‹ Le Néo-Syndicalisme et Le Mythe de La Grève GénéraleChapitre 24 sur 29 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Critique de’ la conception mythique et du principe révolutionnaire.

Jusqu'ici, .nous avons présenté l’exposé de la théorie du : mythe de la Grève générale, et nous avons indiqué ses idées génératrices. Nous nous proposons, dans les pages qui vont suivre, de faire la critique non seulement de la conception mythique, mais encore du principe révolutionnaire lui-même.

$ I. LE MYTHE DE LA GRÈVE GÉNÉRALE. — Mais d’abord quelle est donc l'originalité de cette doctrine du mythe social? M. Henri Massis prétend que ce sont Marx et Engels qui l'ont suggérée (1). Je ne partage pas cette opinion, et, par toul ce que nous avons déjà dit des idées génératrices. de la théorie mythique, il est aisé de se rendre compte que si Marx el Engels ont soupçonné cette théorie, ce ne fut que d'une manière obscure qui exaspéra la curiosité divinatoire de leurs lecteurs et qui, en ce sens, mais en ce sens seulement, a pu éveiller la doctrine sorellienne. C’est d'ailleurs du jour où M. Sorel a découvert sa théorie à la lumière des circonstances que nous avons relatées, qu'il a parfaitement compris

() H. Massis, Mercure de France, 16 février 1910, p. 617.

ho —

le sens des pages où Marx et Engels parlaient de la catastrophe finale.

Cependant, comme on sait que M. Sorel s’est beaucoup, occupé d'histoire religieuse, et qu’il connaît bien l’exégèse altemande, il serait peut-être curieux de se demander sil n’a rien puisé dans les livres allemands qui font appel aux mythes pour l'explication des religions.

Dans ses « Religions de l'Antiquité », Frédéric Creuzer a consacré un chapitre intéressant aux symboles et aux mythes. On nous pardonnera d’en citer quelques extraits un peu longs. « Leur propre et commun caractère {de tous les symboles), écrit Creuzer, est de rassembler sous un seul point de vue, d'exprimer en un seul mot: plusieurs propriétés d’un imême objet, de telle sorte qu'elles se produisent instantanément et à la fois, et que l’âme les saisisse comme elle les conçoit, par une intuition soudaine, et en quelque sorte d’un coup d'œil. C’est le plus court chemin pour arriver à elle, bien différent de cette autre route aussi longue que pénible que suit l'intelligence, quand, pour se former une idée; elle en rassemble un à un les divers éléments. el que, pour Pexprimer, elle les distingue et les sépare de nou veau, allant d’abord de l'analyse à la synthèse, puis revenant par le discours de la synthèse à l'analyse. ».

Est-il possible de mieux indiquer le caractère global et intuitif du symbole et du mythe, auquel Creuzer attribue les caractères du symbole.

« Son trait le plus distinctif, continue Creuzer, est le vague même... En lui repose une grande idée qui échappe et s’évanouit aux regards, dès qu’on veut la saisir... Ce sens profond qui existe si vivement dans notre âme, n'a pas d'autre cause, en effet, que l’opposition même et, si on peut le dire, l'immense disproportion de l'Etre et de la forme, de l’idée et de son expression. De là le pouvoir du symbole, si bien connu des anciens, pour tirer les hommes des habitudes de la vie commune et les élever à de hautes pensées...

» Cette propriété remarquable du symbole se lie à une au-

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tre, une concision rapide... Mais cette concision (doit être) pleine de sens ; le grand et le sublime sont seuls dignes de la forme symbolique. Il lui faut de ces pensées mystérieuses et terribles qui s'emparent de homme tout entier et s’attaquent au, secret même de son existence, de ces sentimenis profonds ou déchirants qui remuent fortement nos âmes ; de ces graves situations où s’agitent les questions capitales de la vie. »

Disproportion entre la réalité et notre idéal moral, force motrice du symbole, puisée dans celte disproportion, nécessite d’un côté, du grand et du sublime, et d’un autre côté, des sentiments profonds et des circonstances graves pour garnir et encadrer le symbole, toute la théorie mythique de M. Sorel est là.

ET voici maintenant, déjà indiquée par Creuzer, la différence qu'établit M. Sorel entre le mythe et l'utopie, ou, comme dit l’auteur allemand, entre le symbole et lallégorie.

L’allégorie n'a rien d’instantané ni de soudain ; on la voit, puis l’on y cherche un sens caché ; le symbole au contraire ne demande qu'un coup d'œil pour que l’idée qu'il représente nous saisisse sur le champ et s'empare de toutes les forces de notre âme. Ici, c’est un tout que révèle un moment : à nous parcourons une suite d’instants qui se succèdent entre eux. ». |

Pouvait-on dire plus exactement que le mythe constitue un groupe d'images s'évoquant en bloc, et rentrant dans le domaine de lintuitif et du continu, tandis que l'utopie est une série d'images rentrant dans le domaine du disconüinu et du rationalisme ?

