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session de l'Etat, soit que leurs promoteurs soient poussés par des haines, soit qu'ils recherchent des profits matériels, soil qu'ils aient seulement lambition d'imposer leur volonié. Si habiles que puissent être les organisateurs d'un parti, ils ne sauraient jamais grouper qu’un très faible étatmajor, qui est chargé d'agir sur des masses mécontentes, pleines d’espoirs lointains et disposés à faire des sacrifices immédiats » (1). « Plus les masses deviennent difficiles à duper, plus il faut, pour en triompher quand même, des machines électorales, donc des fonctionnaires. Or, ces fonclionnaires constituent une classe d’intellectuels séparée du prolétariat. » (2). Ici, la peinture tourne à la photographie. M. Sorel nous dit que l'Etat est un groupe d'intellectuels. Qu'est-ce donc qu'un intellectuel? Nous touchons ici à une question capitale qu'il convient d'examiner de près, car si, d'une part, les gouvernants sont, nécessairement, des intellectuels, et si, d'autre part, les intellectuels ne peuvent pas, de par leur nature, être socialistes, on voit déjà que les hommes détenant le pouvoir politique ne sauraient faire œuvre socialiste. | :
Les Intellectuels sont des hommes « qui font profession de penser et qui en tirent profit» (3), dit Lagardelle. M. Sorel en donne une définition plus précise et plus extensive à la fois: « ce sont ceux qui pensent pour le prolétariat ». Ces intellectuels, groupés aulour d’occupations qui ont, au fond, même nature, ne forment cependant pas une classe. Une classe, continue M. Lagardelle « c’est une catégorie d'hommes placés dans le même plan économique et unis par des intérêts matériels et moraux homogènes » (4). A ce point de vue, il y a une classe de capitalistes, de prolétaires, de propriétaires. fonciers, mais pas d’intellectuels,
(1) Décomposition du Marxisme, p. 25.
(2) Ibid "p.27.
(3) H. Lagardelle. Mouvement Socialiste, février 1907, p. 110. (4) H. Lagardelle. Ibid., p. 112.
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parce que ceux-ci n'existent que pour une classe où ils s'incorporent el, de cette classe, ils sont « les représentants idéologiques ».
Ce n’est pas tout. Un rôle très considérable en politique, a élé joué, depuis de longs siècles, par les intellectuels, par les moines de l'Eglise médievale, par les légistes de la Royauté, par les Juristes de la Révolution. Cicéron, observe M. Lagardelle, fut le premier grand intellectuel politique.
Comment en serait-il autrement? La bourgeoisie fait appel aux intellectuels pour gouverner avec l'autorité et le prestige que leur confère le savoir, aimant mieux s’occuper elle-même de ses intérêts financiers. Les intellectuels, pourrait-on dire, sont les mandataires politiques des capitalistes. Le bourgeois leur abandonne certains profits et permet que les honneurs s'élèvent vers eux, afin que s’y élèvent aussi, lorsqu'elles se produisent, les protestations, les menaces et les vengeances de la foule. L'existence d'un d'Etat en régime capitaliste amène nécessairement la création des intellectuels. On va le comprendre.
Ces derniers ne sont, en général, ni des savants, ni des penseurs originaux. Ceux qui cherchent à créer des pensées ont besoin de silence, et de solitude, Mais ceux, au contraire, qui considérant la science qu’on leur a donnée comme une valeur sociale et une denrée utile, veulent selivrer à son exploitation et la faire fructifier, ont besoin, si j'ose ainsi parler, du marché mondain et politique où honneurs et pouvoirs représentent les prix. Ils constituent à proprement parler, les intellectuels. Ce sont simplement des hommes instruits. \
La conséquence de leur nature, c'est qu'une fois au pouvoir, ils gouvernent de la même manière que leurs prédécesseurs, puisqu'ils sont des intellectuels comme eux. Ceux même qui ont fait de opposition, n'inaugurent rien lorsqu'ils sont devenus les maîtres ; l'opposition n'étant qu'un moyen habile pour exploiter le mécontentement constant des gouvernés et des subalternes. Ils gouvernent par des
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maxines tout à fait opposées à celles qu'ils professaient auparavant: « Cela s’est vu en Chine et ailleurs », remarque M. Anatole France avec la plus impartiale ironie et il ajoute :
Les mêmes nécessités auxquelles étaient soumis leurs prédécesseurs. les conduisent. Et ils n'apportent de nouveau que leur inexpérience », ce qui fait penser + qu'un gouvernement nouveau sera plus importun que celui quil remplacera, sans être beaucoup différent. ». (1).
Les intellectuels ne seront pas des innovateurs, et dans notre démocratie, moins que partout ailleurs, parce qu’issus en général de paysans, d'ouvriers ou de minuscules bourgeois, ils bénissent le régime qui leur a permis de s'élever, de sortir de leur classe, pour se hisser jusqu à une autre. Dès lors, ils maintiennent les barrières des classes et, ce qui prouve qu'ils se sont bien incorporés à la bourgeoisie, cest quils regardent la propriété, observe M. Sorel, non pas comme un moyen de production, mais comme un titre de possession (2).
L'Etat est aux mains des Intellectuels, et les Intellectuels ne peuvent pas être révolutionnaires. J’ai résumé à ce sujet les arguments de M. Sorel et je les ai complétés. mais je voudrais en fournir un que notre auteur ne donne pas, qu'il a indirectement soupçonné et qui est, à mon sens, un des meilleurs.
Le jeune homme qui reçoit aujourd'hui de l'instruction, apprend que le savoir conféra toujours à ceux qui le détenaient une supériorité, que l'élite intellectuelle, par sa force intrinsèque, fraya de tous temps avec la minorité aristo- cratique et ploutocratique à laquelle elle s'imposa comme directrice, et qu'ainsi, elle vécut entourée de luxe et de superflu, en face de la misère et de l'inélégance. De là, chez ce jeune homme, une conception esthétique de la vie toute particulière que M. Sorel a peut-être soupçonnée, lorsqu'il
(1) A. France, op. cit. p. 77.
(2) La décomposition du marxisme, p. 29.