Missio Apostolica... y II, p. 49 et aussi p
3. Sur le voyage de Desideri, v. Puim, Rivista Geografica Italiana, décembre 1900.
prestige de la persécution. En 17161e « roi du Tibet Ginghir Khagn le Tartare ^ » avait rendu un édit qui les exemptait de taxes. En 1725, après la défaite des Dzoungares qui avaient renversé *i Ginghir Khagn », le nouveau roi installé par la Chine triomphante, « Telcihin Bathur », confirma ce privilège. En 1732, le P. Horace de Penna, qui descendait au Népal, se vit octroyer un passeport qui prescrivait « à tous Gabeliers de n'exiger aucun impôt du Lama Européen qui était venu à Lassa, capitale du riche royaume de Tibet, pour aider et pour faire du bien à tous* ». Mais leur succès s'arrêtait à ces politesses officielles d'une valeur banale.
La succursale népalaise de la mission du Tibet avait eu une existence un peu plus agitée, un peu moins terne aussi. En 1715 les Capucins avaient fondé un hospice à Katman-
1. Ginghir Khagn (Gengis Khan) n'est autre que Latsan Khan, chef des Khoskhotes, mentionné plus haut. — V. Koeppen, Die Religion des Buddha, II, 190, n. 1. — Telcihin Bathur (Teldjin Bagathur) était un ancien ministre de ce prince. Cf. Koeppen, II, 196, n. 3.
2. Le passeport tout entier est publié dans : Relazione del principio c Malo présente délia missione del vasto Regno del Tibet ed altri due Regni confinanti, raccotnmandata alla Vigilanza e Zelo de Padri Capuccini, délia Provincia délia Marca nello Stato délia Chiesa. — In Roma, nella Siampei^ia di Antonio de Rossi^ 1742, 12 pages petit in-4. — Je n'ai pas vu l'ouvrage original; mes citations sont empruntées à la traduction presque intégrale insérée dans Nouvelle Bibliothèque ou Histoire littéraire des principaux écrits qui se publient. T. XIV, janvier-février-mars MDCCXLIIl, à la Haye, chez Pierre Gosse, p. 46-97. — La plaqueUe, publiée par les soins de la Propagande, à l'aide des informations fournies par le P. Horace de Penna, avait pour objet, comme la Missio Aposlolica citée plus haut, d'attirer des souscriptions à la mission du Tibet. Le P. Cassie> (Relazione inedita, Riv. Geogr. Ital., IX, 112) montre bien à quoi se réduisaient dans la pratique ces privilèges si facilement octroyés. Le roi du Tibet avait donné à la petite troupe des Pères qui se rendait à Lhasa une réquisition qui les autorisait à s'approvisionner de combustible et de fourrage partout et chez tous, exempts ou non exempts, privilégiés ou non privilégiés. Mais, dans presque toutes les localités qu'ils traversèrent, les Pères trouvèrent les chefs nantis de documents également authentiques et formels qui les dispensaient expressément de toute obligation à Tégard des réquisitions ; si bien que de Kuti à Lhasa les Pères ne furent approvisionnés que six ou sept fois.
dou; mais « refProyable persécution soulevée par les Brahmanes » les contraignit à fuir pour chercher ailleurs un asile. Ils mirent h profit la rivalité constante entre les rois de Katmandou et ceux de Bhatgaon. Bhûpatlndra Malla, qui régnait alors à Bhatgaon, les accueillit avec bienveillance; en 1722, les missionnaires substituèrent officiellement Bhatgaon à Katmandou comme siège de la succursale du Népal ; mais ils ne renoncèrent pas définitivement h leur premier poste. Le P. Horace de Penna, appelé de Lhasa au Népal avec le titre de a Préfet de la mission », réussit à force d'adressée! d'énergie àreprendre possession de la place. Arrêté, mis on prison, réduitcomme tous les prisonniers a la condition d'esclave royal et astreint aux plus dures besognes, il sut faire parvenir au roi de Katmandou un catéchisme en langue névare qu'il avait sans doute composé lui-même, car il possédait h la fois le tibétain et le névari. La lecture de l'opuscule dissipa les préventions du roi ; il autorisa les Capucins à s'établir dans sa capitale el à y prêcher.
La mort réduisait le nombre des Pères. En 1727, il n'en restait plus que neuf; trois autres succombèrent peu de temps après, suivis d'un autre encore. La mission ne comptait plus au total que cinq Capucins usés et vieillis. En 1731 le P. Joachim de Santa Natoglia (de Lhasa), le P. Horace de Penna, « Préfet de la mission du Nekpal (de Battgao) », et le P. Pierre de Serra Petrona (de Chandernagor), expédièrent une supplique à Borne pour demander du renfort. En 1735, la Propagande autorisa un nouvel envoi de missionnaires, mais au nombre de trois seulement. Le P. Vito de Becanati fut désigné pour en être le supérieur. Les pauvres Capucins de l'Himalaya durent éprouver une déception à se voir si pauvrement secourus. Le P. Horace de Penna, qui comptait 24 ans de séjour continu dans ces régions, s'embarqua pour l'Europe, et arriva à
Rome en 1738. Il multiplia ses efforts pour intéresser les bonnes âmes à la mission du Tibet, inspira plusieurs publications de propagande, et rédigea nombre de notes qui servirent plus tard à la compilation de Y Alphabetiim Tibetanum. Puis il s'en alla courageusement, à soixante ans passes, rejoindre son poste de combat*.