Et, tout ce que l’on dit du symbole, il faut, suivant Creuzer, le dire du mythe. Dans les théomythies, c'est-à-dire dans le. domaine religieux el dans le domaine moral, qui est précisément celui où se place M. Sorel, les mythes, écrit Creuzer, ne sont souvent que des « symboles parlés ». « Alors ils ne sont plus eux-mêmes que des espèces de formules sèches, rudes, sans développement, qui rappellent à l’es-

prit plutôt l’immobilité des représentations de Part, que le mouvement, progressif de la parole ou du discours. A la forme du symbole, ils joignent ses autres qualités, la sublimité, la profondeur du sens, d’où parfois la bizarrerie et l’obscurité de l'expression. » (1).

De ces citations un peu longues. mais intéressantes, il résulle que toute la théorie du mythe sorellien, au moins dans ses grandes lignes, est contenue dans le livre de Creuzer. Mais M. Sorel a-t-il lu l’auteur allemand? Non, sans doute, car, ayant la probité littéraire, il nous l’eût dit. Au reste, jl ne parle jamais de Creuzer et des Allemands un peu anciens qui se sont occupés d'histoire religieuse, il ne cite que Brunc Bauer, dans la note de la page 352 du « Système Historique de Renan ».

Il est donc permis de croire que M. Sorel a ignoré Creuzer. D'ailleurs, l’eût-il connu et mis à profit, son originalité serait intacte. Les mythes classiques, en effet, même ceux de Creuzer, mettent en scène des personnages humains ou analogues à des être humains ; ils se rapportent en outre à un passé antérieur, en général, au passé connu par l’histoire ; ils expriment enfin un haute idée philosophique que les sages, leurs créateurs, y avaient déposée, mais qui a été peu à peu oubliée. Or, le mythe sorellien met bien en scène des êtres humains, mais des êtres formant un groupe, le groupe du prolétariat. À ce titre, il est beaucoup moins anthropocentrique que celui de Creuzer. Ensuite, ce qui est capital, il ne se rapporte pas à un passé lointain, mais au présent et à l’avenir liés ensemble à Ia manière bergsonienne. Ajoutons, pour terminer, qu'il n’est pas la création consciente et voulue de quelques sages ; il est la manifestation et comme l'épanouissement fatal de l’état d'âme d’une certaine classe.

D'où il suit que le mythe de Creuzer est principalement explicatif et que celui de notre auteur doit être considéré

(1) F. Creuzer. Religion de l'Antiquité, Paris, 1825, p. 22, 23, 24, 30, 43.

avant fout comme un moteur d'activité. Son originalité réside dans son caractère pragmalique.

Dès lors, on ne comprend guère les vaines querelles que l'on cherche souvent à M. Sorel. Pourquoi, lui dit-on, nous parlez-vous d’une Grève générale, à laquelle vous ne croyez point ? Faisant allusion à cette grève, M. Faguet écrit: +: M. Sorel, quoique syndicaliste très fervent, la traite de chimère, de chimère utile et salutaire, mais de chimère pure. » (1). Et il appuie son jugement sur ce fait que M. Sorel compare l’idée de Grève générale aux illusions des premiers chrétiens, à l’attente du retour du Christ et à la ruine totale du monde païen. [1 l'appuie aussi sur cette déclaration de, M. Sorel, que la Grève générale « est une conception destinée à donner un aspect de réalité à des espoirs sur lesquels s'appuie la conduite présente de la classe ouvrière.

D'abord, s’il y a quelques textes qui permettent d'adopter l’opinion de M. Faguet, il y en a d’autres qui nous autorisent à penser que M. Sorel croit à la réalisation de la Grève générale, ou y croit du moins de temps en temps. Nv a-l-il pas eu des révolutions ? et pourquoi dès lors nv en aurait-il pas encore? « Les grandes démonstrations tumultueuses font voir que l’on n'est pas bien loin d'avoir atteint le moment où pourrait éclater la révolte armée. AE révolution socialiste est possible, elle aussi, et M. Sorel de dire: « Nous avons le droit d'espérer qu'une révolution socialiste, poursuivie par de purs syndicalistes, ne serait pas souillée par les abominations qui souillèrent les révolutions bourgeoises. HG

EL enfin, en se demandant si la révolution aura lieu ou non, là question est mal posée. Nous n'avons pas à anliciper sur l’avenir. Conservons, en face du futur, le mutisime vraiment marxiste. Nous n'avons à nous préoccuper que du

(1) Faguet. Le Socialisme en 1907, p. 298.

(2) Réflexions sur la violence, p. 225.

