L ÉVOLUTION RÉALISTE DE LA PHILOSOPHIE AMÉRICAINE
sophe américain les entretenir d'idées toutes différentes. Plus modeste, il ne prétendait pas leur livrer le dernier mot de l'évolution des systèmes, il ne voulait que leur offrir des réflexions suggérées par un moment du développement des idées. C'était plutôt une méthode, un point de départ, qu'un système achevé. Elle eût conduit à des conclusions tout opposées aux siennes, qu'il ne s'en fût point étonné. William James • — c'est de lui que nous avons à parler — fut bientôt le plus connu et le plus discuté des philosophes appelés à donner ces conférences de philosophie religieuse. Le titre même de ses leçons était un programme. En faisant des ^ Variétés de l'expérience religieuse t' le sujet d'une -^ étude sur la nature humaine ^ ''), il affirmait son intention de s'enfermer dans l'expérience, dans l'expérience psychologique, la plus concrète de toutes parce que la plus personnelle. Il s'efforce de rendre aussi fidèles que possible ses longues descriptions. Après cela seulement il essaiera, par manière de conclusion, d'esquisser une interprétation des phénomènes ; il la donne d'ailleurs comme toute provisoire. Et là encore il se laisse — ou croit se laisser — guider avant tout par l'expérience. Nous sommes loin de l'ambitieuse synthèse de M. Royce!
William James peut passer pour un représentant plus authentique de la vraie pensée américaine. Il a subi quelques influences étrangères ; il a exprimé des tendances qui, avec des nuances caractéristiques, se retrouvent à la même époque dans tous les pays à peu près. Mais c'est surtout dans sa puissante personnalité qu'il a trouvé le germe de ses doctrines philosophiques. Cette personnalité s'était formée d "abord par le culte de la science positive, de la jeune science américaine. Il avait enseigné à Harvard la
4) William James, The Varleties of Religious Expérience. A Study in Human Nature, Londres, Longmans, 1902.
6 LE NE':0-RKALISME AMÉIIKAIN
jilivsiolof^ae. Il avait siirtoui donné ;i la )).syrhologie une impulsion dont elle se ressentira lonj^'-tonii)S. C'est bien la |i('nsée américaine qui, en lui, jjrenait conscience d'ellemême. Et cela explique son succès. Dés qu'il eut lancé les idées maîtresses de son j)ragmatisme, il recueillit d'enthousiastes adliésions. 11 donnait corps à des idées qui étaient dans l'air, et, à la l)ar))e des vieux philosophes récalcitrants, il se vit ])ientot entouré de disciples et d'amis. Ceux mêmes doiii les convictions, quoique analogues aux siennes, s'étaient formées indépendamment, se réclamaient de lui ou se laissaient volontiers mettre à sa suite.
William James dirigea avec éclat ses critiques inqiitoyables contre l'idéalisme courant. Sans respect pour les vénérables théories de rAl)Solu, le génial psychologue atta- (piait les idées les plus chères aux philosophes transcendantaux. Tnité du monde, relations internes, vérité absolue, tout était mis en question. Pendant quelques années ce fut une fièvre do discussion, dont les revues du teiyps gardent la trace, surtout le Journal of Philosoph;/, PsychoJogij and Scicntific Methods. Hien des négations radicales, des f(»rmules outrées, ont été atténuées depuis. L'orage pragmatiste a ])assé, mais non sans avoir modifié ]trofondément l'atmosphère intellectuelle ; certaines doctrines, alors nouvelles, sont déjà devenues presijue traditionnelles, même chez les théoriciens <le l'Absolu. L'école pragmatisle a conqtiis sa place au soleil, et a remjdacé l'aïKMen idéalisme dans un bon nombre de chaires universitaires.
Au milieu de l'agitation et du renouveau de vie philosoî>hique j»rovo(|ués par ces discussions, se pro«luisit un phénomène (pic James considérait comme le plus étrange
l'évolution réaliste de la philosophie américaine 7
de tous ceux qui constituaient cette crise : - le réalisme naturel, honorablement enseveli depuis longtemps, relevait la tète au-dessus de l'herbe du tombeau ; dans les milieux les plus inattendus, il trouvait des- mains tendues pour l'aider à se relever » ^ ) .
Le succès de cette renaissance fut rapide. A peine commencée lorsque James la signalait, nous la voyons se répandre, non sans étonner les idéalistes. Quatre ans plus tard, l'un des réalistes, M. Pitkin, dépeignait avec humour la stupeur des philosophes traditionnels, au spectacle de la nouvelle « hérésie -^ qui se propage, telle une doctrine de magiciens spéculant sur l'ignorance du public naïf ^). Mais les idéalistes avaient d'autant plus de peine à se défendre que les réalistes s'associaient pour former, tels des politiciens de profession, un parti qui soutiendrait leurs idées. C'était la '• révolte organisée ?', et non sans succès '). Le nouveau réalisme, ou néo-réalisme — c'est le nom que prit le mouvement factieux — occupe maintenant en Amérique une position égale, sinon supérieure, à celle du pragmatisme. Quant à l'idéalisme, s'il se perpétue encore, ce n'est pas sans modifications; il est, en tout cas, franchement à l'arrière-plan .
