., volui garrire aliquid de Spiritu sancto et cæptum opusculum ejusdem urbis pontifici dedicari... Quia supradictus pontifex Damasus, qui me ad hoc opus primus obtulerat... » [P. L. 23, 101-103.] Interrompue par les querelles origénistes, la traduction fut achevée avant 392 [Schanz, IV, I, 437 et Brochet] ; elle avait dû être commencée vers fin 382-383.

(2) P. L. 16, 697-816. — Voir Schanz, IV, I, 316 et Schermann : Die griechischen Quellen in Ambr. de spiritu sancto , München, 1902. Le texte datede 381.

LE CONCILE PSEUDO-DAMASIEN

curieuses de Basile et de Damase ; sous les questions de protocole qui semblent les diviser, voilà au fond de quoi il s’agit ; voilà pourquoi, même contre un saint Grégoire de Nazianze, Rome tient si fort à rappeler les règles qui s’opposent aux transferts d’évêques et lance contre lui un Maxime le Cynique ; voilà pourquoi elle soutient Paulin contre tout l’Orient. Elle se soucie aussi peu de Paulin que de Maxime ! Ce à quoi elle ne veut pas, elle ne peut pas consentir, c’est à ce que ces affaires se traitent en dehors d’elle. Et comme la mort de Valens a désarmé l’Orient ; comme l’Orient, affaibli en outre par la mort de Basile, capitule devant Rome Mélèce. en tête, au concile d’Antioche, sept.-oct. 379; commeThéodose, le délégué de Gratien à Constantinople, appuie franchement la politique romaine en faisant de la foi de Damase le critère de l’orthodoxie, 28 février 38o (édit cunctos populos ), on devine quelle est, au lendemain de cette date, la politique pontificale : elle tend à affermir et développer les succès de 379-380 en réunissant un concile général qui les consacrera .

Au pointde vue doctrinal, on condamnera les pneumatomaques et les apollinaristes, ce qui donnera satisfaction aux Méléciens ; on montrera que l’Esprit est Dieu, et comment Jésus qu'il poussait n'est pas comparable aux autres prophètes.

Au point de vue disciplinaire, on défendra le droit canon à Antioche et à Constantinople ; et puisque, dans la bataille, Rome (Damase), Alexandrie (Pierre, le frère d’Athanase), Antioche (Paulin) ont fait bloc contre l’Orient, on assurera à ces trois églises une primauté sur toutes les autres ; il est vrai, d’ailleurs, que Alexandrie et Antioche participent en quelque chose, puisque rattachées à saint Pierre, au privilège de Pierre. Sans doute Alexandrie et Antioche devenues les sièges de deux vicaires , analogues au vicaire de Thessalonique , régenteront-elles l'Orient au nom du Pape.

L’exécution de ce plan général fut contrariée, si nous jugeons bien, par un fait qu’on n’avait pas prévu : arrivé à Constantinople le 24 novembre 38o, Théodose épousa la cause de l’Orient. L’Orient releva la tête et engagea la bataille. Mélèce est nommé président du concile de 38 1 ; la seconde place dans l’Église est donnée à Constantinople, non à Alexandrie ou Antioche ; Maxime est rejeté; il est interdit aux évêques de s’ingérer dans les affaires d’autres diocèses (civils) que les leurs ; l’édit du 3o juillet 38 1 indique les évêques d’Orient dont la foi servira de critère ; les Marcelliens, qu’Alexandrie vient de soutenir, sont

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