(3) Ibid. p. 166.

présent, et c’est le mythe de la Grève générale qui répond à ce but. [1 faut considérer les mythes, écrit M. Sorel, « comme des moyens d'agir sur le présent ; toute discussion sur la manière de les appliquer matériellement sur le cours de l’histoire est dépourvue de sens. » (1). Le mythe contient Je socialisme. réel, car ïl vise l'heure actuelle. « Le soeialisme, écrit M. Sorel, se réalise tous les jours, sous nos yeux, dans la mesure où nous parvenons à concevoir cv qui est une conduite socialiste, dans la mesure où nous savons diriger les institutions, et, dans la mesure, par suite, où Péthique socialiste se forme, dans notre conscience et dans lasvie.z » (2);

En sorte que c’est le mythe, ou l’idée de la Grève générale, qui constitue la réalité, tandis que la chose elle-même est douteuse.

Mais il est certain que l’idée de la Grève générale ne se maintiendrait pas dans l’âme ouvrière, si le prolétariat ne croyait pas à son avènement. Cette foi est done la condilion d'existence ou, à tout le moins, la force du mythe ; elle se traduit par des grèves partielles qui la’ précisent ét la renforcent. N'est-ce pas 1à un sens nouveau de cette phrase que l’idée de Grève générale est une « conception destinée à donner un aspect de réalité aux espoirs sur lesquels s’appuie la conduite présente de la classe ouvrière ? » En effel, les grèves partielles ne sont-elles pas la preuve et la promesse de la possibilité de la Grève générale ?

D'ailleurs. avoue M. Sorel, « il importe peu que la Grève générale soit une réalité partielle ou seulement un produit de limaginalion populaire ». Ce qui présente de l'intérêt, c’est savoir si l’idée de Grève générale « s’identifie avec la conception socialiste » des ouvriers el si, grâce à cette idée, « la raison, les espérances et la perception des faits partiliers semblent ne plus faire qu'une indivisible unité » au

(1) Op. cit., p. 180.

(2) Sorel, Revue de Métaphysique et de Morale, mai 1899, p. 298.

sein du prolétariat. Dans ce but, il faut interroger les hommes qui prennent une part très active au mouvement ouvrier révolutionnaire, n’aspirent point à monter dans la bourgeoisie, et dont l’esprit n’est pas dominé par des préjugés corporalifs. » (1). M. Sorel les a interrogés et ils lui ont répondu que lidée de Grève générale était bien le levier du socialisme, ainsi que nous l'avons expliqué au cours de ce

{ravaii.

I. Mais — et c’est ici que vont commencer nos objections -— Ie mythe n'ayant de valeur et de force que dans Ja

mesure où il est l’expression d’un mouvement collectif, il est nécessaire, pour qu'il conserve sa vertu, qu'il soit l'expression de l’âme du prolétariat, ou celle de l'âme de quelques prolétaires pouvant, par la propagande, devenir celle de tous les ouvriers.

Or, je commence par nier qu'il traduise les aspirations de la masse ouvrière. Causez avec les travailleurs, et vous verrez que si l’ouvrier parle de la Grève générale, il se borne à en parler. Ce qui l’intéresse uniquement. c'est l'amélioration auwon peut apporter à sa condition. Ce qu'il désire, c'est la diminution des impôts : c’est l'augmentation du salaire, sous quelque forme que ce soit, c'est la réduction des heures de travail, e’est l'organisation de retraites et d'assurances prolectrices, cest, en un mot, lensemble des avantages dont il peut profiter de son vivant. Son esprit ne va pas au-delà. Il aime la vie et la veut de plus en plus agréable. Il ne la sacrifiera à rien, c’est son seul trésor. En ce sens, M. G. Le Bon a raison de dire qu'il est conservateur. Mais, assistez à une réunion publique. Un oraleur sans cravate parlera avec lyrisme de la Révolution libératrice. L'ouvrier applaudira avec enthousiasme comme le premier bourgeois venu lorsqu'on lui clame les noms de Justice et de Liberté, ei pour les mêmes motifs. Tous deux désirent la même chose. Les noms seuls varient. Il fera des grèves, mais moins en

(1) Réflexions sur la violence, p. 181.

préparation d’une Grève générale que pour arracher au patron des concessions. Si la grève n’aboutit pas, l’ouvrier est souvent renvoyé, el sa figure ressemble alors à celle du monsieur paisible et décoré qui vient de rosser un agent de ville sans s'en apercevoir. Si elle réussit, il triomphe el il a lä mine réjouie d’un homme habile qui, dans une affaire, vien! de « rouler » l’autre contractant, tant il est vrai que l’ouvrier habitué à une longue servitude attribue Ja satisfaction de ses aspirations les plus légitimes plutôt à un hasard heureux, qu'à la force et à la bonté de ses revendications.

