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lution au sens de transformation subite des institutions fondamentales de la société économique est antiscientifique au premier chef, elle est en opposition avec la loi de continuité qui s’observe dans l’histoire comme dans la nature, elle est contraire aux données des sciences naturelles qui nous enscignent que la nature ne fait pas de bonds. » (1. Tout en refusant, continue cet auteur, de transporter dans Fordre social, les lois de la nature physique, telles que la loi de la concurrence vitale ou la loi de la continuité, on accepte volontier le concours des sciences naturelles, quand elles fournissent l'exemple de changements de forme soudains, comme la naissance. » (2). Il me semble bien que c’est Kautsky qui est visé ici (3). Et M. Bourguin observe que les socialistes eux-mêmes reconnaissent que ces révolutions sont le dernier point d’une lente évolution. La naissance, événement brusque, succède à la lente gestation du fœtus. Cet auteur triomphe sans pitié. Il s’écrie: transformation radicale sans doute, mais progressive: « La thèse révolutionnaire, ainsi entendue, se ramène manifestement à une thèse évolutionniste » (4).
Rappelons ce que dit Kautsky. D’après lui, le marxisme distingue en effet entre la lente évolution économique et le bouleversement subit de la superstructure économique et sociale. Le disciple de Marx, après avoir invoqué les expériences de Hugo de Vries, déclare que les organes de la société se développent lentement, ce pendant que les fonctions peuvent changer tout d’un coup. Ainsi, dit-il, les chemins de fer font des progrès lents, mais subitement, ils peuvent devenir propriété collective et n'être plus celle de quelques capitalistes (5). Il en résulte donc que l’évolution des
(1) Bourguin, op. cit. p. 314.
(2) Ibid. p. 315.
(3) Kautsky. Réformes sociales et Révolution Sociale. Mouvement Socialiste, septembre 1902,
(4) Bourguin. Op. cit. p. 316.
(5) Kautsky. Loc, cit., p. 1545 et suiv.
organes n'empêche nullement la révolution des fonctions. Il déclare toutefois que, dans lantiquité et au moyenâge, la lenteur de lévolution économique formait le principal obstacle aux efforts révolutionnaires { 1). Ceci veut dire que la révolution n'est possible qu'à un certain stade de l’évolution. Marx et Sorel sont de cet avis. [ls croient que la révolution ne doit intervenir qu'à un moment de grande prospérité économique. Mais admettons que M. Bourguin ait raison contre Kautskv, il a tort certainement contre Marx et M. Sorel. Les arguments tirés, en effet, des sciences naturelles contre le principe révolutionnaire sont sans valeur. Les marxistes, Engels notamment, ont bien déclaré que la société avait ses lois propres (2) et qu’elle ne pouvait pas être assimilée à un organisme. C’est là un point qui doit être considéré comme acquis (3). Au reste, au point de vue
(1) Kautsky, loc. cit., p. 1642.
(2) Engels. Ëre Nouvelle, avril 1894, p. 456.
(3) Il ne m'a pas paru utile de discuter dans le texte de ce travail les objections-que l’on adresse au-principe révolutionnaire en se basant sur les lois des sciences naturelles. L’assimilation, en effet, d’une société à un organisme, qu'on a faite souvent, est arbitraire : « On a trouvé commode, dit M. Sorel, d'employer, très fréquemment, des formules dans lesquelles les organisations humaines sont assimilées à des organes d'ordre supérieur; les sociologues ont tiré d'énormes avantages de cette manière de parler, qui leur permettaient de faire croire qu'ils possédaient une science très sérieuse, basée sur la sociologie » qui a fait au XIXe siècle d'immenses progrès (Réflexions sur la violence, p. 392).
On trouvera une claire et bonne réfutation de ces assimilations dans un artiele de M. Faguet : La Démocratie devant la Science (Revue Latine, 25 mars 1906) et dans un autre article du même auteur: Organisme et Société (Propos Littéraires, I, p. 277).