D'accord avec le pragmatisme par sa tendance empirique, le réalisme le dépassait par une opposition systématique à l'épistémologie idéaliste. Parmi les doctrines transcendantalistes, le monisme avait été le but direct des attaques des pragmatistes. La théorie de la connaissance fut le point de
1) William James, A World of Pure Expérience. Article publié en 1904 dans le Journal of Philosophy, Psychology and Scientific Methods, et réimprimé dans Essays in Radical Empiricism, Londres, Longmans, 1912, p. 40
2) Cf. Walter Bouqhton Pitkin, World Pictures, dans Essays philosophical and psychological in honor of William James, New- York, Longmans, 1908, pp. 195-196, 229.
3)Cf. B. H. BoDE, Realistic Conceptions of Consciousness, Philosophical Review, XX (191 1), pp. 265-266.
mire des réalistes ; ils y cojicenirèrent leurs etïuris, avec un remarquahle esprit de suite, même avec une sorte de discipline et d'esprii de corps. Fin ce point aussi les jjragmatistes avaient j)rëparé la voie. L'application de leur méthode à l'épistémologie faisait prévoir des solutions fort différentes de la tradition universitaire. William James luimême ne s'était-il pas avisé de nier jusqu'à l'existence de la conscience ? N'avait-il i)as prétendu dépasser cette dualité mystérieuse ilu siijei et de ro})jet, qui était le point de déjtart de l'idéalisme al»solu? La conscience n'était qu'une relation entre des éléments qu'on n'avait aucune raison d'étudier par une méthode différente de celle des sciences objectives '). Cette idée fit fortune. Nous la retrouverons à la source de l'inspiration de plus d'un réaliste.
L'article de James avait à peine paru, que M. William Pepperrell Montague de Columbia Universitj en tirait argument en faveur du réalisme ^). M. Montague est le doyen du groupe néo-réaliste. Depuis près de vingt ans il est sur la brèche pour d<'fendre ses idées. Lorsque M. Royce prononçait l'oraison funèbre du réalisme et le déclarait décidément vieilli, il eut l'audace de protester par un courageux article où il ne craignait pas de montrer les défauts de l'argumentation du maître respecté de Harvard ^). Il se confinait encore dans une attitude négative. Ses sympathies semblaient aller à un réalisme fort traditionnel. Quelques années après, il trouvait dans un passage peu remarqué de Hume une confirmation inattendue de sa thèse "•). Polémiste actif, M. Montague se multiplia pour répondre à toutes les
DCf. Dors Consiioitsness exist? arlicle public en IP04 dans le /onrnal of Philosophy, PsycholoRy and Scicnfific Methods, et reproduit dans Essays in Radical Empiricism, p. 1-38.
2) Thf Relational Thcory of Conscioiisness and ils Rcalistic Implications, /oiirn. Phll. Ps. Se. M.. Il (1905), pp 309-316.
?) Profcssor Royce .^ Réfutation of Realism. Phil. Rev . XI (1901), pp. 43-55.
4) À Neglected Point in Humes Pliilosophy. Pfiil. Rev., XV (1905), pp. 30-39.
l'évolution réaliste de la philosophie américaine 9
attaques des idéalistes ; il eut la patience de rectifier les idées inexactes qu'on se faisait à peu près universellement de la doctrine réaliste. Il fut le premier à rejeter le réalisme bâtard de Locke et de Descartes, à affirmer sans ambages que l'objet pert;u est identique à l'objet réel, et n'en est pas un simple substitut mental '). Il aborda ensuite la partie constructive de son oeuvre, et exposa dès 1908 une théorie où la conscience est conçue comme une forme d'énergie "). On lui a reproché de n'être pas toujours constant dans ses affirmations, et d'avoir oscillé d'une manière fâcheuse dans sa doctrine de la conscience. Un critique le dit même un peu '• vieux jeu •* à coté de ses alliés plus récents ^). Cependant l'un des plus remuants parmi ces derniers a reconnu les loyaux services qu'il a rendus à la cause du réalisme dans les années de sa détresse ■*).
M. Montagne partait, en somme, du fait de la connaissance, et y rattachait une explication assez traditionnelle. Il critiquait les paralogismes et les arguments psychophysiologiques de l'idéalisme. Un autre ouvrier de la première heure mettait en évidence un aspect différent de la question, qui allait se développer et inspirer de nouveaux travailleurs. En 1904, au Congrès des Sciences et des Arts de l'Exposition de Saint- Louis, M. Frederick J. E. Woodbridge essayait de délimiter le domaine de la logique '^). II le séparait entièrement de celui de la psychologie et préco-
1) Cf. par exemple : Current Misconceptions of Realism, Journ. Phil. Ps. Se. M., IV (1907), pp. 100-105; Contemporary Realism and the Problem of Perception, ib., pp. 374-383.
