Gli Scnlli, p
2. Alphabetum Tibetanum Missiomim Apostolicarum commodo editum. Prœmissa est disquisitio qtca de vario litterarum ac regionum nominej gentis origine, moribus, superstitione ac Manichœismo fuse disseritur. Beausobrii calumniœ in Sanctum Augus tinum aliosque Ecclesiœ Patres refatantur. Studio et labore Fr. Augustini Antonii Gkorgii Eremitœ A\tgustiniani. Romœ MDCCLXH, Typis Sacrœ Congregationis de Propaganda Fide. 4».
polyglolle où la linguistique prend un air de grimoire, où la scolastique manie el fausse Térudilion. C'est dans ce pol-pourri déconcertant que se retrouvent un routier complet de Chandernagor à Lhasa par le Népal et nombre de détails, jetés au hasard de la controverse, touchant les divinités et le culte du Népal *.
De Chandernagor à Patna, l'itinéraire est double : par eau et par terre. Le missionnaire, ou le voyageur, arrivant d'Europe fait escale à Calcatà et prend terre à Chandernagovy où il se rembarque sur un bateau plus petit pour remonter le Gange. Les étapes valent d'être rapportées une à une ; elles n'ont pas trait directement, il est vrai, à notre sujet, mais ce défilé de noms a la mélancolie éloquente des ruines ; il résume en traits saisissants les jeux capricieux de la nature et de la politique sur le sol de l'Inde. Il n'a fallu qu'un siècle et demi pour abolir tant de grandeurs. Que restera-t-il, après un siècle et demi, des splendeurs d'aujourd'hui?
Chandernagor, colonie française, était une paroisse des Jésuites ; mais un décret de la Propagande y avait concédé un couvent et une église aux Capucins pour leurs relations avec les missions tibétaines. De là à Cionciitrat [Chinsurah], colonie hollandaise, avec un couvent et une église d'Augustins ; puis Bandel et le fort d'Hugli, jadis aux Portugais, avec un couvent ruiné d'Augustins ; Saedabat [Sayyidabad], comptoir français ; Calcapur, comptoir hollandais ; Casimbazar, comptoir anglais [aujourd'hui déserf] ; Mûxudabat [Maksudabad appelé surtout Murshidabad], résidence du nabab, marché opulent, avec une population de 1 500000 habitants [aujourd'hui 40 000 h. ; le fleuve a déserté le lit
1. Le routier du P. Georgi est emprunté au moins pour la plus grande partie (et aussi pour les illustrations) à la Relation du P. Gassien, comme le démontre l'analyse donnée par M. Managhi, Rivista Gcografica Italiana, 1901, p. 611, sqq. Gf. sup. p. 114, n. 6.
de la Bhagirathi] ; Bagankolà [Bhagwangola ; en amont on rejoint le lit présent du Gange] ; puis Godagari « magna ac celebris » [un village de batellerie] ; Mortamhanadi ; Raggmol [Rajmahal], à la limite entre le nabab d'Hugli et le nabab de Béhar; Sacrigali [Sikrigali], forteresse à la frontière du royaume de Bengale ; Galiagali, en Béhar ; Baghalpor [Bhagalpur] ; Giankirà; Gorgàt « Gangisimpetu pêne dirutum » ; confluent de la Bagmati ; Mongher [Monghyr] ; Sita Kun « sive Sitœ Kunnus » [Sitakund] ; Surggaraha [Surajgarha] ; Deriapur; Caladirà « oppidum incolis frequentissimum », en aval du confluent àwKandok ou Kandak [Gandaki], qui vient du Turut [Tirhut] ; Paîna, avec un couvent de Capucins, des comptoirs français, anglais, hollandais, et une population de 1 million d'âmes. Au total 900 M. P. [milliers de pas] ; 8 jours de navigation pour descendre, 40 jours pour monter de Chandernagor.
La route de terre bifurque à Casimbazar, passe par Moxudabat M. P. II, Saraidivan XIV, Aurangabad XXII, SarcebadXWl RaggmolWl SacrigaliWm, Sa?ibadX\lll, Colsnon XXIV [Colgong], Basai pw XXIV [Bhagalpur], Sultan-sansè XVIll, Safiesevad\y\\\^ ISavabgansàWyWl, Tersanpur XWl, Bahr XX, Daicentpur X [Baikanthpur], Patna X ; au total 360 milliers de pas.
De Patna part la route du Népal et du Tibet.
