I. — Symptômes fonctionnels
Les rectorragies qui, au début, dans certains cas du moins, étaient rares, peu abondantes, donnant seulement une teinte rose aux matières, se sont multipliées. Ce n’est plus maintenant seulement au moment de la défécation, qu’elles accompagnent d’ailleurs immanquablement, qu’elles surviennent. Le néoplasme est ulcéré, saignant, et elles se produisent aussi dans l'intervalle « n'importe quand » (Obs. X). Certés, la quantité de sang évacuée chaque fois n’est généralement pas très considérable, mais la multiplication de ces petites spoliations sanguines, jointe à une diarrhée persistante et à l’action cachectisante du néoplasme peut aboutir très rapidement à une anémie grave avec perte complète des forces.
Obs. XI: « La malade qui a des rectorragies fréquentes a notablement maigri. » — Obs. V : « La malade va à la selle au moins dix fois par jour faisant chaque fois du sang. Elle a considérablement maigri,
et son état général est mauvais. » — « Mme D... (Obs. VII), va à la selle quatre, cinq fois par nuit pour expulser du sang noir : gros amaigrissement; est obligée de s’aliter. »
Tantôt le sang est évacué liquide, rouge, tantôt il se coagule à l’intérieur du rectum et la masse qu’il forme donne au malade des besoins violents de défécation.
— Les douleurs qui, au début, étaient peu intenses, de courte durée, deviennent plus fortes, persistent plus longtemps. Quelquefois elles arrivent à devenir extrêmement violentes, à peine calmées par la morphine. Obs. I: « La malade, au moment où elle va à la selle ressent des douleurs extrêmement vives, qui diminuent ensuite progressivement pour ne reprendre qu’à la selle suivante. — Obs. V : « Depuis un mois, la malade a de très vives douleurs à l’anus, s’irradant dans les reins. » — Obs. XI : « La malade a depuis six mois des douleurs lombaires vives avec irradiations dans les cuisses, calmées seulement par l’opium à haute dose ». Ces douleurs qui arrivent parfois à empêcher tout sommeil s’irradient tout autour de leur point de départ, dans le ventre, les lombes, les cuisses ou les jambes (Obs. VIT) et font prendre au malade les positions les plus bizarres pour essayer - de diminuer leur force.
Mais une pareille intensité douloureuse est relativement rare dans le néoplasme rectal, et caractérise les cancers bas placés, anaux et sphinctériens, et l’extension et la généralisation du néoplasme. Il est pourtant un autre cas où les douleurs éprouvées peuvent
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être très vives : es lorsque le cancer gêne notablement la défécation et que, par son étendue ou son action rétrécissante sur le calibre du tube rectal il oblige le malade constipé dont l'intestin distendu est rempli de gaz et de matières plus ou moins dures et ovillées, à faire des efforts d'expulsion qui, de plus, irritent et éraillent la tumeur au passage de ces pierres fécales.
Dans tous les autres cas, la douleur est généralement peu intense (Obs. X). C’est plutôt une sensation de gêne lombaire continuelle (Obs. Il), de pesanteur, de cuisson, de brûlure à l’anus (Obs. IX), à moins qu’elle survienne seulement au moment des selles pour disparaître immédiatement après, ou encore, qu’elle arrive une heure après le repas (Obs. IV). Parfois, la douleur manque même complètement. Le malade est constipé, a des écoulements séro-purulents et sanguinolents, mais ne souffre nullement (Obs. XI). La malade de notre VI° observation, par exemple, a une hémorragie de trois litres, de faux besoins, mais pas de douleurs.
Si donc l’hémorragie se voit de manière à peu près régulière dans le néoplasme du rectum, la douleur, elle, même à la période d'état, ne se rencontre pas toujours et, dans la majorité des cas, à moins que la tumeur n'ait gagné autour d’elle et envahi les organes voisins, reste peu intense et plutôt agaçante à cause de sa persistance, que pénible par son intensité.
— Il est beaucoup plus constant de rencontrer chez les malades des écoulements anormaux par l’anus, rapidement parfois même après le début du cancer.
Ce sont d’abord des glaires blanchâtres et des mucosités souvent teintées de sang (Obs. I, IL, IX et X).
Bientôt, c’est un liquide muco-purulent (Obs. XID, accompagné de sérosités sanieuses, d’odeur infecte, obligeant le malade à se garnir. — « Mme G... (Obs. V) va à la selle au moins dix fois par jour pour évacuer chaque fois des débris fétides. »
Enfin, lorsque la tumeur est ulcérée, c’est un liquide ichoreux, sanieux, extrêmement fétide, qui peut suinter continuellement et incommoder sérieusement le malade et son entourage.
Presque toujours, ces glaires muco-purulentes sont aussi mélangées aux garde-robes. Elles les enveloppent, les précèdent ou les continuent. Celles-ci sont de plus en plus irrégulières. Symptôme de début, cette irrégularité ne fait que croître. La constipation arrive à durer une semaine et plus. Les débâcles diarréiques sont d’autant plus douloureuses et aucune thérapeutique n’arrive à régulariser les fonctions intestinales.
Certains malades, tout en ayant continuellement besoin d’aller à la selle, ne peuvent arriver à l’exonération que par des lavements (Obs. VI). D’autres, malgré tous leurs efforts, n’arrivent à évacuer que des matières aplaties, rubanées, comme passées à la filière (Obs. XI).
D’autres enfin (Obs. IV), malgré tous les astringents, continuent à avoir dix, quinze, vingt selles par jour et plus. C’est dans ces cas-là surtout, lorsque les symptômes fonctionnels sont peu nets, qu’il faut s’attacher aux signes physiques d’un mal auquel il faut toujours penser et les rechercher tous, systématiquement.