2) Consciousness a Form of Energy, dans Essays philosoptiical and psycfiO' logical in Honor of William James, New-York, Longmans, 1908, pp. 103-134.
3) Cf. Morris Raphaël Cohe.n, The New Realism, Journ. PMI. Ps. Se. M., X (1913), p. 210.
4) Cf. E. B. HoLT, Response and Cognition, journ. Phil. Ps. Se. Af., XII (1915), p. 407.
5) The Field of Logic, dans : Congress of Arts and Science, Universal Exposition St-Louis, 1914. Wol. I, Boston, Houghton, Mifflin and C^ 1905, pp. 313-330.
nisait unp épisiémologie franchement ol)jeciivist.e. L'élude de la conscience no devait pas procéder d'affirmations a jnHoi'i, mais d'un examen des conditions d'apparition et d'exercice de ce pouvoir. Cette entité, mystérieuse pour l'idéalisme, devait se résoudre en un système do relations amenées par l'évolution du monde. l)ans d'autres communications encore, M. Woodbridge défendit cette notion d'une épistémologie logique et non métaphysique. S'il n'a pas produit d'œuvro d'ensemble, et s'il s'est trop souvent contenté de suggestions qu'on souhaiterait plus explicites, il a donné à la cause du réalisme l'appui d'une haute autorité professorale. Enfin, il a ouvert largement aux doctrines nouvelles les pages de son important recueil périodique, le Journal of Phiïosophy, Psychology and Scientific Mcfhods. Une étude critique sur la notion de conscience, telle est la i)remière contribution fournie à la polémique réaliste par le jeune professeur qui allait bientôt devenir le chef du groupement le plus important ^). Elève de William James, dont il gardera toujours le souvenir respectueusement sympathique, M. Ralph Barton Perry a publié une introduction à la philosophie des plus attrayantes ^). Dans un style clair, avec un tour personnel et vivant, un sens pédagogique affiné, il apprenait à ses élèves à prendre contact avec les grands problèmes philosophiques. Il a gardé de la fréquentation de James le goût des solutions empiriques, de l'exposition élégante, et la préoccupation des problèmes moraux et esthétiques. Son premier ouvrage était d'un professeur à l'esprit ouvert, désireux d'initier ses élèves à tous les problèmes et de les faire sympathiser largement avec toutes les tendances, pour découvrir l'unité d'esprit qui anime les recherches philosophiques. Mais bientôt il prend posi-
1) R. B. Pbrwv, Conceptions and Misconceptions of Consciousness, PsycholonicQl Rcvicw. XI (1904), pp. 282 29«i
2) The Apprpach ta Phiïosophy, New-York, Scrihtiet, 19i)5.
l'évolution réaliste de la philosophie américaine 11
tion. 11 adopte et perfectionne les idées de James sur la théorie de la conscience. 11 en déduit des conséquences nettement réalistes. Son rôle grandira. Lorsque les adeptes des nouvelles doctrines s'organiseront, c'est lui qui rédigera le manifeste commun. 11 s'y sera d'ailleurs préparé par une activité polémique et critique de plus en plus intense ^j.
Nous touchons ici au fait le plus curieux de l'histoire du mouvement néo-réaliste : la concentration méthodique de ses forces. Malgré les mérites des auteurs dont nous venons de parler, aucun ne représente le réalisme avec l'autorité qui permettait à AVilliam James d'incarner le pragmatisme. Mais la nouvelle tendance regagnait rapidement par le nombre de ses adhérents ce qui pouvait manquer à l'ascendant de ses guides. Son organisation unifiée est un phénomène peut-être unique, rare à coup sûr, dans l'histoire de la philosophie.
Une première manifestation collective fut, en 1908, la publication des Essays, philosophical and psychological, in honor of William James ^). Une quinzaine de professeurs de Columbia Universitv, voulant reconnaître les services rendus à la philosophie et à la psychologie par leur collègue de Harvard, étudiaient quelques-unes des questions principales de l'épistémologie et de la métaphysique. A côté du pragmatisme, le réalisme était largement représenté. Des noms nouveaux apparaissaient. M. George Sttiart Fullerton, qui avait publié en 1904 une métaphysique inspirée de Berkeley ^), s'était bientôt proclamé réaliste •*); ici, il lançait une espèce de manifeste du " nouveau réalisme " ^). Ce
1) De nombreux articles du Journal of Philosophy. Psychology and Scientific Methods. du Mind, du Monist. etc., repris en partie dans Présent Philosophical Tendencies, représentent cette polémique.
2) New-York, Longmans, 1908.
3) A System of Metaphysics, New- York, Macmillan, 1904.
4) An Introduction to Philosophv, New-York, Macmillan, 1906.
