La Nouv. hist. omet le mot « cinq
fi. Le Tongtien remplace cette énumération par ces simples mots ; « Le roi porte un grand nombre d'ornements, de pier^s précieuses et de perles. »
Les grands et les officiers et toute la cour sont assis à droite et à gauche par terre ; à ses côtés sont rangés des centaines de soldats en armes.
« Au milieu du palais il y a une tour de sept étages, couverte de tuiles en cuivre. Balustrades, grilles, colonnes, poutres, tout y est orné de pierres et de pierreries. A chacun des quatre coins de la tour est suspendu un tuyau de cuivre ; en bas il y a des dragons d'or qui jettent Feau. En haut de la tour on verse de Teau dans des auges ; de la bouche des dragons elle sort en jaillissant comme d'une fontaine.
« Le père de Na-ling ti-po fut renversé du trône par son frère puîné* ; Na-ling ti-po s'enfuit pour échapper à son oncle. Les T'ou-fan lui donnèrent refuge et le rétablirent sur son trône ; il devint en conséquence leur vassal. Dans la période Tcheng-koan (627-649) Li I-piao, officier militaire deTempereur envoyé en ambassade dans Tlnde, passa par ce royaume. Na-ling ti-po le vit avec une grande joie ; il sortit avec Li I-piao pour visiter Tétang A-ki-po-li ^ ; cet étang a environ vingt pas de circonférence ; Teau y bouillonne constamment. Quoiqu'elle s'écoule en courant, elle entraîne pêle-mêle les pierres brûlantes et le métal échauffé. Elle n'a jamais de crues ni de maigres. Si on y jette un objet, il en sort de la vapeur et de la flamme ; si on y met un chaudron, la cuisson se fait en un instant. Dans la suite ^ quand Wang Hiuen-ts'e fut pillé par les Indiens, le Népal envoya de la cavalerie avec les T'ou-fan ;
t. Le texte de la Nouv. hist. prouve qu'il s'agit du frère puîné du père de Narendra deva. La Nouv. hist. substitue à tcfiouen « rebelle usurpateur» le mot « cha » « mettre à mort ».
2. Le Tong-tienj^ovi^ A-ki-po-mi. Cf. Wang Hiuen-ts'e, sup. p. 158.
3. La Nouv. hist. passe sous silence l'affaire de Wang Hiuen-ts'e et intercale ici : « La 21 • année (647) il envoya un ambassadeur présenter (des objets que je ne puis identifier, 7 caractères). Dans la période Yong-hoei..., etc. »
ensemble ils mirent les Indiens en déroute et remportèrent un succès. La seconde année de la période Yong-hoei (651) leur roi Chi-li Na-lien-to-lo (Çrî Narendra) envoya de nouveau une ambassade offrir ses hommages et ses présents. »
Isolé de la Chine * dès la fin du vu* siècle, le Népal reste attaché au Tibet comme vassal et comme précepteur religieux, (lonvorti à la doctrine du Bouddha, le Tibet en son zèle veut la connaître et l'étudier tout entière ; il demande aux couvents népalais des traducteurs {loisavas) initiés aux arcanes desTantras. Mais lalittéralure tibétaine est presque inexplorée encore ; son histoire est tout entière à faire. Elle ne saurait manquer d'enrichir un jour nos connaissances sur le passé du Népal. Le seul missionnaire dont nous puissions suivre l'itinéraire à travers le Népal est le célèbre pandit Atîça qui passa de l'Inde au Tibet vers le milieu du xi" siècle. Atîça, le premier en date des fondateurs du lamaïsme tibétain, venait du monastère de Vikrama çîla, en Magadha. Mandé par le roi Lha Lama Jiiâna raçmi (ou Gurei), qui régnait sur la province de Ngari, à l'extrême Occident du Tibet, Atîça choisit la route du Népal, malgré le détour qu'elle lui impose afin d'adorer le très saint sanctuaire de Svayambhû Nâtha, dans le voisinage de Katmandou. Il franchit la frontière entre l'Inde et le Népal près de Cindila krama, monte au Népal ; puis il se dirige à
1. Peu (le temps encore après la chute des T'ang, vers la iin du x« siècle (96'i-976) une dernière mission de prêtres chinois passa encore au Népal. Ki-ye, parti en compagnie de trois cents çramaças pour chercher dans Tlnde des textes sacrés, se rendit à Pàtaliputra, VaiçÀll, Kurinagara; puis du hourg de To-lo franchissant plusieurs rangées de montagnes, il arriva au royaume de Népal. De là il passe au royaume de Mo yu-li (le pays de Mayûratô de l'inscription de Svayambhû NÀtha, Wright, p. 230), franchit les montagnes neigeuses, arrive au temple San-ye, et rejoint la route de Khotan et Kachgar. V. Edouard Huber, V Itinéraire du pèlerin Ki-ye dans Vlnde dans le Bulletin de l'École française d' Extrême-Orient^ 11, 3, 256 sqq.
