‹ Le Népal: étude historique d'un royaume hindouChapitre 33 sur 85 · Cheu-kia'fang-tchij comme ci-dessus · texte numérisé non relu

Cheu-kia'fang-tchij comme ci-dessus

dynastie, une multitude de pèlerins foulaient alors tous les ehemins qui vont de la Chine à Tlnde, ouvriers obscurs de l'expansion chinoise. Le Népal en vit passer plusieurs, et leur fut hospitalier. Le plus mystérieux de tous et le plus considérable était Hiuen-tchao ; parti de Chine vers 640^ il avait pris par le ïokhareslan et le Tibet ; la princesse chinoise qu'avait épousée Srong-tsan Gam-po lui donna une escorte pour le conduire dans Tlnde du Nord. Wang Hiuen-ts'e, au cours d'une de ses missions, avait entendu vanter les vertus de ce religieux ; il les signala dans son rapport au trône, et il reçut mandat de ramener Hiuen-tch'ao à la capitale. Hiuen-tch'ao rappelé par l'empereur « passa par le royaume de Népal ; le roi de ce pays lui donna une escorte qui l'accompagna jusque chez les Tibétains ; il y retrouva la princesse Wen-tch'eng [la reine] qui lui donna beaucoup de présents, le traita avec honneur, et lui procura les moyens de revenir dans le pays des T'ang. » 11 mil neuf mois pour se rendre de Tlnde du Nord à Lo-yang, où il arriva en 664-665.

fl avait dû traverser le Népal à la fin de Tan 663. Un ordre de l'empereur le renvoya presque aussitôt dans rinde ; il passa cette fois sur les traces de Hiouen-lsang par le versant occidental du Pamir, franchit l'Indus, et s'en alla séjourner à la grande Université bouddhique de Nâlanda, en Magadha. C'est là qu'il fut rencontré, entre 675 et 685, par l'illustre émule de Hiouen-tsang, I-tsing, qui y poursuivait de laborieuses et fécondes études. Mais quand Hiuen-tch'ao songea au retour, l'Asie Centrale avait brusquement changé de face. L'Islam à peine fondé venait d'entrer en scène : « sur le chemin du Kapiça, les Arabes arrêtaient les gens. » Le Tibet s'était brouillé avec la Chine : « sur le chemin du Népal, les Tibétains s'étaient massés pour faire obstacle et empêcher de passer. » De toutes les routes de la veille, il ne restait plus que la voie de mer. Hiuen-tch'ao

n'eut pas le temps de Tentreprendre. Il tomba malade et mourut dans Tlnde du Centre.

D'autres religieux avaient encore réussi à passer en temps opportun. Entre 650 ef 655, un moine natif d'outre- Chine, parti de Corée, Hiuen-t'ai, traversa le Népal pour atteindre l'Inde Centrale. Vers le même temps, Tao-fang se rend au Magadha par la voie du Népal ; il séjourne plusieurs années au couvent de Mahâbodhi, puis retourne au Népal où il se flxe. Il y demeurait encore vers 690. Peutêtre il aimait à y retrouver le dieu de son berceau, Mafijuçrî, adoré sur les hauteurs de l'Ou-t'ai chan, dans l'arrondissement de Ping où il était né, et que le bouddhisme népalais vénère aussi comme une sorte de divinité patronale. C'est aussi du même arrondissement de Ping que venait le religieux Tao-cheng qui s'achemina vers Nâlanda, peu de temps avant l'an 650, par le Tibet et le Népal. Sur le chemin du retour, il ne revit le Népal que pour y mourir, à l'âge de 50 ans. Le JNépal fut encore funeste h Matisimha, natif de Tch'ang-ngan, qui vint mourir au Népal à 40 ans, tandis qu'il rentrait dans sa patrie, et aussi à Hiuen-hoei, qui revenait du couvent de Mahâbodhi, et n'avait que 30 ans quand il mourut au Népal. Sans doute affaibhs déjà parle chmat de Tlnde, ils contractaient au passage du Téraï des fièvres mortelles. Les couvents népalais reçurent encore comme hôtes deux Chinois à demi tibétains déjà ; leur mère était la nourrice de « la princesse tibéfaine ». L'un d'eux résidait encore au Népal dans le Çiva-vihâra, quand I-tsing était dans Thide '.

Dès que le Népal avait connu la puissance de l'Empire

1. V. sur ces divers personnages : I-tsing. Les religieux é mi neufs qui

§ 18 et 19 (les deux derniers).

Chinois, il s'était empressé de rechercher la protection du suzerain lointain qui pouvait le défendre contre les convoitises des Hindous et des Tibétains, sans menacer de trop près son indépendance. Le roi Narendra deva, qui avait accueiUi avec déférence la mission de Li I-piao vers 644. envoya en 651 une ambassade porter au Fils du Ciel ses présents respectueux. L'Inde et la Chine à ce moment semblaient se chercher, s'appeler, et vouloir se fondre pour élaborer en commun une forme supérieure de civilisation ; Tœuvre patiente des apôtres et des pèlerins qui sillonnaient depuis cinq siècles le centre de TAsie allait porter ses fruits. Un voisin du Népal, un prince hindou qui prétendait sortir d'une dynastie vieille de quatre mille ans, le plus puissant vassal de Tempereur Harsa Çîlâditya, Kumâra Bhâskara varman, roi de Kâmarûpa, comblait de prévenances les Chinois qui passaient dans Tlnde, qu'ils fussent des envoyés officiels comme Li I-piao et Wang Hiuen-ts'e ou des moines comme Hiouen-tsang et ïao-cheng. Tout attaché qu'il était aux doctrines orthodoxes du brahmanisme, il soUicitait de la faveur impériale une traduction sanscrite des œuvres de Lao-tzeu \ Le mysticisme métaphysique de l'Inde et le réalisme vigoureux de la Chine mis en contact pouvaient créer dans l'Extrême-Orient un monde harmonieux de croyance et d'action. Les Arabes et les Tibétains surgirent tout h coup pour anéantir h l'envi ce beau rêve. Un demi-siècle avait suffi pour porter la vague furieuse de l'Islam jusqu'au pied du Pamir, un demi-siècle avait suffi pour créer sur les plateaux glacés du Tibet une puissance rivale des T'ang. La Chine, humiliée, recule. C'est en vain que trois fois, entre 713 et 741, le Centre et le Sud de l'Inde sollicitent le secours de l'Empereur, qu'ils croient encore tout-puissant, contre les de.ux ennemis qui

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