5) The New Realism, Essays in hon. of James, pp. 1-49.
n'est pas que ses conceptions fussent des plus claires. Ici, comme dans ses autres ouvrages, les formules élégantes, le charme de son style dissimulaient a peine un mélange équivoque de phénoménalisnie mal etfacé et de philosophie du sens commun. Mais il est symptomatique que ce professeur bien informé fasse de la renaissance du réalisme un des phénomènes caractéristiques de la pensée à l'heure présente ').
A côté de MM. Woodl)ridge et Montague, on voyait se grouper MM. Wendell T. Hush, Dickinson S. Miller, et Walter Houghton l'itkin. L'ensemble du volume, comme on l'a fait remarquer, reflétait cette préoccupation du nouveau, cette fermentation des idées que James avait signalées '^).
A la fin de la même année, la question fut agitée une première fois er professa dans une assemblée de V Atnerican Phi/osophical Association ^). Mais c'est surtout dans la reunion de lOOU, tenue à l'Université de Yale, que les débats furent vifs. Les princi[)aux thèmes de la polémique furent abordés : la doctrine des ^ relations extrinsèques ", la position " égo-centriquc « firent l'objet de communications de MM. Spaulding et Perry. M. Pitkin commença à tirer de la biologie des preuves contre l'idéalisme *).
L'événement le })lus remarquable fut la conclusion d'une alliance défensive et offensive entre six jeunes philosophes réalistes qui allaient porter ensemble le poids de la lutte et former un noyau de ralliement. C'est qu'en ces années de polémique le réalisme commeneait à prendre une forme précise. D'abord simple tendance non concertée, il va se
DCi.ib., pp. 3 8.
2) Cf. Compte rendu par H. A. Overstreet. Phil. Rev., XVIIl (1909). p. 204.
3) Cf. Compte rendu officiel. Phil. Rev., XVIlI (1009), pp. 182-186.
4) Cf. Compte rendu par Wai rrR B. PiTxr;. foiirn P/nl Ps Se Al , VII (lOlO). pp. :»8 44.
l'évolution réaliste de la philosophie américaine 13
constituer en une école bien délimitée. La lutte lui a fait prendre conscience de soi. Pour mieux se comprendre et s'entr'aider, ses principaux représentants constituent une sorte de syndicat intellectuel destiné à étudier et à répandre leurs doctrines '). Le chef du groupe est M. Ferry ; ses associés sont MM. Edwin B. Holt, également de Harvard, Walter T. Marvin de Rutgers Collège, W. F*. Montagne et Walter B. Pitkin, de Columbia, et enfin Edward Gleason Spaulding, de Princeton.
MM. Perry et Montagne nous sont déjà connus. M. Holt a débuté par des travaux de psychologie expérimentale ^). n va se révéler polémiste vigoureux, analyste ingénieux et penseur ami des vastes synthèses. Il aime les formules incisives, les exposés personnels. Ne reculant pas devant le paradoxe, il est peut-être la personnalité la plus frappante du nouveau groupe. S'il n'a pas l'élégance plus classique de M. Perry, il défend ses idées avec une conviction vigoureuse qui commande l'attention. Ses ouvrages, souvent discutables, sont pleins d'aperçus aussi séduisants qu'originaux. Il sera le premier à donner une vue d'ensemble de l'univers du point de vue réaliste et à aborder le prol)lème de l'erreur et de la conscience ^). M. Marvin s'est initié en Allemagne à la philosophie classique. H a publié sous la direction de Benno Erdmann une dissertation sur la valeur de notre connaissance du monde extérieur '^). Peu après, il a donné
1) Cf. WooDBRiDQE RiLEY, American Thought from Puritanism to Pragmatism, p. 342; The New Realism. New-York, Macmillan, 1912 p. 1.
2) Eye-Movements During Dizziness, Harvard Psychological Studies, vol. Il, Boston, 1906, pp 57-66; Vision During Dizziness, ib., pp. 67-73 ; Eye-Movement and Central Anaesttiesia, Harvard Psychological Studies, I (Psychological Review Monographs, IV), 1903, pp. 3-45.
3) The Place of Illusory Expérience in a Realistic World, dans New Realism, pp. 303-373 ; The Concept of Consciousness, Londres, Allen, 1914.
4) Die Giltigkeit unserer Erkenntnis der objektiven Welt, dans Abhandlungen zur Philosophie und ihrer Gescfiichte, Heft XI, publié par Benno Erdmann, Halle a. S., 1899.