l'Ouest vers Palpa, pour aller y saluer le roi souverain du Népal, qui y tenait sa cour. Le roi le reçoit en grande pompe, lui fait cadeau de son propre éléphant, et lui donne une escorte de 425 personnes pour raccompagner jusqu'au lac Mânasa (Manasarovar), probablement par les passes de Mastang ^ .
L'anarchie qui déchira le Tibet jusqu'au xiir siècle avait interrompu les relations politiques avec le Népal ; l'organisation du lamaïsme vers le milieu du xuv siècle consomma la séparation rehgieuse des deux pays. Le clergé népalais, jaloux de ses privilèges et de ses prérogatives, repoussait avec énergie la suprématie du Grand-Lama du couvent de Sa-skya que le petit-fils de Gengis khan voulait imposer aux bouddhistes. L'intérêt monarchique avait pu déciderle Mongol Khoubilai khan à créer une sorte de pape ; le Népal était assez loin pour sauvegarder son indépendance religieuse avec son indépendance politique. La ruine des Mongols et l'avènement d'une dynastie nationale en Chine en 1368 anéantirent le système de pohtique religieuse inauguré par Khoubilai. Les Ming travaillèrent avec vigueur à supprimer un pouvoir qui finissait par faire échec à la puissance temporelle ; ils multiplièrent les dignités et les honneurs à côté du Grand-Lama pour affaibhr son prestige et lui susciter des concurrents. Le fondateur de la dynastie, Hong-wou (1368-1399), semble avoir élevé au même rang que le Lama lui-même trois autres patriarches tibétains; le second de ses successeurs, Young-lo (1403- 1425), conféra le litre de roi (wang) à huit lamas du Tibet.
Le Népal pouvait servir les desseins de la politique chinoise: les relations directes entre les deux pays avaient, il est vrai, cessé depuis de longs siècles, mais le panboud-
t. Life of Atiça^ trad. Sarat Chandra Das, dans Journ. Buddhist Text Soc. y I, 25-30.
dhisme mongol avait rappelé rattenlion sur le dernier survivant des royaumes bouddhiques de l'Inde. Justement le bruit courait que « ses souverains étaient tous des bonzes » ; c'était une rivalité de plus à provoquer contre Lhasa. Seize ans après l'expulsion des Mongols, l'empereur Hong-wou « ordonna au bonze Tcheu-koang d'aller au Népal porter au roi un sceau qui lui conférait l'investiture officielle, une lettre, et des soieries, et de se rendre également dans le royaume de (Ti) Yong-ta, vassal du Népal ». Il fallait de sérieuses et graves raisons pour décider le Fils du Ciel à prendre les devants et h honorer un petit potentat d'une amitié qui n'avait pas été sollicitée. « Grâce à la connaissance profonde qu'il avait des livres bouddhiques, Tcheu-koang sut répondre aux intentions de l'empereur et manifester sa vertu. Le roi du Népal nommé Ma-ta-îia lo-mo envoya un ambassadeur à la cour porter des présents consistant en petites pagodes d'or, livres sacrés du Bouddha, chevaux renommés et productions du pays. Cet ambassadeur arriva à la capitale la vingtième année de Hong-wou (1387). L'Empereur en fut très content et lui conféra un sceau d'argent, un cachet de jade, une lettre, des amulettes et des soieries. » L'arrière-pensée de Hong-wou se marquait clairement au titre de « lo-mo » Lama, que les Annales accolent au nom du roi Ma-ta-na ; mais le souverain du Népal dut en être surpris, car la dynastie à laquelle il appartenait se piquait d'orthodoxie et de pureté brahmanique. En 1390 un autre ambassadeur vint apporter le tribut. L'Empereur lui fit cadeau d'un cachet de jade et d'un dais rouge. Pendant les dernières années de Hong-wou, il ne vint qu'un seul ambassadeur pour une période de plusieurs années. L'empereur Young-lo suivit l'exemple de son aïeul. « 11 ordonna au bonze Tcheukoang de retourner en ambassade au Népal; ce pays envoya son tribut la septième année (1409). La onzième