Et. non seulement le mythe ne traduit pas la volonté profonde du prolétariat, mais il ne traduit même pas, à mon sens, la volonté des chefs de file. Les vrais révolutionnaires, en effet, ceux qui rêvent d’un grand écroulement et veulent y travailler, ne trouvant pas chez les ouvriers une atimosphère sympathique, se tournent vers les libertaires et les anarchistes, qui sont, comme on sait, les Jacobins du socialisme. Cependant, parmi les ouvriers, il y a des manières de chefs. Ce sont, par exemple, des secrétaires de syndicats. IIs sont un peu comme les députés de la République syndicaliste. Un tantinet frottés d’intellectualité, ils parlent de Grève générale et se font applaudir. La gloire de l’orateur augmente le prestige de l’homme et l'autorité du chef. Les discours révolutionnaires de ces meneurs constituent une bonne lactique pour se faire obéir.

Mais, même en admettant que l’idée de Grève générale corresponde aux sentiments de quelques syndicalistes, lels que les désire ou les suppose M. Sorel, je doute encore, quoique jai moi-même indiqué les motifs pour lesquels le mythe, au contraire de l’utopie, s’adaptait parfaitement aux masses, qu'elle puisse pénétrer dans le prolétariat et s’y enraciner.

Voici pourquoi: M. Sorel nous dit que le mythe dela Grève générale est un ensemble d'images de guerre, d'idées de victoire, qui est destiné à développer les énergies ouvrières. Et pour nous le faire comprendre, il nous rappelle les

sentiments qui animaient les soldats des Guerres de Liberté.

Mais ces soldats, pourquoi se battaient-il avec tant d'héroisme? Ce n’était pas pour obtenir une liberté nouvelle, c'élait pour conserver ce qu'ils croyaient avoir déjà obtenu, l'égalité toute neuve. Les soldats allemands de 1870, animés d’un bel esprit belliqueux, luttèrent surtout pour se venger.

Le grand historien Ranke, à qui l'on demandait: à qui faites-vous la guerre ? répondit, en faisant allusion . aux horreurs du Palatinat : « à Louis XIV ». De nos jours, les Etats Balkaniques coalisés ont livré bataille aux Turcs pour redevenir ce qu'ils avaient été. Les ambitions nouvelles ont été postérieures aux victoires. L'esprit de conquête est moins puissant que l'esprit de vengeance. Un professeur de notre Ecole de Guerre a observé la grande force qu'est la haine dans les combats. Or, c’est le passé qui est toujours le prétexte des haines. N'est-ce pas un peu parce que Mme Rolland, dans sa jeunesse, était obligée de diner avec sa mère à l'office d'une grande dame, quelle devint une républicaine énergique et une farouche accusatrice des inégalités de l'Ancien Régime ? ;

De lous ces exemples, il faut conclure que l'avenir est trop élastique et que le passé seul est un cadre assez rigide, pour limiter el rendre intenses les désirs des hommes. Le mythe de la Grève générale devient inutile. Ce qu'il faut, pour que Ile prolétariat combatte, c'est quil soit malheureux. Hi doit s'appliquer minulieusement à forger sa propre infortune, inclhinant les capitalistes à la férocité. Voilà quel doit être son seul but, el un jour, nécessairement, fatalement, comme un réflexe, éclatera la révolle générale, destructrice et victorieuse. Le mythe de la Grève générale n’a rien à voir ici. Il suffit, pour tenir cette ligne de conduite, d'être un ouvrier de grand cœur et d'indomptable volonté.

M. Sorel n'ignore pas ces vérités, el c’est pourquoi il recommande aux travailleurs de forcer les patrons à être cruels, afin que le souvenir de leurs cruautés exaspère le prolétarial et le pousse à l'insurrection.

Mais croyez-vous que l’ouvrier puisse se condamner stoiquement à se laisser presque écraser par l'égoisme patronal ? Croyez-vous qu'il a Pesprit assez subtil et développé pour voir dans cette tactique irréalisable un commencement de réalisation de la Grève générale, conformément à la doctrine bergsonienne, où le mouvement est chose continue ? Croyezvous enfin qu'il consentira à renonœr à des avantages immédiats, et aussi légitimes, après tout, que les intérêts 0opposés au profit dune Révolution dont il ne sera peut-être pas le témoin, el certainement pas le bénéficiaire ? L’héroïsme et l’abnégation sont des vertus sublimes, disait Emile de Lavelaye ; elles ne seront jamais les ressorts du monde économique. » (1). Et M. Sorel lui-même dans un jour de découragement et de pénétration a écrit une pensée semblable: « Les historiens ne semblent pas avoir assez remarqué que les morales prodigieusement sublimes ne corresponden! généraleinent à aucune réalité. Cela est évident pour les stoïiciens qui s’amusèrent à fabriquer des paradoxes moraux: »-(2).