14 LE m';o-kkalis.me amkkicajn
au public académique une introduciion à la philosophie '). Mais ensuite il mettra en formules claires et un peu agressives le proijramme nouveau ■'^) ot sera le premier à publier un manuel conçu d'après les principes réalistes ^). M. Pitkin a également passé pai' l'Allemagne. Plusieurs de ses premiers articles dans le Journal of PhUosoi)hy sont datés de Berlin ; ils manifestent déjà une tendance empiriste prononcée. Nous avons signalé la part qu'il a prise à la rédaction des Kssays in hono)- of William James. Dans la suite, il s'attachera surtout aux questions biologiques \). 8ont-ce ses relations avec un gi and journal de NeNv- York qui ont donné à sa plume une allure si lamilière et assez irrespectueuse pour ses adversaires ? Enfin, M. Spaulding a étudié, chez l>enno iM'dmann, le parallélisme psychophysique du point de vue énergétique, mais il n'a pas pu se rallier aux principes de son maître ^). IJientot il sera séduit par les promesses de la logique mathématique et il aimera à se réclamer de cette science. 11 essaiera de créer une philosophie rationnelle complète du monde et de la vie ^''). En 1910 le groupe publiait son programme, « sa plate-forme r^ selon les usages des campagnes électorales "). Il répudiait tout subjectivisme, tout idéalisme a priori, et faisait une profession de foi réaliste et empiriste; il annonçait le dessein de collaborer à la constitution d'une philo-
1) An Introduction ta systemutic P/iilosop/iy. Ntw Voik, Macmillan, 19U3.
2) The Emancipation of Metop/iysics froni Epistemology, dans A^fH- Realism, pp. 45-95.
3) A First Book in Metaphysics, New-Yoric, Macmillan, 1912.
4) Cf. Some Realistic Implications of Bioloffy, dans New Realism, pp. 377-467.
5) Beitrii/^'c ziir Kritil< des psycliophysiscfien Parallelisnius dans At^liand- Inn^en zur Pliilosopfiic und ilirer Gescliictite. de Benno Hromann. Heti .\IV, Halle a. S., 19(10. Voir la note du directeur de la collection, en tète du fascicule.
li) A Ih'Jrnce of Analysis, dans New Realism, pp. 155 247 : New Rationalism. New York, Henry Holt, 1918.
7) Ttic Prof^rom and First Platfoim of Six Realif'ts journ. Pfiil Ps. Se. M., Vil (I91U), pp. 393-4UI ; reproduit dans New Reaiism. pp. 471 48U
l'évolution réaliste de la l'HILOSOl'HIE AMERICAINE 15
Sophie scientifique, commune à tout le groupe, malgré certaines divergences individuelles ; enfin il espérait provoquer des adhésions, ou du moins des discussions précises et raisonnées.
Pendant les années suivantes en effet, l'ardeur de la discussion fut <à son comble. De toutes parts surgissaient des adeptes qui donnaient un assentiment plus ou moins complet aux idées nouvelles et des critiques qui les contestaient. La question fut encore traitée dans les Congrès '). Le conriit du réalisme et de l'idéalisme, et bientôt du pragmatisme, était à l'ordre du jour. La discussion fut l)ientôt alimentée par des publications plus importantes que ces articles de revue qui servaient plut(")t à stimuler la curiosité qu'à la satisfaire. En 1912 M. Perrj, dans ses P7'esent Philosophical Tendencics ^), comparait les grands courants philosophiques contemporains et montrait dans le réalisme le terme des aspirations de la science et de la morale. L'essai collectif The Neiv Realùm ^), dont chaque signataire du programme avait composé un chapitre, fut le fruit le plus important, pour ne pas dire le seul, de la coopération annoncée. Enfin deux ans plus tard, M. Holt livrait au public The Concept of Consciousness '^), achevé dès 1908, qui était le premier effort de synthèse complète produit par un membre de la nouvelle école.
Les débats portèrent d'abord sur les preuves du réalisme et sur la valeur de la réfutation de l'idéalisme et du pragmatisme. La théorie réaliste de la perception et de la
DVoir les comptes rendus des réunions i^V American Philosophical Association et de la Western Philosophical Association, dans /oiirn. Phil. Ps. Se. M., VIll (1911), pp. 9M03; iX (1912), pp. 101-110 ; X (1913), pp. 319-326 ; XI (1914), pp. 341-345.
2) New-York, Longmans, 1912 Une partie notable de cet ouvrage avait paru sous forme d'articles dans diverses revues.
3) New-York, Macmillan, 1912.
4) Londres, Allen, 1914.
If* LE NKO-RKALISME AMKKICAIN
conscience fut ensuite mise en cause; ou plutôt l'on critiqua les essais de solution, plus ou moins divergents, des novateurs ; dans cet ordre d'idées, la nature et l'explication des erreurs, des illusions et des qualités sensibles secondaires retinrent surtout l'attention. Des notabilités comme M. John Dewey prirent part à la polémique •). Le fin critique qu'est M. Arthur O. Lovejoy ne ménagea pas ses interventions -). De tout ce mouvemei]t il résulta que l'école réaliste se trouva rangée devant le public philosophique sur le même pied que ses rivales, naguère si hautaines. Ses idées s'inliltraient, modifiaient la position des problèmes, comme les idées pragmatistes avaient tait auparavant.
