DUEL DE L’ORIENT CONTRE ROME
condamnés comme hérétiques; enfin (et c’est le fait — symbole qui résume la situation), lorsque la mort de Mélèce dénoue subitement le difficile problème qu’a posé l’initiative imprudente de Lucifer, les évêques d’Orient refusent de suivre le conseil de saint Grégoire de Nazianze, et ils élisent à Antioche, non pas Paulin, mais Flavien !
Rien de plus brutalement clair. On comprend la colère d’Ambroise et de Damase : on bafoue leur rêve! Avec plus de ténacité que jamais ils s’acharnent donc à le réaliser : ils demandent à Gratien et à Théodose la réunion d'un concile général à Alexandrie ; c’est Alexandrie qui, dans leur système, doit, au nom de Rome et de l’Occident, dominer l’Orient. Puis, se doutant que les Orientaux, pour cette raison, n’y voudront pas venir, cest à Rome qu'ils demandent, et qu'ils obtiennent, le concile général qui sera leur revanche , et leur triomphe. Voila
CE OUE DEVAIT ÊTRE LE CONCILE RÉUNI A ROME EN 382. — Mais,
de Constantinople où ils étaient revenus, les Orientaux refusèrent de bouger; la lettre ironique qu’ils firent portera Damase par Cyriaque, Eusèbe et Priscien témoigne qu’ils jugeaient très exactement la situation. Le concile de Rome avorta, pour la plus grande déception de la papauté, — et pour le malheur de l'Église : la première tentative schismatique de l’Orient avait réussi.
Je suppose que Damase avait fait réunir , en vue de cette grande bataille , un certain nombre de documents , d’ordre disciplinaire et d’ordre dogmatique : parmi eux, les trois premières parties du Monacensis ; le traité de Septiformi Spiritu Sancto ; la fameuse Confessio fidei , adressée à Paulin (1).
(1) Est-ce à dire que ces cinq documents datent tous de 382 même ? Je ne l’affirmerais pas. Mgr Duchesne pense que la seconde partie de la Confessio fidei (qui s’occupe presque exclusivement du Saint-Esprit; est à peu près contemporaine de la lettre d’Athanase à Epictète, 371 [Je rappelle que Théodoret seul nous a transmis ce texte, les collections canoniques le lui ont emprunté et, ne sachant qu’en faire, l’ont cousu à Nicée, ou à la lettre de Damase per filium meum , ou à la lettre de Jérôme quoniam vetuslo , ou l’ont affublé d’un prologue. Maassen, 232].
Peut-être faut-il ajouter, à ces cinq documents, un sixième, à savoir un index de livres condamnés. Le concile de Rimini, dans notre version, est placé au premier rang des écrits condamnés : est-ce vers 520 qu’on aurait jugé ainsi ? Vers 382, au contraire, quelle n’en est pas la triste et symbolique renommée ? Voir la phrase fameuse de Jérôme: ingeniuit totus orbis [Dial. adu. lucif., 19, P.L., 23, 171]. Le de fide et apocryphis de Priscillien indique que les apocryphes ont été condamnés. De même la sententia diffinitiua de 400, Mansi, 111, 1007. Cette condamnation a-t-elle été prononcée par Damase dans une décrétale, vers 381-382, ou par le con-
LE CONCILE PSEUDO-DAM ASIEN
Je remarque que le document triparti te n’est pas une liste de canons; ce n’est pas une profession de foi solennelle; et ce veut êlre, pourtant, un document conciliaire. Reste qu’on y voie un mémorandum rédigé avant V ouverture de V assemblée (1), en vue de ses travaux; ce serait un schéma qui devait soutenir et guider les délibérations. « D’abord, on traitera de l’Esprit-Saint, agendum est de Spiritu... ; ensuite on traitera du canon des Ecritures, de scripturis divinis agendum est... » L’hypothèse est séduisante. Mais elle demande, semble-t-il, à être complétée. En même temps que certains mots prêtent au texte l’apparence d’un mémoire préparatoire, écrit en vue de l’avenir, d’autres lui donnent la forme d’un procès-verbal rappelant des faits passés : dictum est, dictum est... (Noter même que les termes agendum est manquent au début de la troisième partie.) On est dès lors conduit à penser, ou que le texte a été remanié et que de ce remaniement provient tout ce qui a l’allure d’un compte rendu ; ou que le texte est l’authentique procès-verbal d’une assemblée préparatoire à la tenue d’un concile : de toutes manières , il a été rédigé à la veille et en vue d’une assemblée de ce genre.
Et puisque, de ce côté aussi, l’hypothèse d’un remaniement se présente, ne faut-il pas, ici encore, si on l’accepte, identifier le rédacteur qui donne au texte damasien /’ apparence d'un procèsverbal conciliaire (2) avec celui qui en a chassé l’Esprit-Saint , si j'ose ainsi dire , pour g introduire le Verbe Eternel et y insinuer la procession ab utroque.
Cette dernière supposition ne heurte aucun fait; elle se recommande par sa vraisemblance. Je pense qu’on peut s’y tenir jusqu’à nouvel ordre. Le document damasien , avec ses trois
elle de Saragosse ou par un autre concile espagnol de ce temps ? Cela est très obscur. Saint Jérôme, ni Innocent Ier écrivant à Euxupère ne paraissent rien savoir d’une décision de Damase en ces matières.
Mansi, III, 599-630 et 642 A; Ambroise, Epist. XIII, XIV. P. L. 16, 916, 940, 990, 993. — Voir Tillemont : X ; Rade: Damasus , Bischof von Rom., 1882. Freiburg ; Hefele-Leclercq, II. I, 49-53; Turmel : Histoire du dogme de la papauté, 1908, 340; Kauffmann: Aus der Schule des Wulfdas , 73, *1899.
Théodoret, V, 9. P. G. 82, 1212; P. L. 13, 1195, Turmel, p. 404.
Rufin : de adultérai, libr. Origenis [Hieronymi opéra, ed. bénédict. V, 253] ; Jérôme: Contra Rufinum, II, 20 ; Epist., 108, 6 ; 127, 7 et 86 ad Eustochium , 6. P. L. 22,881 ; Mansi, III, 639-642. — Voir Draseke : Apolli • narios von Laodicea sein Leben und seine Schriften... Leipzig, 1892 ; Voisin : VApollinarisme... Louvain, 1901 ; Cavallera : Le Schisme d'Antioche , 256-262 ; Tillemont XII, Duchesne, Loofs, Harnack, Hefele-Leclercq.
(1) Hypothèse de Zahn.
(2) En insérant sans doute: 1° le titre conciliuni", 2° les mots diclumest.