Tout d'abord on remonte le ^awrfac[Gandaki] en bateau presque une journée entière, jusqu'à Singhia [Singeah] sur la rive gauche de la Gandaki, comptoir hollandais. Toute la suite du voyage se fait par voie de terre. A mille pas de Singhia, Lalganj \ puis Patara VII, Dubiai VI, Shain XII, Messi XIV [Maisi, sur la rive droite de la Buri Gandaki]. Les Capucins mettaient cinq jours pour y aller de Patna. C'est la dernière ville de THindoustan quand on se rend au Népal. Le raja de Bettia la possède à charge de payer un tribut de 10 000 roupies au Mogol. [Georgi pro-
pose à tort de l'identifier avec Motigar de Titinéraire de Grueber, car Mutigar est Motihari situé au N.-N.-O.] Ensuite Kalpaghur XIV ; Barrihtià XVI, qui est la frontière de l'Empire du Mogol*. On passe ensuite sur le territoire du raja de Maquampur\ on traverse une forêt épaisse large de 28 mille pas, longue de 100 de TE. àTO. ; les éléphants, les rhinocéros, les tigres, les buffles y gîtent, et bien d'autres bêtes sauvages, si bien qu'on y court risque de mort. La nuit on porte sur les quatre côtés du palanquin de grands feux, on crie, on bat le tambour, on fait du bruit avec les armes pour écarter les tigres. Mais les porteurs et les guides qui sont idolâtres font usage surtout de figures superstitieuses et de charmes magiques. La chasse des fauves donne de gros profils au raja de Maquampur. Au milieu de la forêt on voit nombre de ruines ; c'est, dit-on, les restes de la grande et antique ville de Scimangada. On rapporte bien des histoires sur cette ville, et on en montre un plan gravé sur une pierre kBaigao [Bhatgaon], sur la grande place. On trouve aussi, mais rarement, de vieilles monnaies qui la représentent de même construite en forme de labyrinthe.
[Scimangada est la ville de Simraun ou Simraun-garh, où le roi Harisimha régnait avant do conquérir le Népal, et d'où il fut chassé parles Musulmans.]
Hetondà ou Hedojidà est une ville célèbre et une garnison à la limite du royaume de Maquampur. Le pays de
1. Le P. Cassien écrit: Barikuà. Au témoignage du P. Cassie> {Riv. Geogr. liai., 1901, 614), l'itinéraire dans celte région avait pour objet principal d'esquiver les douaniers « qui cherchaient à extorquer le plus possible aux Népalais chaque fois qu'ils descendaient dans FHindoustan ; aussi les frères évitaient soigneusement les lieux habités pour se soustraire aux rigueurs des ciokl (douaniers) ; mais à chaque lieu où ils passaient, ils les trouvaient toujours là, et ils devaient toujoui*s soutenir des contestations et des disputes sans fin »,
LES DOCUMENTS EUROPÉENS 12f
Maquampur, tout en forêts, s'étend de l'E. à l'O. entre les deux royaumes de Nekpal et de Bettia.
Giorgiur [Jurjur] au pied des montagnes de Maquampur. XV.
Les chars et les muletiers s'arrêtent là. Jusqu'aux confins du royaume des Tibétains on ne peut employer que des porteurs au transport des marchandises et de tout le matériel de route. On les appelle en Hindoustan Barià. Tous les ans, au retour d'avril, une maladie nommée Ollà (aoul) sévit sur l'indigène comme sur l'étranger ; elle se déchaîne sur tout le pays qui s'étend de l'Hindoustan aux frontières du Nekpal ; et elle ne cesse complètement qu'à la fin de novembre. Beaucoup de gens, surtout dans les lieux bas et marécageux, périssent frappés de cette maladie ; il faut se tenir toute la nuit dans les maisons, les fenêtres closes, et pendant toute la durée du fléau émigrer ailleurs et monter assez haut sur les montagnes pour y respirer un air salubre. Encore avec tous ces moyens on n'échappe pas toujours au mal ; il en est qui ont beau changer de séjour et chercher un ciel plus clément, ils emportent avec eux le germe morbide et sont en fin de compte atteints. Ceux qui ont échappé une fois peuvent habiter impunément le pays en toute saison et circuler sur les routes en pleine période de contagion. Le mal, dès son premier assaut, secoue le corps entier, abat toutes les forces ; on souffre d'un afiTreux mal de tête ; on a des hémorragies, et la fin ne tarde pas \
1. Pour contrôler le témoignage de Georgi, il faut lire la description de la Grande Forêt et de Paoul qui y sévit, telle que la rapporte le P. Desideri (cité dans Gli Scrilli, p. xviii-xix). Le P. Desideri traversa le Téraï en janvier-février 1722. Le P. Marc a également dépeint les dangers formidables de la région (Gli Scritti, p. 48); il les connaissait par expérience, car il faillit en être victime. Pour avoir traversé le Téraï en décembre, afin de rejoindre le major Kinloch qui le mandait avec insistance (1767) il attrapa une fièvre putride qui le tint malade six mois et dont il pensa mourir (Gli ScrUti, p. 25). Les précautions qu'il indique
En outre le royaume du Nekpal est sujet pendant toute Tannée à des épidémies de varioles ou rougeoles, en langue indigène Sizilà. Pour empêcher la contagion de se propager au Tibet, le gouverneur de la province limitrophe prend de sévères mesures ; c'est que le mal une fois introduit fait des ravages dans cette population, qui n'y est pas naturellement sujette.
