‹ Le néo-manichéisme et la légende chrétienneChapitre 99 sur 185 · LÉRINS · texte numérisé non relu

LÉRINS

meux lérinien, Fauste de Riez ; et nous avons noté chez le gaulois Trifolius des indices d’une situation assez analogue à celle que vise le document pseudo-damasien. La tradition manuscrite ne laisse pas que d’être assez incertaine au sujet de Fauste : tantôt on le range parmi les auteurs condamnés, tantôt on a soin de ne pas l’introduire en si mauvaise compagnie. Cette attitude ne reflète-t-elle pas les hésitations de Lérins passé à l’augustinisme : si Fauste est une de ses gloires, Fauste est un anti-augustinien notoire. L’anonyme juge comme Gennadius la lettre du pape Jules. C’est un lérinien qui a rédigé ce document pseudo-conciliaire qu’on appelle les Statuta Ecclesiae antiqua. Le plus illustre des Lériniens à notre époque, Césaire, est évêque d’Arles ; et quelle est la situation de cette église ? Au point de vue religieux, c’est une sentinelle de la papauté en Occident ; au point de vue politique, depuis la ruine de l’empire wisigothique en Gaule et l’influence que Théodoric exerce sur l’Espagne, Arles apparaît comme un des centres de l’empire arien; elle assure la jonction de ses deux moitiés. Nulle part, mieux qu’à Arles, on n’est aisément informé et des affaires d’Italie et des affaires d’Espagne: je rappelle la couleur espagnole du symbole Quicumqiie, qui est de Césaire. Un Lérinien n’est-il pas en mesure de connaître ces textes espagnols (1) — que suppose notre texte — , de ressentir et de manifester ce sentiment «romain» qu’on y remarque? Voici, enfin, un vieux manuscrit de la fin du septième siècle : il a été écrit en Neustrie, sur l’ordre de Numidius, abbé de saint Médard do Soissons ; il reproduit un fragment du concile pseudo-damasien publié sous Hormisdas : et sa composition atteste qu'il a été copié... sur un manuscrit lérinien (2). L’origine lérinienne de notre document n’est qu’une hypothèse ; j’en connais de moins séduisantes.

(1) Noter que Trifolius écrit : « Sps Scs... procedit... de Pâtre et Filio [P. L. 63, 535]. D’autre part, il compte quatre conciles généraux.

(2) Delisle : Notices et Extraits... XXXI, 1884, p. 33. Le ms. 9850-52 de Bruxelles contient Vitas Patruni vel humilias sci Caesarii.

Les points de contact de notre texte et des textes espagnols s’expliquent par Faction que la version damasienne exerça sur ceux-ci [réserve faite du de Trinitate, antérieur à cette version, ou son contemporain] ; ceux-ci doivent s’échelonner au cours du cinquième siècle ; ils encadrent très bien les traités de Syagrius et de Pastor; ils mettent en pleine lumière la portée anti-priscillianiste du filioque (voir supra , p. 216). Mais il faut alors que la version damasienne ait été connue en Espagne ( comment ?) et ne soit pas restée enfouie dans les archives du Latran.

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