‹ Le Népal: étude historique d'un royaume hindouChapitre 14 sur 85 · Aljph, Tibet, p. 451 et · texte numérisé non relu

Aljph, Tibet, p. 451 et

Baddan, désigné comme la seconde capitale du pays, ne peut pas être Bhatgaon qui s'adapterait pourtant mieux à la distance indiquée de Katmandou. Grueber ne connaît au royaume de Népal que deux capitales, et les détails qu'il donne sur les deux rois qui y résident prouvent au-dessus de toule contestation qu'il s'agit de Katmandou et de Patan ; c'est même sous cette dernière forme que la seconde capitale est désignée dans l'interview. L'alternance de Baddan el Patan, dans les récits du Jésuite, en face du mot indigène Pattan(a), semble déceler la persistance de l'accent allemand chez Grueber qui était né à Linz en Autriche. Hedonda est chez les modernes Hetaura. La différence entre les deux formes est plus apparente que réelle ; elles notent toutes deux, en l'exagérant dans des sens opposés, le son des cérébrales indiennes, intermédiaires entreles dentales et l'r, et qui se retrouvent dans le nom même de Katmandou (dont la prononciation réelle se rapproche de Kârmanrô). Le nom du Népal, qui paraît ici pour la première fois en Europe, prend un aspect inattendu : Nekpal ou Necbal [avec l'alternance du p et du b, comme dans le cas de Baddan et Patan). On serait tenté de croire à une erreur d'écriture ou d'imprimerie ; justement la lettre au P. Gamans porte Neopal, d'où Necpal aurait pu sortir par une confusion graphique entre les deux lettres c et o. Tavernier, contemporain de Grueber, écrit NupaL Nupal d'une part, Neopal de l'autre sembleraient ramener à un original voisin à la fois du son u et du son eo. Mais il faut renoncer à cette conjecture, car la forme Nekpal, avec une série de dérivés, reparaît dans plusieurs publications du xvm* siècle, indépendantes de la tradition du P. Grueber, et issues des missionnaires capucins. Cependant, ni la prononciation savante ni la prononciation vulgaire du mot Nftpal ne peuvent rendre raison de cette lettre adventice ; il Hcmhle que ce soit une notation trop vigoureuse du temps

qui suit ïë du mot Nëpàl(a). Le royaume de Maranga ou Moranga est sans aucun doute le royaume de Makwanpur, comme les Capucins Tout bien reconnu ; mais le nom qui lui est donné ici surprend, car il désigne en fait la région orientale du Téraï comprise entre la Kosi et la Tista\

Les rois mentionnés par le P. Grueber sont parfaitement connus. Le roi de Katmandou Partasmal est en réalité Pratâpa Malla ; son frère, le roi de Patan, Nevagmal est [ÇrîJNivâsaMalla. Pratâpa Malla était un esprit curieux, féru de poésie ; plus jaloux de la gloire littéraire que de la gloire militaire, il avait pris avec conviction le titre de « Kavîndra » (( prince des poètes » ; ambitieux d'immortaliser son nom et ses œuvres, il les fit soigneusement graver sur des pierres dans toute Tétendue de son domaine. Avant le passage des Pères, il avait entendu parler des lointains pays de TOccident ; une inscription encore encastrée dans la façade du palais de Katmandou, qui porte une prière à la déesse Kàlikâ, montre des spécimens de quinze écritures que Pratâpa Malla se flattait de connaître, entre autres récriture;;Az>m^/, qui vient la dernière, aussitôt après la kaspiri (cachemirienne). Le spécimen de récriture « phiringi » consiste en ces trois mots :

AVTOM NE WINTERLHIVERT

« Automne, Winler, L'Hiver. » L'inscription est datée

1. Hamilton, p. 151. Le P. Horace de Penna mentionne « Maronga et Nekpal » comme formant la limite occidentale du royaume de Bratnashon (Sikkim). (Brève notice du royaume de Tibet.) En réalité Morang est comme Téraï un terme générique appliqué aux terres basses qui bordent l'Himalaya au Sud ; mais Morang est plutôt en usage dans la partie orientale et Téraï dans la partie centrale. — S'il est difficile de s'expliquer pourquoi le nom de Maranga est attribué dans notre texte au pays de Makwanpur, il est impossible de comprendre comment une confusion a pu se produire entre ce pays et le royaume de Radoc (Rutok) évangélisé par d'Andrada. Quel que soit l'auteur responsable de cette confusion, ou Grueber en personne ou Kircher son interprète, elle n'en est pas moins déconcertante.

du vendredi 14 janvier 1654 fSamval 774 mâgha çuklà cri paficami çukravâre). Ces trois simples mots, où l'indigène croit lire une sorte de Mané Técel Phares tracé dans un grimoire mystérieux, évoquent dans leur émouvante naïveté la première entrée en contact de TEurope avec ce coin d'Himalaya ; et la présence de deux noms français sur un total de trois vocables rappelle comme par un symbole expressif la prépondérance universelle de la langue française au xvn*' siècle. Qui donc les avait enseignés à Pratâpa Malla? Peut-être un des marchands arméniens que mentionne Tavernier, et qui servaient alors de courtiers entre l'Occident et la Haute-Asie.