On voit tout le long du chemin des singes, des paons, des perroquets, des tourterelles et des pigeons verts et d'autres oiseaux qui amusent les yeux et adoucissent les difficultés du chemin. Qu'on se garde de tuer les singes ; tuer un singe, c'est un sacrilège, comme de tuer une vache ; pour l'expier il faut la vie et le sang du meurtrier.
Possè : aldea. VI.
Maquampur est en dehors du chemin à 10 mille pas de Possè. « Iter plane horridum. »
Thegam\ castrum. X.
C'est la limite du domaine du raja de Maquampur.
Bagmaii: fleuve sacré du royaume de Nekpal.
Kakokù: cours d'eau.
Khuà : bourg qui dépend du raja de Patan. XIV.
On peut comparer la construction des édifices et des murs à ce qui se fait chez nous.
Le royaume de Nekpal est tout entier divisé entre trois dynasties : Patan, Batgao et Katmandù, Les trois rois régnent chacun sur leur territoire propre ; mais ils se haïssent si fort qu'ils se font constamment la guerre et se portent une inimitié implacable. Les marchands et autres voyageurs qui viennent de THindoustan en passant par
valent d'élre signalées : il ne faut pas boire d'eau de la région ; il faut avoir un morceau de camphre à la bouche. Au reste, le pays n'a guère changé d'aspect depuis le xvni" siècle ; mais, grâce aux Anglais, on y peut voyager plus vite et rester moins longtemps exposé aux dangers de la route.
Khuà avec Tintenlion d'aller à Batgao sont avertis par le Pardan [Pradhâna], qui est le maire, d'avoir à se diriger sur Palan, Les gens de Palan pensent ménager ainsi, en temps de guerre, et la sécurité publique et la rentrée des impôts. Entre Khuà et Batgao la route est facile et délicieuse, par des collines charmantes.
Il y a six tourelles le long de la route jusqu'à Patan, avec des corps de garde \
Le P. Marc décrit un autre itinéraire qui mène également au Népal, mais en partant de Bettia. « On va vers le N.-E. ; pendant trois jours on traverse un terrain de hautes herbes qui servent de repaire aux tigres, aux ours, aux rhinocéros, aux buffles. On n'y trouve pas de grandes routes, mais de tout petits sentiers qu'on a peine à reconnaître. On arrive enfin au pied des monts où se trouve un petit fort de montagne appelé Parsa^ qui est dans les forêts ; c'est là que les voyageurs doivent payer le tribut. De Parsa on traverse encore ces forêts et on arrive le soir à Bisciacor, qui est à l'encontre d'un petit ruisseau qui descend des montagnes ; on y reste la nuit pour être à l'abri des tigres ; à cet effet on allume de grands feux et on fait bonne garde. De là commencent les montagnes. La seconde nuit on fait halte à Etondà, où finit le royaume de Macuampur, qu'on laisse à droite. C'est là qu'en 1763 l'armée de Casmalican, voulant aller prendre furtivement le Népal, se trompa de chemin. A Etondà ils prirent à droite, se trouvèrent en Macuampur, assaillirent une des trois forteresses qui défendent Macuampur. Ils ne purent la prendre parce qu'un seul homme et deux femmes qui s'y trouvaient se défendirent vaillamment. Avec des pierres seulement ils forcèrent 10 000 personnes à se retirer. Deux jours après il entra dans la forteresse cinq autres hommes,