‹ Le Néoplasme Rectal Chez les JeunesChapitre 10 sur 36 · OBSERVATION IV · texte numérisé non relu

OBSERVATION IV

Prise dans le service de M. le Professeur Bérard et publiée par le Docteur Dunet

Ville C:.…, 20'ans.

Antécédents héréditaires : néant.

Antécédents personnels : de quatre à dix ans, a eu une adénite bacillaire fistulisée ayant laissé au cou une cicatrice

gaufrée très visible,

Histoire de la maladie :

a) Début. — Mobilisé avec sa classe, le malade ne com-

mence à souffrir qu’en septembre 1917. Il ressent alors des,

douleurs sous-ombilicales accompagnées de ballonnement du ventre et de diarrhée, douleurs peu intenses et qui apparaissent une heure après le repas. Amaigrissement rapide consécutif.à une diarrhée profuse (20 selles par jour) qui nécessite son hospitalisation en décembre 1917.

b) Etat. — Le repos et le régime l’améliorent un peu ; mais, en avril 1918, apparaît pour la première fois du sang dans les selles. Un premier toucher rectal est fait et le dignostic de tumeur rectale posé. Le malade entre alors chez M. Bérard, à l’Hôtel-Dieu.

Etat actuel. — Malade amaigri. Troubles digestifs très

accentués : anorexie complète. Les selles sont très irrégu-

lières, et à une constipation de plusieurs jours succèdent de nombreuses selles glaireuses. Le malade est en état de subocclusion avec ballonnement marqué de l’abdomen.

Tenesme rectal très marqué. Dilatation sensible des veines sous-cutanées de la région sous-ombilicale, Ondes péristaltiques très visibles parcourant de bas en haut la fosse iliaque gauche. Les douleurs ressenties à ce niveau empêchent souvent tout sommeil au malade.

Toucher rectal. — Le doigt franchissant le sphincter anal tombe sur une masse bourgeonnante envahissant le rectum, surtout à gauche et bouchant en grande partie la lumière du tube rectal, ne laissant qu’un pertuis qui admet à peine l’extrémité de l’index.

À cause de l’âge et des antécédents bacillaires, on s’oriente

vers le diagnostic de tuberculose rectale, mais une biopsie pratiquée le 10 mai nous donne la réponse suivante : épithélioma atypique du rectum (type carcinome),

Le 24 juin, on pratique un anus iliaque gauche aux dépens d’une anse grêle, la seule qui paraisse saine et mobilisable. On tombe sur un épiploon complètement infiltré que l’examen histologique nous révèle être un carcinome épiploïque.

Période terminale : juillet, août, septembre 1918. Une volumineuse ascite apparaît, qu’il faut ponctionner chaque

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semaine. Les ganglions inguinaux ont le volume d’une noix. Pas d’autres adénopathies. Le malade s’alimente très difficilement ; l’anus iliaque fonctionne mal. Des douleurs violentes s'installent, vomissements fécaloïdes ; l’occlusion est totale. Le malade meurt le 30 septembre.

Autopsie. — Néoplasme rectal occupant la totalité de l’ampoule sur une hauteur de 12 centimètres. La tumeur est adhérente à tous les organes du petit bassin. A l’ouverture, de Pabdomen s’échappent plusieurs litres de liquides laiteux. Le péritoine est complètement envahi par de fines granulations « sucre d’orge », ainsi que le grand épiploon et le mésentère,

Le foie renferme une douzaine de petits noyaux métastatiques. Le poumon droit en renferme un.

L'examen histologique de la tumeur initiale et de ses métastases montre partout la même disposition : épithélioma atypique ou carcinome.

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