D'ailleurs, il serait sage de ne pas invoquer les sciences naturelles à l'appui du principe révolutionnaire contre le principe révolutionniste et vice-versa, car suivant un bon juge, M. Bergson, on trouve encore dans les sciences naturelles les deux espèces de variations, lentes et brusques et « chacune d'elles doit correspondre à un certain point de vue sur le processus d'évolution. Peutêtre faut-il d’ailleurs qu’une théorie se maintienne exclusivement à un point
de vue particulier pour qu'elle reste scientifique, c'est-à-dire pour qu'elle
LÉABIEE
logique, nous ne croyons pas, avec M. Bourguin, que les révolutionnaires, Kautsky, Marx, Sorel, soient de pseudo-évolulionnistes. On va le voir. Sans doute le socialisme doit falalement arriver. Il sera un moment dans le cours ininterrompu des choses, un stade de la civilisation. En ce sens, Marx et M. Sorel sont bien, si l’on veut, des évolutionnistes. Mais Marx, on s’en souvient, veut abréger la gestation et adoucir les maux de l’enfantement du monde nouveau. Pour opérer cette abréviation, M. Sorel, beaucoup plus que Marx, en indique les moyens: Il faut développer d’une manière intensive le machinisme et la technologie. Il faut forcer les capitalistes à être durs et égoïstes, ce qui les amènera à accuser leurs positions et à augmenter leurs richesses. Il faut enfin les combattre pour réveiller en eux l'esprit de lutte et de gain. Je ne veux pas savoir ici si là méthode préconiséc par M. Sorel est bonne et si les violences prolétariennes, au lieu de réveiller l'adversaire, n'auront pas pour
donne aux recherches de détail une direction précise ». L’'Evolution Créatrice, p: 92:
Je suis étonné que ceux qui invoquent les sciences naturelles n'aient pas opposé au principe révolutionnaire les conclusions qu'on peut tirer du livre du Dr Quinton « L'eau de mer, milieu organique » dont M. J. de Gaultier a donné un bon exposé dans « La Dépendance de la Morale et l'Indépendance des Mœurs », p. 197-271. Mereure éd. 1907.
Aux termes de la loi de constance générale, thèse du Dr Quinton, il résulte qu'il y a un équilibre constant entre les conditions de tout ordre de la cellule initiale et les conditions postérieures, c'est-à-dire que la cellule initiale tend à maintenir ses conditions d’origine, À mesure par exemple que le globe va se refroidissant, l’homme, par le vêtement et l’utilisation de la chaleur et les animaux par le plumage, s'efforcent de conserver à leur corps la température primitive.
Passant au domaine social, on pourrait dire que les institutions capitalistes qui ont rompu l'équilibre primitif rencontreront dans la société une résistance victorieuse sans doute, mais lente, comme celles dont nous parle le D Quinton.
Encore un coup, l'argument ne serait pas définitif. Il y a des variations lentes et brusques et d’ailleurs, comme le dit Engels, la vie sociale a ses lois par-
ticulières,
to
résultal de l’intimider et de le porter aux concessions, ce qui, nous Pavons vu, est le plus grave obstacle à la réalisalion du socialisme.
Ce qu'il-importe ‘de. retenir, c'est que c’est faire une révolution que d'avancer lavènement d’un fait par un effort de volonté. Non seulement le socialisme arrivera, conformément à l’évolution, mais il arrivera plus tôt et dans de bonnes condilions de succès — grâce à la révolution. La révolution ne porle pas, comme le croient Kautsky et M. Bourguin, sur le fait de l'avènement du socialisme, mais sur le fait de hâter cet avènement, en précipitant l’évolution de la vie capitaliste elle-même, par la cruauté et l’égoisme qu’on impose à celle-ci, et qui lui donne la forme hypertrophiée, antérieure à la décomposition soudaine.
Ces précisions étaient indispensables pour comprendre ce que M. Sorel écrit en faveur de la méthode révolutionnaire. Que dit-il à ce sujet ?
« Dans une société où tout est arrangé d’une manière à peu près stable, on peut dire que le mode de production constitue la base de toute la vie et considérer l'échange: comme une dépendance de la production ; mais quand on étudie les changements, les choses se présentent autrement et c’est là partic la plus basse qui sera ébranlée, sans doute, la derfiére.» (D
L'histoire économique du second Empire, que M. Sorel résume fort bien (2), l'analyse des trusts, des cartels et des comploirs de vente, démontrent que la concentration commerciale est indépendante de la concentration industrielle et prouvent en outre, que la production constitue « un organisme vivant » et qu’elle est d’une autre nature que léchange qui est « l'appareil mécanique » de la production. Entre la production et l’échange « il y a une opposition de natures qui se manifeste dès que l’on aborde la question des
(1) Introduction à l'Economie moderne, p. 133. (2) Ibid. p. 135.
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