Les auteurs du programme semblent avoir profité de l'accalmie pour élaborer des travaux de nature plus positive. Ils ont quelque peu délaissé les discussions épistémologiques, stériles à leur avis, poui" les questions vitales de la morale. Le problème des valeurs humaines a captivé ces esprits scientifiques ; ils ne s'étaient d'ailleurs jamais défendus de s'en préoccuper. Le souci des conclusions religieuses et morales est visible chez M. Perry, par exemple, même lorsqu'il se retranche derrière le désintéressement scientifique. M. lloli a publié en 1916 un essai de morale basé sur la psychologie scientifique ^). M. Spaulding a énoncé ses vues sur l'ensemble de la
1) Voir, p;ir exemple, Tlic Short Cut to Rcatism cxaîuined, Journ. P/iil. Ps. Se. M.. VII (1910), pp. 553-557; Brief Studies in Realism, ib.. VIII (1911). pp. 393 400, 546-554 ; ces articles provoauèrent dans la même revue, une polémique avec M. Spaulding et M. Me Gilvary.
2) Voir -^ Présent Philosophical Tendencies^, Journ. P/iil. Ps. Se. M , IX (UM2), p. 627 040. 073084: On some Noveltics of t/ie New Rralism. ib.. X (1913), pp. 29-43; Si'condury Qualitics and Subjcettvity. it^., pp. 214-218; Reulism versus Epistcmolof^ical Monism, il)., pp. 5»il-572. — Tous les travaux au.xquels nous faisons allusion dans le présent chapitre seront utilisés et cités plus abondamment dans la suite.
3) Tbe Freudian W'isfi. New York, 1910,
l'évolution réaliste de la philosophie américaine 17
philosophie dans un volume imposant '). Faut-il rappeler les événements qui forcèrent les philosophes les plus sereins à quitter leurs discussions techniques pour la lutte des idées directrices du monde social ? Le conflit d'idéals qui a ébranlé le monde a inspiré le dernier ouvrage de M. Perry ^). Peut-être cette commotion mondiale orientera-t-elle les discussions philosophiques vers des préoccupations nouvelles ^).
Il est temps, maintenant, de jeter un coup d'œil sur l'ensemble de l'école réaliste, telle que les discussions épistémologiques l'ont organisée durant les dernières années. Au centre se détachent les signataires du programme. Ils se caractérisent par le désir d'éliminer aussi complètement que possible tout élément subjectif, toute notion d'un sujet irréductible au monde objectif.
M. Woodbridge est celui qui est le plus près de leurs doctrines. Sa théorie de la conscience considérée comme un système de relations, les a d'ailleurs en partie inspirés. M. W. T. Bush semble partager ses convictions.
Des critiques, comme M. Morris Raphaël Cohen, sans se rallier entièrement au programme réaliste, en ont loué et soutenu les auteurs ''). Un philosophe remarquable, que nous n'avons pas encore eu l'occasion de citer, M. Evander BradleyMcGilvary, professeur à l'Université de Wisconsin, les a encouragés. Sans partager toutes leurs opinions, il
1) The New Rationalism, New-York, Henry Holt, 1918.
2) The Présent Conflict of kieals, New- York, Longmans, 1917. Voir aussi Spaulding, op. cit., p. VI.
3) La publication par Dewey et ses collaborateurs du volume intitulé Creative Intelligence, New- York, Henry Holt, 1917, représente un effort partiel dans ce sens. M. H. B Alexander, à la réunion de ï American Philosophical Association qui suivit l'armistice, exprima l'espoir de voir les philosophes s'occuper davantage du monde réel et actuel, mais d'autres membres jugèrent an contraire que, la tourmente passée, il fallait revenir à la discussion des problèmes classiques.
A) C\. <^ The New Réalisme, Journ. Phil. Ps. Se. VM., X (1913), pp. 197 214, et sa polémique, dans la même revue, au sujet des qualités secondaires.
défendait aussi depuis 1907 un réalisme franc et indépendant ')• ^^- FuUerton a continué à évoluer dans le sens du réalisme du progrnnime, et il aime à se proclamer en communauté d'idées avec M. I-'errv et ses collaborateurs ^).
C'est surtout chez les psychologues que les tendances réalistes ont trouvé du succès. La psychologie ~ objective »» fait de grands progrès en Amérique, surtout sous la forme de psychologie du comportement (behacior) ; elle ne pouvait guère s'accommoder d'une philosophie idéaliste. De même la tendance - fonctionnelle ^ hal>iiuait les esprits à se désintéresser du ])roblème statique des relations entre le sujet et l'objet. C'est ainsi que MM. Edgar A. Singer Jr. ^) et Roy Wood Sellars ^), par exemple, ont été amenés à défendre des théories originales, d'inspiration réaliste ; ces auteurs ont gardé toutefois leur indépendance entière vis-à-vis de la nouvelle école philosophique. L'intluence des idées récentes se remarque encore en ce qu'elles pénètrent des travaux isolés d'écrivains qui, ne se réclamant d'aucune école, adoptent comme naturellement des points de vue objecLivistes -').