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année, TEmpereur ordonna à YangSan-pao d'aller offrir en présent au nouveau roi du Népal Cha-ko-sin-ti et au roi de (Ti) Yong-t'a, Ko-pan, des lettres, des cadeaux en argent et en soie. L'année suivante (1414) Cha-ko- sin-i ayant envoyé son ambassadeur porteur de son tribut, Tempereur lui conféra le titre de roi du Népal [Ni-pa-la koiio- Wang) et lui fît présent d'un diplôme contenant cette investiture, un sceau en or et un sceau en argent. La seizième année (1418) Cha-ko-sin-ti ayant envoyé de nouveau un ambassadeur porteur de son tribut, l'Empereur ordonna à Teunuque Teng-tch'eng de se rendre au Népal et d'offrir au roi un cachet et des pièces de soie et de satin. Tengtch'eng distribua des présents aux princes des différents pays qu'il traversa. » Le second successeur de Young-lo, Hiuen-te (1426-1435), essaya de continuer la tradition. « La seconde année (1427) l'eunuque Heou-hien fut envoyé de nouveau faire au roi du Népal des cadeaux consistant en pièces de soie et de lin. » Mais la cour de Pékin attendit en vain une politesse de retour. « Dès lors nul ambassadeur ne vint à la cour et nul tribut n'y fut envoyé \ »
C'est que l'Asie Centrale, perpétuellement en effervescence, recommençait à traverser une série de crises. Le descendant spirituel d'Atîça, Tsong kha pa (1 355 à 1 41 7 environ), venait de réformer l'Église tibétaine en créant la secte des Bonnets Jaunes ; héritier accompli des deux civilisations qui l'avaient formé, il avait fondé sur le dogme métaphysique de la transmigration une constitution hiérar-
1. Depuis le passage « les souverains du Népal étaient tous des bonzes », les extraits cités sont tirés àe% Annales des Ming, chap. cccxxi (= Pieni-tien, ch. lxxxv). Je reproduis en général la traduction donnée par M. C. Imbault-Huart, dans une note de son Histoire de la conquête du Népal, dans le Journ. asiat., 1878, 2, p. 357, n. 1. — M. Bretschneider a également donné une traduction de cette notice dans Mediœval researches from Easte m Asiatic sources. 1888 (Londres, Triibner's séries), vol. 11, p. 222.
chique du clergé qui combinait dans un compromis harmonieux les avantages contradictoires de l'élection et de l'hérédité : deux papes, l'un à Lhasa, l'autre à Ta-chiloun-po, se partageaient à des titres divers l'autorité suprême sur le clergé tout entier. L'organisation tentée par Khoubilaï, renversée laborieusement par les Ming, se reconstituait en dehors du contrôle impérial, prête à s'insurger contre lui. Les Ming, affaiblis déjà, durent pactiser avec cette nouvelle puissance. Le huitième empereur de la dynastie, Tch'eng-hoa (1465-1 487), conféra le diplôme et le sceau aux deux pontifes des Bonnets Jaunes, et leur reconnut un droit de suprématie sur les autres dignitaires de l'Église. Il pensait acheter à ce prix leur concours ou leur neutralité, tandis qu'une rébelUon sévissait sur les confins septentrionaux du Tibet, au bord du Fleuve Jaune. Mais la souveraineté accordée aux deux Grands-Lamas souleva des résistances ; la secte des Bonnets-Rouges, éclipsée par l'École de Tsong kha pa, n'avait pas cependant disparu devant sa jeune rivale ; elle recourut au bras séculier, et n'eut pas de peine à gagner la féodalité tibétaine, menacée par le même adversaire. La guerre civile se déchaîna sur toute l'étendue de la contrée : eUe durait encore quand le Jésuite d'Andrada arriva à Chaparangue, en 1625, et quand les Pères Grueber et Dorville passèrent à Lhasa en 1661 ; elle se prolongeait encore quand les premiers Capucins arrivèrent à Lhasa en 1709. Mais elle s'était alors compliquée d'interventions étrangères.