Or, Ja morale de M. Sorel me paraît être précisément héroique et impossible. Son principe éthique est le sublime, c’est-à-dire à mon sens une exagération pathologique de la morale courante. À sa base, il y a la nécessité de l’action, « nous avons... à agir. et nul ne saurait nous donner le moyen de modifier nos images motrices » (3), de manière à éviter les critiques des historiens qui pourront un jour nous accuser d’avoir été plein d'illusions. Ceci n’est déjà pas incontestable. Mais si vous prétendez démontrer que les images révolutionnaires contenues dans l’idée de Grève générale ne correspondent pas à l'intérêt immédiat du prolétariat, M. Sorel vous répondra que le prolétariat ne se place

(1) E. de Lavelaye. Le Socialisme contemporain, p. 182. (2) Système Historique de Renan, p. 158, note 1. (3) Réflexions sur la violence, p. 219.

ESQUERRÉ 1ù

point sur le lerrain utilitaire (1), et qu'il ne peut conserver ces images que parce qu'elles sont morales. Mais cette morale du sublime, pourquoi la pousser jusques à la barbarie, comme le veut M. Sorel, et nous obliger à payer Îles patrons d’une noire ingratitude, à rosser les orateurs de la démocratie, à rendre les capilalistes cruels malgré eux, afin de déployer nos énergies ?

D'abord n'est-ce pas assumer une grave responsabilité — et il nous est permis de parler de responsabilité. puisqu'elle est un fait moral actuel — que de conseiller d'un côté, aux jeunes bourgeois, la poursuite farouche et inhumaine du gain, el, d’un autre côté, aux ouvriers, la préparation continue à la révolte? De quel droit nous donner des conseils aussi téméraires ? Je n'ose pas croire que ce soil par esprit de contradiction, et encore moins par un rêve d'artisle néronien, ou par une conception de morale hystérique. C’est donc par un souci paradoxal d'une justice encore plus paradoxale. Ceile notion de l'éthique est aussi originale que peu répandue. Nous ne croyons pas, en effet, payer trop cher le peu de bonheur que nous pouvons répandre autour de nous, au prix de quelques concessions faites à nos égoimes essentiels. Ensuite, toute cette morale de M. Sorel, qui renverse notre sensibilité, n'est-elle pas, à vrai dire, moins une morale spontanée, qu'un tour de fofce de volonté ? M. Sorel part de sentiments nobles et réels, mais — encore quil soit l'ennemi des examens de conscience et des scrupules — il a cédé, en celte matière, à des scrupules de conscience, il aeu peur de n'être pas intégralement vertueux, et il a poussé ses sentiments jusqu'à la plus extrême logique de crainte de paraître lâche. N’écrit-il pas quelque part, dans une sorte d’aveu: « Mais il ne manque pas d’esprits ardents prêts à tirer toutes les conséquences d’une doctrine ? » (2).

Nous sommes en présence d’un enivrement d'énergie et de

(D)'Op:réit 1p.1219;

(2) Procès de Socrate, p. 201.

moralité, qui isole celui qui l’éprouve, qui léloigne presque de nos intelligences, et de nos cœurs, et qui le place dans Ia silualion des premiers chrétiens qui apparaissaient, aux yeux du monde, comme des phénomènes uniques el sans rapport aucun avec la société. |

IL faul ajouter que M: Sorel est excusable d'être ainsi parvenu aux limiles extrêmes de sa doctrine. Dans notre démocralie, on parle de toutes les vertus, on les recommande toutes à La fois. Le sens moral est faible, puisqu'on ne peut plus les hiérarchiser et qu'on n'en connaît presque plus la valeur exacte. M. Sorel, n’ignorant pas la faiblesse humaine, va droit aux vertus essentielles, faisant fi des autres, ne voulant pas trop exiger de nos efforts. Mais cette vertu primordiale, J’héroïsme, il la veut entière, avec toutes ses conséquences. [l a oublié que ces conséquences ont pour limites certaines vertus qu'il a négligées. Renan a dit: « La logique ne saisit pas les nuances, or, les vérités de l’ordre moral résident tout entières dans les nuances. »

D'ailleurs, cette morale. si haute et si difficile, pourquoi ne la pratique-t-il pas? Pourquoi ne va-t-il pas rosser luimême M. Jaurès, dans une réunion publique ? Singulier contraste entre les principes et la conduite. Ce contraste n'est d’ailleurs pas nouveau. Stirner, dont les livres vomissent des flammes révolutionnaires, fut un homme doux, paisible et studieux. Nietzsche, l’écrivain cynique et orgueilleux, fut un homme modeste, poli, et d'un commerce exquis, chéri de ses élèves et adoré des femmes (1).

