COMPILATION DE NOTRE TEXTE
-parties ( Esprit-Saint , catalogue des Écritures canoniques, primauté des trois églises pétriniennes), était donc un simple mémorandum rédigé sur l'ordre de Damase, peut-être par saint Jérôme, par un ennemi d’Apollinaire, et par un Espagnol ami des Lucifériens. Après la défaite, le mémorandum fut serré, en vue de jours meilleurs, aux archives du Latran.
Alors apparaît un dernier problème : le continuateur auquel on doit IV, V, VI, VII est-il identique à l’anonyme qui remania I, II, III et voulut transformer le document de 882 en un procès-verbal de concile présidé par Damase? Rien 11e contrarie l'hypothèse : de ce réviseur de I-1I-III, nous savons seulement qu'il est postérieur /pi et qu’il s’intéresse aux choses d'Espagne. A l’époque ostrogothique, d’autre part, l’Espagne est éprouvée toujours par la crise manichéenne ; et la défaite des Wisigoths de Gaule, 5oy, a eu pour conséquence, on le sait, de resserrer très notablement les liens qui l’unissent à l’Italie. On conçoit enfin que le continuateur d’un document se soucie de le corriger afin de le rendre homogène.
Or je remarque, an début meme de IV, — c’est-à-dire au début delà continuation — cette citation de saint Paul, I Cor., 3, 11 : « Aliud fundamentum nullus po(test) ponere praeter id quod positum sit, Jésus Christus. » N’est-ce pas l’inspiration du continuateur qui se veut ainsi marquer dès l’abord? Et ne se retrouvet-elle pas précisément dans les passages qui caractérisent le remaniement de I ? Au Saint-Esprit ceux-ci substituent le Verbe. Ce n’est qu’un indice. Je ne veux pas en exagérer l’importance. Encore est-il qu’aucun fait 11e donne une indication contraire. Jusqu’à nouvel ordre, nous identifierons le réviseur de /-/// avec l'auteur de IV -Vil (1).
(1) Il n’y a pas lieu de se demander si les parties IV-VII ont eu, primitivement, une existence isolée [liste des conciles généraux ; liste des livres qu’on doit recevoir, qu’on peut consulter, qu’on doit rejeter]. Hormisdas n’annonce pas IV, V, VI, VII, mais II [canon de l’Ecriture], IV et V. En outre, le début de IV vise explicitement II... : romana ecclesia... post illas ueleris uel noui testamenti quas regulariter superius enumerauimus... Le début de IV ne vise pas I et III en même temps que II, parce que I et III ne traitent pas de livres, de textes écrits, ainsi que font II et IV-VII. Noter, du reste, le rapport de la phrase quamuis uniuersae... ecclesiae unus lhalamus Christi sil , qui se lit en III, avec la phrase quamuis aliud fundamentum nullus possit ponere praeter id quod positum est Christus Jehsus , qui se lit en IV. L’auteur de IV-VII rt’a pas publié son texte sans le faire précéder de I-III.
Il n’y a pas lieu de se demander si les parties IV-VII sont le fait de plusieurs rédacteurs (réserve faite de retouches toujours possibles). Les
LE CONCILE PSEUDO-DAM ASIEN
Cette solution se heurte à une difficulté en apparence insurmontable. Damase est mort en 384- Comment un contemporain d’Hormisdas pouvait-il lui attribuer un texte où paraissent les Pères de Chalcédoine, saint Léon et Acace? Et puisque la plupart des mss. le présentent comme une « décrétale de Gélase (1) », n’est-ce pas cette forme que lui aurait donnée le réviseur de I-III, auteur de IV-VII? Rien de plus légitime que l’hypothèse, assurément. Toutefois n’oublions pas la première édition du Liber Pontificalis, et qu’elle s’arrêtait à Félix IV, et que sa préface nommait pour auteur... Damase (2), précisément. On conçoit très bien que les mots decretale Gelasii soient une correction née du désir d’effacer une bourde (3) ; on conçoit très bien qu’elle se soit répandue très vite. La version qui remplace Gélase par Hormisdas s’inspire sans doute de l’époque où écrivait le continuateur.
C’est donc au temps d’Hormisdas que le document damasien l-III) aura été remanié et continué (IV-VII) et arrangé en forme de procès-verbal conciliaire. L’anonyme est au courant des choses d’Espagne et des affaires de la cour pontificale (4) ! il est hostile à Byzance ; il prête grande attention aux apocryphes gnostiques, priscillianistes et manichéens.
Qui sait s’il n’apparlient pas à ce monde lérinien dont l’activité littéraire semble avoir été beaucoup plus grande qu’on ne croit généralement. La lettre de Possessor, qui paraît 11’avoir pas été étrangère à la rédaction de notre texte, traite d’un fa-
trois dernières parties émanent d’une même main : toutes trois traitent des livres à lire ou à ne pas lire. Il est très vraisemblable que la quatrième a même origine ; il est sûr à tout le moins que ce n’est pas un contemporain de Damase qui cite Chalcédoine.
(1) Aucun manuscrit ne donne aucune date consulaire. — Il n'est pas vraisemblable que Gélase ait eu aucune part à la rédaction du document : les Pères qu’il cite dans son traité de duobus naturis ne s’y retrouvent pas.
(2) L. P. I, 47, 117, n. 3 et passim.
(3) Noter qu’il y a eu des pseudo-Gélase de très bonne heure : Cassiodore l’atteste, Inst. I, 8, P. L. 70, 1119 C. Sed in epistolis XIII sci Pauli adnotationes... a sco Gelasio papa urbis Romae doctissimi viri studio dice(bant) fuisse conscriptas.
(4) Si le document damasien est le mémorandum que nous avons dit, il est vraisemblable qu’on ne pouvait le trouver que dans les archives pontificales : et c’est la preuve que le rédacteur contemporain d’Hormisdas y avait accès. Ce réviseur aurait donc : 1° donné aux textes réunis en 382 la forme d'un procès-verbal conciliaire ; 2° remanié la première partie de ce document [texte de Munich restitué et corrigé : Esprit-Saint qui repose dans le Christ] en rédigeant ce que nous avons appelé la version de Paris (noms du Christ; fdioque. Verbe) ; 3° ajouté IV-VII.