Les Mongols, soumis par les Ming et chassés dans la Terre des Herbes, n'avaient pas oublié leur grandeur passée ; ils attendaient la revanche : l'appui du clergé tibétain leur parut un appoint décisif; ils se rangèrent solennellement sous Fautorité du Grand-Lama en 1577, et se déclarèrent les champions de l'Église à la fois contre les robellcs et contre les Chinois. L'empereur Wang-li (1573-
1620) s'empressa d'adresser au Graad-Laraa une ambassade, des titres et des honneurs considérables ; sa précipitation trahissait sa faiblesse. En 1644, le dernier des Ming, traqué dans son propre palais, se donnait la mort. Depuis dix ans déjà, le chef des Mandchous, T'ai-tsong, avait usurpé le titre impérial. Le Dalai-Lama de Lhasa suivait avec intérêt les progrès du nouveau pouvoir qui surgissait à l'horizon dans le voisinage des Mongols déchus. En 1642, avant la chute même de Pékin, une ambassade venait à Moukden saluer T'ai-tsoug le Mandchou (Manju) sous le nom de Maftjuçrî : la flatterie prenait un tour ingénieux. Un jeu de mots, qui semblait l'écho de la destinée, élevait le triomphateur au plus haut rang du panthéon bouddhique. Les relations entre le Grand-Lama et les premiers Mandchous se bornèrent longtemps à un échange de politesses ; les nouveaux maîtres de la Chine étaient trop occupés chez eux pour se soucier du Tibet. Un ministre audacieux alla même jusqu'à dissimuler pendant quinze ans la mort du Dalai-Lama, engagé, disait-il, dans une méditation surnaturelle, et sous ce couvert il exerça sans être inquiété un pouvoir absolu (1682-1697). Il en profita pour exciter les Mongols à la guerre sainte contre la Chine et pour soutenir sans se compromettre la grande rébellion des Dzoungares. Mais l'empereur K'ang-hi, l'illustre contemporain de Louis XIV (1 662-1 722), réussit à réduire ces ennemis redoutables. Toutefois, avant d'intervenir en personne au Tibet, il lança sur la capitale des Lamas le prince des Khoskhotes, son allié, Latsan khan. La ville fut prise et le ministre usurpateur tué (1706). Peu d'années après, les Capucins fondaient leur mission népalaise (1707-1709). Un nouveau mouvement des Dzoungares amena l'intervention directe de l'Empire : les troupes de K'ang-hi, au nombre de 130000 hommes, occupèrent Lhasa. Le pouvoir spirituel fut laissé au Dalai-Lama ; mais un conseil de gouvernement fut chargé
de radminislration sous le contrôle chinois. Le Tibet perdait son autonomie ; la Chine s'étendait jusqu'aux frontières du Népal.
Les trois rois qui se partageaient le Népal crurent sage de se conciUer au plus vite un voisin dangereux. « Durant la neuvième année Yong-tcheng (1731), les trois tribus qui composaient le pays de Pa-lo-pou (Népal), celles deFeleng (Patan) , de Pou-yen (Bhatgaon) et de K ou[''kou\'-mau (Katmandou) adressèrent chacune à l'Empereur une pétition écrite sur feuilles d'or et offrirent en tribut des productions du pays*. » Le résident chinois au Tibet informa la cour de Pékin que « les trois khans d'oulre-Tibet désiraient envoyer le tribut ». L'Empereur répondit que, vu la longueur du voyage, les choses devaient se faire au Tibet*. Sept ans plus tard, un nouveau rapport officiel annonce « que les trois khans du Népal sont en guerre ' ».
Des relations commerciales unissaient le Népal et le Tibet depuis le début du xvu* siècle. Vers l'an 1600, quand Çiva Simha Malla régnait à Katmandou, le voyage du Népal à Lhasa passait encore pour une entreprise difficile. xMais sous son successeur, Laksml Narasimha Malla, Bhtma Malla, membre de la famille royale et ministre d'État, envoya des trafiquants au Tibet, puis il y alla en personne, et il en expédia des quantités d'or et d'argent à Katmandou. Il négocia même une sorte de traité de commerce en vertu duquel les biens des Népalais décédés à Lhasa devaient faire retour au gouvernement du Népal. Enfin il rangea la ville de Kuti sous la juridiction du Népal \
1. Histoire de la conquête du Népal, trad. ImbauK-Huari, loc. laud.
2. Nepaul and Chinay by E.-H. Parker; dans Asiat. Quart, RemeWy 1899, p. 64-82.
3. 76. Cf. Vantçdv.y 197 : « Al this lime [Népal Satp. 857 =1737 A. D.l the R.ijas of Bhfttgfton, Lalit-patan, and Kftntipur were on bad terms with earh other. »