IL. — Signes physiques
Nous ne parlerons pas des cas où la tumeur est visible (Obs. IIT) au niveau de l’anus, mais seulement des cas où elle est intra-rectale.
Le toucher, tout d’abord, fournira les plus grands renseignements. Bien pratiqué, c’est-à-dire avec douceur, lentement, le malade étant couché les jambes ployées, il est bien rare qu’il ne permette pas de découvrir l’existence du néoplasme et dans la plupart des cas d’en déterminer la hauteur. IL faut que celui-ci soit situé haut, hors de l’atteinte du doigt, qu’il soit recto-sigmoïdien (Obs. VIII) pour n'être pas perçu. Suivant les cas, après avoir franchi librement le sphincter le doigt, rencontrera plus ou moins haut dans l’ampoule, sur une de ses faces, un épaississement de la muqueuse, à bords surélevés, plus ou moins rond, assez souvent de la taille d’une pièce de cinq francs environ, et parfois ulcéré à son centre. D’autres fois, on aura l’impression d’une masse bourgeonnante, parfois pédiculée, diminuant le calibre du tube intestinal (Obs. IV), l’obstruant peut-être même complètement.
On trouvera encore une tumeur circulaire, annulaire, en virole, durcissant les parois du tube intestinal au point de donner l’impression d’un véritable tuyau de zinc (Obs. ID) et empêchant la muqueuse de se plisser sous le doigt comme elle le fait normalement. Elle pourra s’accompagner de sténose serrée, rendant impossible tout examen supérieur (Obs. XD).
Dans d’autres cas, enfin, il faudra aller presque à
bout de doigt pour sentir la tumeur. Dans ces cas où elle est haut située, il faudra, avec Kocher, Krasüng et Jaffe recommander au malade de pousser en contractant sa paroi abdominale; on pourra ainsi sentir à bout de doigt un rétrécissement, une induration ou un bourgeonnement, suffisants pour aiguiller l’observation vers le néoplasme et le lui faire rechercher par les autres moyens d'exploration à sa disposition.
Dans le cas où le toucher rectal aura été négatif, il ne faudra pas s’en contenter pour nier la possibilité d'un néoplasme. S'il s’agit d’une femme, il faudra pratiquer un toucher vaginal qui permettra'parfois de découvrir la tumeur qui échappait au premier examen; si c’est un homme, il faudra combiner au toucher le palper bimanuel. La main hypogastrique renverra au doigt qui touche la tumeur, s’il y en a, et il sera facile alors à celui-ci de la percevoir (Obs. VITD.
‘Mais le toucher ne renseigne pas seulement sur l'existence d’un cancer rectal. À moins que celui-ci ne soit trop élevé ou trop étendu, il permet d’en percevoir la forme et les dimensions, les caractères de mollesse ou d’induration, d’ulcération ou de sténose (voir les observations). Il permet aussi de savoir s’il est libre, mobile ou s’il est fixé, adhérent aux organes du petit bassin, prostate, utérus, ligament large ou au sacrum, et par conséquent s’il s’est étendu, infiltrant tous les organes du voisinage de noyaux métastatiques locaux et rendant toute opération radicale, toute exérèse rectale inutile par l'impossibilité où se trouvera le chirurgien d’enlever tous les tissus malades et par conséquent d'éviter une récidive rapide