Le récit du P. Grueber confirme au moins sur un point l'exactitude de la chronique népalaise. La Vamçâvalî rapporte en détail la guerre où les Jésuites se trouvèrent un instant mêlés. Depuis les derniers jours de l'an 1659, Pratâpa Malla et Çrî Nivâsa Malla s'étaient alliés pour repousser les incursions de Jagat Prakâça Malla, roi de Bhatgaon. Suspendues en novembre 1660, les hostilités avaient repris un an plus tard, en novembre 1661 , et Jagat Prakâça Malla avait subi revers sur revers. Enfin le 19 janvier 1662 (18 mâgha sudi 782), Çrî INivâsa Malla, qui commandait en effet les forces alliées, prit le bourg de Tliemi (Timi) à son adversaire ; le 20 janvier, Pratâpa Malla et Çrî Nivâsa Malla retournèrent dans leurs capitales respectives. Le passage des Jésuites a donc précédé, mais de peu de jours, la date du 20 janvier, et la lunette d'approche qu'ils mirent au service des deux rois coalisés hâta peut-être au détriment du prince de Bhatgaon le dénouement de cette campagne. Le « petit roi Varcam » est sans aucun doute Jagat Prakâça Malla (prononciation vulgaire : Parkas Mail) ; le changement du p en v^ par l'intermédiaire du b, est constant ; l'alternance des formes Népal et Névar en montre un autre exemple. Si le P. Grueber ne parle pas de Bhatgaon, qui

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pourtant égalait en importance les deux autres capitales, c'est que la guerre avait obligé les deux voyageurs à éviter le territoire de Jagat Frakâça.

Les résultats du voyage du P. Grueber ne tardèrent pas h s'inscrire sur les cartes géographiques. Nicolas Vissclier semble avoir été le premier à les mettre en œuvre dans son Indiœ Orientais ncc non Insidarum adjacentium nova descriptioy qui fait partie de Y Atlas Minor sive totius orbis terrarum contracta deUneatio, ex conatibus Nie. Visscher. (Amst. Bat. apiid Nicolaum Visscher.) L'Allas Minor ne porte pas de date. L'éditeur des Remarkable maps of tlie XV'XVII'^' century\ qui reproduit cette carte, prétend qu'elle est extraite du Novus Atlas^ de Janson, daté de 1657-1658. Cette assertion est inacceptable. La carte est manifestement fondée sur les données de Grueber, et ne peut pas être antérieure à l'arrivée de Grueber en Europe; elle date au plus tôt de 1663. Les étapes du P. Grueber s'y échelonnent comme une illustration de son itinéraire; les noms de localités y gardent les particularités de forme qui tiennent à Grueber lui-même ; les positions sont déterminées par ses observations. Les erreurs commises accusent encore l'origine de l'emprunt. Cî///w (=Kuti), la station entre Lassa et Carfm^/zûfe, doit manifestement son existence à une confusion de lettres fondée sur la graphie de Grueber : Cuthi. CadmendaRu?>^\ n'est qu'une modification graphique de Cadmendii. Il y a mieux : Visscher, trompé par la notation germanique du P. Grueber, n'a pas reconnu Patna dans la ville de Battana^ étape intermédiaire entre Mutgari (Motihari) et Bénarès ; il a porté sur sa carte Patna et Battana en les séparant même par une longue distance. De plus, obligé d'encadrer les connaissances nouvelles dans

1. Publié par Préd. Muller, Amsterdam, 1895. Part. III, n® 4.

2. Novus Atlas, das ist Wellbeschreibung, 5« voL Grosse Atlas, 8« part. Wassertoelt. Amsterdam, 1657-1658, fol.

LES DOCCMENTS EfROPÉESS 91

les données traditionnelles de la cartographie antérieure, Visschera logé le Necbal entre le Gange à l'O., et à l'E. un des 5 fleuves par où le lac Chiamay épanche ses eaux daus VIndia extra Gangem. Le pays de Bcngala le limite au Sud, le pays d'Udessn ' (Orissa) au Nord-Ouest ! Cirote, situé juste au Sud de Cadmenda, entre le Necbal et le pays de Verma (Birmanie) est le pays des Kirâtas, qui

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