Stirner, Nietzsche, Sorel ! Pourquoi ces hommes ne conformèrent-ils pas leur vie à leurs doctrines ? Elait-ce parce qu'ils s’en sentaient incapables? Mais ne conviendrait-il pas alors de voir dans ces doctrines surhumaines, le rêve, exagéré par la logique, d’un homme faible qui condamne sa faiblesse par une vision d'artiste. Etait-ce encore parce qu'ils croyaient que leurs théories étaient destinées à l’ave-

(1) Bourdeau. Les maîtres de la Pensée contemporaine, p. 117 et 121

nir® Et, dans ce cas encore, ne faudrait-il pas v" voir une prescience d'artiste el un souhait de moraliste ?

Quoiqu'il en soit, et tout le monde le sait, une théorie est (oujours dans son germe l'expression exacte d'une sensibilité. On en lire immédiatement des conséquences, qui sou vent répugnent à nos habitudes de cœur et d'esprit. On sacrifie tout à la logique déductive, parce qu'on est naturellement porté à croire que les résultats de la déduction visent l'avenir, domaine de tous les possibles, où ils s'insèrent mystérieusement.

Et comme Stirner, comme Nietzsche, M. Sorel, lui aussi, lorsqu'il est de sang-Froid, se repose el se complaît dans une sensibilité normale, dans une morale traditionnelle. Parlant du vérilable Hellène, qui + au milieu de ses plus éclatants triomphes se rappelait qu'il faut craindre un revers de fortune », il ajoute ce commentaire spontané et exquis: « rien n'est plus touchant que ce sentiment si purement helléni-

que, la modération. » (1). H nous fait un aveu plus signicatif encore el il écrit que le bonheur se trouve dans

l’accomplissement de nos lâches ordinaires. » (2)

EU lorsque les deux conceptions morales se présentant à son esprit, il essave de les concilier. Nous savons, dit-il, que ces mythes sociaux n'empêchent d'ailleurs nullement de savoir tirer profit de loutes les observations qu'on fait au cours de sa vie, et ne font point obstacle à ce qu'on remplisse ses occupations normales. (3. Pour nous la conciliation est impossible, el de même qu'il faut avoir déjà subi quelques condamnations pénales, pour ne plus eraindre les Tribunaux, de même il Ffaul avoir, comme le voulait Pelloutier, rossé la police el bafoué les institutions pour être vraiment à la température révolutionnaire ; mais alors remplira-{-on normalement ses occupalions normales ? 1} faut

(1) Procès de Socrate, p. 217.

(2) Ruine du Monde Antique, p. 156.

(3) Réflexions sur la violence, p. 177.

évidemment choisir entre les deux conceptions, entre la morale sublime et la morale humaine, et il semble, tout compte fait, que M. Sorel se prononce pour la dernière, lorsqu'il n’est pas dominé par sa haine de la platitude, par ses rêves magnifiques de moralité, et par une logique qui ne voit l'honnêteté el le courage que dans les conséquences les plus dures et les plus extrêmes.

Quoiqu'il en soit, le mythe de Ja Grève générale et la morale du sublime que ce mythe suppose, ne correspondent, à mon sens, à rien de réel. Et c’est aussi, semble-t-il, l'avis d'un grand ami de M. Sorel, M. Daniel Halévy, qui écrit au sujet des Réflexions sur la violence : * ce poème que (reorges Sorel écrit sur Ia violence et la vertu, est-ce la traduclion d’un mouvement actuel, est-ce lexpression d'une âme singulière ? » (1). ;

IT. D'aitleurs, la théorie mythique de la Grève générale procédant, comme nous lavons déjà montré, de certaines tendances d'esprit, ne serait-ce pas compléter notre critique du mythe, que de critiquer ces tendances elles-mêmes qui se ramènent à trois: le pessimisme, la méthode historique, la passion égalitaire ?

Envisageons tout d’abord le pessimisme sorellien. Le pessimisme en général, et celui de M. Sorel en particulier, implique le sentiment des obstacles, qui s'opposent à Ia réalisation de nos désirs et aussi le sentiment de notre faiblesse. 11 suppose donc une saine humilité en face de l'avenir. Mais l’ensemble de nos instincts, les plus égoistes comme les plus nobles, nous pousse à vaincre ces obstacles, en sorte que le pessimisme apparaît bien comme le ressort et le levier du progrès. Ici, cependant, se produit une divergence. M. Sorel compte sans doute sur leffort individuel, sur l'initiative personnelle, pour remédier au mal, mais il compte surtout sur une immense Révolution, contenant je ne sais quelle force mystérieuse, et venant du fond de l'avenir à notre secours,

(1) Cité par Henri Massis. Mercure de France, 16 février 1910, p. 621.

comme un messager invincible de la divinité. C’est Ià évidemment un espoir commode et puissant. N'est-il pas à craindre toutefois que le caractère fatal de cette Révolution ne favorisé la paresse des hommes qui s’en remettront aux événements du soin d'améliorer leur sort? Pour nous, au contraire, nous croyons que nous n'avons à compter que sur notre propre activité, pour réaliser un plus grand bien. Ce sentiment exact de notre faiblesse et de notre force nous amène, non plus à abattre en bloc le monde actuel, mais à l’effriter peu à peu. Et ces succès minuscules et parliels, nous préservant aussi bien de la paresse que de l’orgueil, nous donneront une joie saine, et nous aideront à apprécier le bien réalisé, plus qu'à haïr le mal existant. Voilà pourquoi je crois que le pessimisme de M. Sorel est plutôt un pessimisme de poète et de moraliste et de tacticien, qu'un pessimisme d'homme d’action.