La mission, grâce à l'impulsion qu'il lui avait donnée, n'avait pas souffert de son absence. Le P. de Recanali avait obtenu du roi de Bhatgaon, Ranajita Malla, les mêmes faveurs que ses devanciers*. « Se trouvant avec deux de ses compagnons à Népal, la capitale, la doctrine qu'ils y prêchèrent touchant notre sainte Loi plut si fort au monarque qu'après leur avoir accordé, par instrument public, pour leur habitation un grand Palais qu'il avait confisqué sur un de ses Grands, il leur octroya encore pour la liberté de conscience un privilège qu'il fit publier dans son Royaume et que le Père Supérieur fit remettre au Père Procureur Général de son ordre. La traduction en est ainsi conçue :
« Nous Zaervanegitta Malla, Roi de Batgao dans Népal, accordons en vertu de ces présentes à tous les Pères Européens de pouvoir prêcher, enseigner et attirer à leur Reli-
1. Il ramenait avec lui une escouade de nouveaux missionnaires: P. Cassiano da Macerata, P. Floriano da Jesi, P. Innocenzo d'Ascoii, P. Tranquillo d'Apecchio, P. Daniele da Morciano, P. Giuseppe Maria de' Bernini da Gargnano, P. Paolo di Firenze. Partis en mars 1739 de Lorient, ils arrivèrent à Pondichéry en août, à Chandernagor le 27 septembre, à Patna en deux groupes le 8 et le 16 décembre, à Bhatgaon le 6 février 1740. Le P. Horace dut y attendre les passeports tibétains jusqu'au 4 octobre ; il se mit alors en route et entra à Lhasa le 6 janvier 1741 (Memorie Istoriche, p. 3-16).
2. A en croire le P. Cassien {Memorie Istoriche, p. 16) le roi de » Batgao » avait envoyé un de ses parents à la maison de Patna pour demander des Capucins. Le P. Joachim da Santa Natoglia et le P. Vito da Recanato étaient venus à son appel, et avaient « rouvert l'hospice abandonné depuis plusieurs années », en 1739. En 1740, il autorisa les Pères à dresser sur la façade de leur maison une croix en fer. Les Pères de la maison étaient alors Vito da Recanati et Innocenzo d'Ascoli, avec le F. Liborio da Fermo.
gion les peuples qui nous sont soumis, et femmes semblablement. Nous permettons à nos sujets de pouvoir embrasser la Loi des Pères Européens sans crainte d'être molestés ni par nous ni par ceux qui ont quelque autorité dans notre Royaume. Les Pères ne recevront de ma part aucun dégoût et ne seront point empêchés dans leur ministère. Cependant tout ceci doit se faire sans violence et d'une pure et libre volonté. Il est ainsi. Casinat, le Docteur, a été TEcri-^ vain. Grisuanfrangh, gouverneurgénéral, le confirme. Bisorage, grand prêtre, le confirme et l'approuve. Donné à Népal l'an 861 au mois de iVlargsies. Bonjour. Salut*. »
L'occasion s'offrit même au P. de Recanati de fonder en dehors du Népal une succursale nouvelle. Le raja de Bettia qui possédait un petit domaine au débouché des montagnes, sur la route de l'Hindoustan, sollicita l'établissement d'une mission par une lettre « donnée àBattia, l'an 184, au mois de Busadabi ^ ». Cette lettre, l'édit de Ranajita Malla, et d'autres pièces analogues, « furent envoyées au Procureur Général afin que, comme il le fit, il les rendît au Pape qui en reçut une grande consolation et remit tous ces paquets à la Sacrée Congrégation de la Propagande. S. S. a décidé d'envoyer à ses frais propres quelques religieux. Elle a écrit au roi de Battia un très beau bref..., et il lui a aussi paru convenable d'écrire un autre bref au roi de Batgao en Népal pour le remercier du Privilège rapporté ci-dessus et pour lui adresser la même exhortation [qu'au roi de Battia]' ».
1. Le mois de Margsies, c'est-à-dire Màrgarirsa de l'an 861 (écoulé, selon l'usage) correspond à peu près à novembre 1740. Le nom du roi, Zaervanegilla Malla, transcrit assez fidèlement Jaya Uaçajita Malla. — J'ai emprunté ce document et la citation qui le précède à la Relazione del principio e slato présente.
2. La date de 184 se rapporte clairement à l'une des deux ères fondées par Akbar et qui partent de son avènement, ère Fazli ou ère llâhi. L'une et l'autre donnent comme équivalent 1740-1741 A.-D.