Enfin, par un curieux retour, {)lusieurs philosophes se sont prononcés dernièrement en faveur d'un réalisme dua-
1) Nomtireux arlicles, depuis Prolegomena ta a Tentative Reatism, Journ. Pfiil. Ps Se. M-, IV (!9(I7), pp 449-458; voir, entre autres, son compte rendu de The New Realism, Phil. Rev , XXII (1913), pp 57-65.
2) Voir son dernier ouviage : The World we live in, New-York, Macmillan, 1912, pp. Vlll-IX.
2)Mindas an Observable Object. Journ. Phil. Ps.Sc.M.. VI il (1911), pp. 180- 186, et articles complémentaires dans le volume IX de cette mî-me revue ; The Puise 0/ Life. ib.. XI (1914), pp 645 655: On SensiNlity, ib.. XIV (1917). pp. 337-35U.
4) Divers articles liaws Journ. Phil. Ps. Se M et Psychol. Rev., et son livre : Critical Reali-sm. CtiicaKo, Rand, Me Nally and C". s. d. (1915).
5) Voir, par exemple, M. 1". Me Clurk, An Orientation in the St ud y of Perception, Journ. Phil. Ps. Se. M., XI (1914), pp. 5 16 ; Isaac Aaronson, Perception, ib., pp. 37-46,
l'évolution réaliste de la philosophie américaine 19
liste, plus ou moins conforme aux convictions du sens commun. MM. James Bisselt Pratt '), A. K. Rogers '), Durant Drake ^) ont fait des déclarations non équivoques dans ce sens "*).
Si le réalisme américain est un des partis dominants dans la philosophie du nouveau monde, il n'est pas encore assez connu et apprécié dans l'ancien continent. La communication fort modeste de M. Fullerton au Congrès international de philosophie à Heidelberg, en 1908, passa à peu près inaperçue ■'). Le public de langue française n'a guère remarqué la nouvelle école, sur laquelle il n'existe aucun travail d'ensemble ^). En Allemagne, malgré la vitalité
1) The Confessions of an Old Realist, fourn. PMI. Ps. Se. M., XIU (1916), pp. 687-693 ; A Defence of Dmlistic Realism, ib., XIV (1917), pp. 253-261.
2) A Statement of Epistemological Diialism, Journ. Phil. Ps. Se. M , Xlll (1916), pp. 169-181.
3) The Inadequacy of -^ Naiural * Realism, fourn. Phil. Ps. Se. M., VIII (1911), pp. 365-372 ; What Kind of Realism ? ib., IX (1912), pp. 149-154 ; A Culdesac for Realism, ib.,XW (\9\7), pp. 365-373; Where do perceived Objeets exist? Mind, N. S. XXIV (1915), pp. 29-36.
4) On a parfois cité M. Norman Kemp Smith, de Princeton, parmi les néoréalistes. En réalité, il se réclame en même temps de Kant et de Bergson ; il qualifie sa théorie, encore peu élaborée, de réaliste, phénoménaliste et individualiste à la fois. Cf. Subjectivism and Realism in Modem Philosophy, Phil. Rev., XVII (1908), pp. 138-148; The Problem of Knowledge, fourn. Phil. Ps. Se. M., IX (1912), pp. 113-128
5) A Proposed Reconciliation of Idealism and Realism, dans Berieht iiber den m. internationalen Kongress fur Philosophie, Heidelberg, Cari Winter, 1909, pp. 384 391. Cf. Compte rendu de la Revue de Métaphysique et de Morale, XVI (1908), pp. 960-961.
6) La Revue de Métaphysique et de Morale a signalé quelques publications réalistes, comme les Essays in Honor of William famés (supplément de septembre 1908, p. 11-13) et les articles de revues (voir les suppléments). En 1908, M. Frank Thilly a parlé des débuts du mouvement dans la même revue {La Philosophie américaine contemporaine, Rev. Met. Mor., XVI (1908), p. 619- 624). On est étonné de voir dans cette étude M. A. E. Taylor cité parmi le»
20 LK NKO-RKALIS.ME A.MKRICAIN
d'un mouvement réaliste représenté par M. Kiilpe, entre autres, les discussions américaines n'oni })as attiré davantage l'atiention. L'inditlerence voulue des savants allemands pour la production scientifique étrangère est sans doute la cause principale de cet oul»li '),
On s'attendrait à voir le néo-réalisme américain plus connu et plus ai)précié en Angleterre, où plusieurs philosophes, comme MM. Bertrand Russell, E. G. Moore, Percy Nunn et d'autres, ont pris la mênie enseigne et défendent des doctrines analogues. Il n'en est rien cependant. Les néo-réalistes américains ont sans doute trop répété qu'ils étaient en accord complet avec M. Russell pour ([u'on soujv çonnât leur réelle originalité. Nous aurons l'occasion de montrer ultérieurement les divergences importantes qui séparent l'école réaliste américaine de l'école anglaise. D'ailleurs l'idéalisme néo-hégélien possède encore un trop grand prestige dans les milieux universitaires de Grande- Bretagne pour qu'on attache beaucoup d'importance à ses récents adversaires. Enfin, l'ancienne mère-patrie regarde encore avec trop de dédain les cousins d'Outre-Atlantique pour accepter les enseignements philosophiques qu'ils pourraient lui donnci". A vrai dire, les goûts littéraires des hommes élevés dans les Iradiiions d'élégance d'Oxford et
réalistes, ainsi que de trouver, dans les supplémenis. M. Montague rattaché à l'Ecole de Chicago. — Les informations les plus étendues et rigoureusement exactes, parmi les périodiques de langue française, sont celles de la Revue des Sciences philosophiques et théoloi;ii)ues ; voir les Bulletins de Métaphysique, depuis 19U7.