Prenons ensuite sa méthode historique. M. Sorel nous dit en somme: Etudiez les masses plutôt que les grands hommes, et les résultats plutôt que les intentions. D'abord cette méthode sacrifie, par prudence c’est vrai, mais sacrifie quand même, el injustement, les grands hommes aux masses. C’est son premier tort, car enfin les grands hommes peuvent avoir une grande influence, et, comme le dit M. G. Le Bon, « désagréger les fatalités » (1). Qu'ils soient des produits originaux ou des représentations synthétiques de la masse, ils ont par contact dans le premier cas, et par contrecoup dans le second, une action réelle sur la collectivité. A ce titre, ils se recommandent à notre curiosité. D'ailleurs. c'est en les étudiant et en étudiant aussi l’idée qu’on s’est faite d’eux, qu'on découvre les altérations que subit une idée dans son passage d’un cerveau à la foule et qu'on peut ainsi trouver les règles qui président à ces allérations, ce qui est précieux, tant pour deviner la nature exacte d’un homme supérieur, que celle d’une masse, à une époque donnée.

(1) /G Le BonOpicit p.77.

Ensuite, en ne considérant que les résultats, cette méthode conduit à des injustices vis-à-vis des intentions qu'on suppose correspondre aux résultats. En voici un exemple. M. Sorel attaque Condorcet et l'œuvre de vulgarisation du XVIIIe siècle, qui détruisit la vraie science, laquelle est pénible, et la remplaça par un rationalisme facile à la portée de tout le monde, el qu'on donnait comme un libérateur des préjugés. Le vœu de Condorcet, suivant M. Sorel, était de « former des esprits éclairés », et notre auteur ajoute qu'il n'ignore pas qu'on entendait par là vulgariser les connaissances, afin de permettre aux jeunes républicains de jouer le rôle « mondain » de leurs prédécesseurs de Pancien régime GUZ Certes, ce fut Ià le résultat, mais non point l'intention, car on voulait simplement remplacer le dogme religieux par le dogme rationaliste. La preuve en est que la foi résidant dans la masse, c’est la masse que Condorcet voulait qu'on instruisit de ses devoirs, pour l’amener à les bien remplir (2).

On voil done comment M. Sorel en vient souvent à méconnaître les intentions, et cependant, n'est-ce pas l’ensemble des intentions et des résultats avec leurs harmonies ou leurs oppositions, qui donne la vision exacte d’une époque, qui nous permet de la juger avec équité, et qui, enfin, nous aide à comprendre complètement les époques postérieures. Le rationalisme jacobin, par exemple, ne découle-t-il pas précisément des intentions de Condorcet ?

Aussi bien, qu'on nous permette de faire remarquer à quel point l’ardent souci de la morale et de la moralité chez M. Sorel, s'accorde mal avec sa théorie des résultats. Notre auteur écrit quelque part que les massacres de Chine l’intéressent moins que le tarif de l’octroi de Paris (3), voulant dire par là que le tarif de l’octroi à des conséquences plus tangibles et plus générales que les massacres, qui ne se prêtent

(1) Illusions du Progrès, p. 51-53.

(2) Ibid. p. 55-56.

(3) Ruine du Monde Antique, p. 16-17.

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qu'à l’apitoiement d’un humanitarisme exagéré. Mais pourquoi circonscrire ainsi le domaine des réalités douloureuses à certaines institutions et à un pays? Un peu par esprit de contradiction sans doute, en face de cette pitié internationale qui est-à la mode, et un peu aussi par un reste de patriotisme qui ne laisse pas dépasser à ses regards la limite territoriale de la Patrie. Il en résulte que ne voyant le monde que sous un aspect limité, M. Sorel peut être tenté de le sacrifier à la morale, je veux dire de sacrifier l’ordre et la paix à je ne sais quelle conception éthique magnifique et téméraire. La vision des choses, des êtres et des nations dans toute leur variété aurait peut-être donné à M. Sorel un sentiment plus complet et plus émouvant de la vie, et l'aurait peut-être amené à respecter, ou tout au moins à ne pas bouleverser limmence édifice des institutions et des habitudes séculaires du cœur et de lesprit. Marx a remarqué que les changements de quantité contiennent une notion variable de qualité. Et c’est vrai. Le spectacle de la vie, dans toute son étendue, éveilie l’idée du sacré, auquel il ne convient de toucher qu'avec d’infinies précautions, et d'apporter des modifications qu'avec une très grande réserve.