1) M. GiiNTHERjACOBv a publié quatre articles : Die « Neue W'irklichkeitslehre * in der amerikanischcn Philosophie. Internationale Monatsschri/t fiir W'issenschajt, Kunst und Technik. VIII (1913). col. 45-7U, 317-338, 865-894, 109711 18. L'auteur commence cette étude bien informée — la seule, à peu prés, sur ce sujet en Allemagne — en regrettant l'incompréhension de la plupart des philosophes allemands pour le pragmatisme ; l'exécution sommaire de cette doctrine dans ces milieux, dit-il, ne s'accorde ^'uérc avec la « Oriindiichkeit » nationale. Cf. /. c, col. 4t)-47.
l'évolution réaliste de la philosophie américaine 21
de Cambridge doivent être heurtés i)ar les procédés violents, la langue rude et incolore de la plupart des philosophes américains. William James se plaignait déjà amèrement du langage trop technique de ses jeunes compatriotes. L'éducation allemande, disait-il, en avait fait des spécialistes revêches, des docteurs au front chauve, au cœur desséché. Leur jargon était entièrement inintelligible pour ceux qui n'avaient pas subi la même déformation ^). M. Santayana renchérit encore : son impuissance à comprendre la nouvelle philosophie américaine, dit-il, a pesé sur lui, des années durant. La raison principale de cette incapacité, c'est que cette nouvelle philosophie est embarrassée par la confusion de la pensée, les assertions vagues, les traditions mal assimilées, le langage baroque, les mots détournés de leur usage normal. Jamais il n'y eut un groupe de penseurs aussi déformés et aussi mal éduqués ; la sophistique grecque était perverse, mais elle était artistique ; le langage de la scolastique médiévale était barbare, mais il était clair "). Le caractère polémique et le ton acerbe de certaines discussions, surtout dans les premiers temps, ne doivent guère tenter ceux qui voudraient se mettre au courant de la question ^).
On comprendra donc aisément les difficultés de notre tâche. Il n'est pas facile d'exposer des idées dont l'évolution n'est pas achevée, et qui se sont développées un peu au hasard des polémiques. Cependant, à l'heure présente, les
1) William jAiMES, A Pluralistic Universe, Londres, Longmans, 1909, p. 16-17; G. Papini and the pragmatist movement in Italy, /ourn. Pfiil. Ps. Se M., III (1906), p. 337-338 ; A Reply to Mr. Pitkin, ib., IV (1907j, p 105 (reproduit dans Essays in Radical Empiricism, p. 242).
2) Cf. Tlie Corning Philosophy, /ourn. Phil. Ps. Se. Af., XI(1914), p. 449.
3) Dans les dernières années, le néo-réalisme anglo-américain a été remarqué par quelques écrivains italiens. Voir Umberto A. Padovani, // neo-realismo anglo-amer icano, Rivista di filosofia neo-scolastica, VIII (1916), pp. 186-197, qui résume les travaux de MM. Aliotta et Chiappelli.
grandes lignes paraissent suffisamment fixées ])Our qu'on puisse essayer d'en tracer une esquisse. Le mouvement réaliste, comme toute réaction, devait commencer par être polémique 'j. Pour en rendre fidèlement l'image et faire saisir le développement de ses motifs, il sera utile de décrire d'abord l'opposition du néo-réalisme à l'idéalisme et ses rapports avec le pragmatisme. Ainsi ses caractères généraux se manifesteront sur le vif. Il nous sera facile d'exposer ensuite son programme, dont nous montrerons les réalisations. Quelles solutions les néo-réalistes ont-ils données aux prol)lèmes de la conscience, de la perception, de la vérité et de l'erreur ? Quels sont les principes de leur philosophie des valeurs? Comment celle-ci se rattache-t-elle à leur thème général ^ Nous pourrons enfin rechercher les origines de ces idées, les comparer aux tendances analogues de la philosophie contemporaine, et motiver notre attitude générale vis-à-vis du néo-réalisme américain. j.
1) Cf. New Realism, p. 1.