Enfin, outre le pessimisme et la méthode historique de M. Sorel, c’est son égalitarisme qui nous paraît contestable. Les inégalités, quelles qu’elles soient, devraient cesser, pense-t-on ; il faut supprimer celles qu'il est possible de détruire. Il faut combattre l'inégalité dans la mesure où elle est injuste et où cette injustice est l’œuvre de la société ou de l’homme. Abolissons par conséquent le capitalisme et l'hégémonie des intellectuels. Cependant, direz-vous, un bienfaiteur de l’humanité, un grand inventeur n'a-t-il pas plus de droits qu’un simple citoyen ? Mais non, dit M. Sorel, car les inventions sont comme des « créations de la nature, qui paraissent quand les conditions sont favorables, quand les matériaux sont prêts, quand Iles besoins se sont fait sentir. » (1). Ainsi donc, il n’y a plus de génie « sortant des

(1) Op: cit.,"p. 235:

règles communes, tout le monde dépend de la machine, et chacun prend le poste qui convient au service de late- Hér-»x-(1). «Cette égalité, écrit M. Sorel, n'est pas Tancienne égalité des conditions ; elle peut comporter des différences parfois considérables dans les rémunérations ; elle est proportionnelle et, par suite, dans l’ordre quantitatif, est une inégalité. Mais que vont devenir les penseurs, les gens qui n’ont pas de place dans les ateliers de production ? Ils apparaissent comme des auxiliaires -— ou plus souvent comme des parasites — que la société devra expulser avec d'autant plus d'énergie qu’elle atteindra une plus claire conception de la nature du travail. Rien ne saurait, en effet, être réclamé comme un droit, qui ne corresponde à un travail ; et le travail, au point de vue socialiste, est quelque chose de l’homme qui est incorporé dans le produit, à la naissance ququel cet homme a directement collaboré. Il nv à pas à tenir compte à un savant des résultats que ses découvertes, une fois qu’elles sont entrées dans la pratique, ont amené dans le progrès du travail; sur ce point, jamais la conscience juridique du peuple n’a hésité ; si l’on accorde à l’inventeur un court monopole, c’est parce qu'on veut lui donner la possibilité de rentrer dans ses frais, et, le plus souvent, il n’y rentre pas.

« Aussi, n'ai-je jamais pu comprendre comment tant d'hommes impropres à tout service technique peuvent être socialistes, je ne puis me rendre compte de ce paradoxe qu’en observant de quelle haine fanatique et féroce les intellectuels pauvres ont toujours poursuivi les hommes riches, dès que ceux-ci cessaient de leur fournir des revenus. C’est le parasitisme littéraire qui reparaît ici. » (2).

C’est là une doctrine assurément originale, et si elle a le mérite de satisfaire la logique, elle a le tort de ne point satisfaire la raison, car toutes choses étant approximalive-

(DRODACIÉR Ip 201 (2) Ibid., p. 238.

ment égales, les besoins, les circonstances, l’état de la science, une invention peut être supérieure à une autre invention contemporaine, et cette supériorité, due précisément à un effort créateur plus grand, peut donner des droits à l’inventeur. Une invention morale par exemple, n'est-elle pas due à une volonté qui s’est appliquée avec soin à pratiquer Île bien et à l’augmenter? Et, dans ce cas, l'inventeur n'a-t-il pas encore des droits à la reconnaissance, tout au moins de ceux qui profiteront de son invention? N'a-t-il pas droit, élant donné notre sens de la justice, à la survivance de son nom et à la gloire? Sans doute, mais si nous considérons la gloire comme une récompense, pouvons-nous dire qu'elle est toujours accordée dans la mesure où il convient et à ceux qui la méritent ?

Nous ne pouvons pas le dire. Que d'héroïsmes méconnus, que de sacrifices obscurs, et à côlé, que de sottises glorifiées ! Charles Peguy a écrit sur ces douloureux contrastes les magnifiques, les admirables pages intlitulées « O drapeaux du passé, si beaux dans les histoires. » (1). Et alors M. Sorel, de peur de bénéficier d’une injustice, renonce à la gloire et il n’est pas loin de penser, à mon sens. que même lorsqu'un homme est assez intelligent pour briguer l'immortalité, il doit cependant refuser sa confiance à la justice distribulive, se renoncer, se perdre et se fondre dans la grande masse des hommes el chercher à soulever la Révolution qui réalisera au profit de tous les malheureux un équilibre économique possible avec les égalités qu'il commande.

$ IT. LE PRINCIPE RÉVOLUTIONNAIRE, — C'est cet égalitarisme désespéré, noble et stoïque, dont nous venons de parler, qui nous indique clairement que la conception révolu- Honnaire est avant tout une conception morale et que c’est là sa force en même temps que sa faiblesse.

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