‹ Le Népal: étude historique d'un royaume hindouChapitre 58 sur 85 · I.\ J'iUTLATlON · texte numérisé non relu

I.\ J'iUTLATlON

r.KS COURKIIAS

Ijes Upâdhyilyas mangent delà chèvre, du mouton, mais ii'inlerdiscnt le cibici". Les deux autres classes, dénom-

m^rcri Kainiyn et l'urubi, scivent de f,'iiiiis t-L d(! pitrohifas aux rliisses infL-rieures, mais non iulimes. Ceux-ci vont jusqu'il élever des porcs et de la volaille destinés à leur table.

Au-dessous du Brahmane, mais à une longue dislance, se classent les Jaisis. Malgré Tidentilé du nom, ils dififèrent totalement des Jaisis Névars ; ceux-ci sont issus de Tunion des brahmanes avec les femmes Névares. Les Jaisis de Gourkha sont issus des unions illégitimes des brahmanes Upâdhyâyas avec les veuves de leur caste ; ils s'occupent d'agriculture et de commerce et forment une classe nombreuse.

Les conquérants ont aussi amené de Gourkha à leur suite un groupe de basses castes dont les services leur étaient indispensables. Ces castes, même les plus viles, jusqu'aux balayeurs et aux corroyeurs, ont droit pourtant au titre de Gourkhas, et passent comme leurs maîtres pour être venues de Chitor. Leur soi-disant origine hindoue donne en quelque sorte une base plus solide aux prétentions des clans militaires.

La première en dignité de ces classes est celle des Khvâs ou Khavas, esclaves ou affranchis royaux qui sont les hommes de confiance du palais ; c'est l'emploi qu'ils tenaient déjà, dit-on, à Chitor. Les bâtards de la famille royale, les enfants nés d'un Thâkuret d'une esclave sont rangés dans cette caste. 11 faut se garder de confondre les Khvâs avec les Ketas ou Kamâras [Karmakâras) qui sont les esclaves ordinaires. L esclavage est en effet une des institutions du Népal; le nombre des esclaves s'y élève à vingt ou trente mille. La provenance en est variée ; les uns sont nés en servitude, les autres, en punition d'un crime, ont été dégradés et vendus ; d'autres, et les plus nombreux, ont été vendus par des parents nécessiteux. Les parents essaient d'abord de les vendre à dos gens de bonne caste qui respectent les obligations de caste de leur esclave; s'ils n'y réussissent pas, ils se résignent à les vendre à des parias ou à des infidèles. L'enfant perd dès lors sa caste, mais les parents conservent la leur, à moins qu'ils reprennent

chez eux leur enfant, même affranchi. Le prix d'un esclave va de 150 à 200 francs pour un garçon, de 200 à 300 pour une fille. Les filles esclaves, même les esclaves de la reine, sont toutes légalement des prostituées ; leurs maîtres ne leur assurent que la nourriture la plus frugale, et les laissent pourvoir à leur vêtement par leurs propres ressources. Une esclave qui a un enfant de son maître peut réclamer son affranchissement.

Derrière les Khvâs vient le Nâi (Nâpita), le barbier, qui appartient encore aux castes pures, en deçà de Teau. Au delà sont:

Le Kâmi (Karmi), forgeron ;

Le Damâiy tailleur et musicien ;

Le Sârki^ tanneur et cordonnier ;

Le Bhât ou Bhânr, musicien qui prostitue sa femme ;

Le Gain (Gâyana), chanteur ambulant;

Le Dhobiy blanchisseur.

Ces castes n'ont pour prêtres que des gens de même caste.

Tous les Gourkhas parlent la langue Khas ou Parbaliya *.

1. Cette langue est aussi désignée sous le nomdeNaipàlî, Gorkhiyâou Gorkhàlî. M. Grierson (Classified List of the Languages of India) la range, dans le groupe des dialectes pahàrîs ou montagnards, sous la rubrique du Paliàrî oriental. Elle a été l'objet d'une grammaire purement pratique : A. TuRNBULL. Nepall gvanunar^ and english-nepali and nepaH-english vocabulary (about 4 000 words). Darjiling, 1888. M. Aug. CoNRADY, qui a créé l'étude scientifique du névari, a publié un drame en naipàli composé au \\\\^ siècle et inauguré ainsi l'étude historique de cette langue : Das Hariçcandra-nrtyamy Ein altnepalesisches Tanzspiel. HabUitationsschrift. Leipzig, 1891. Je dois à mon jeune ami Bhuvan Sham Sher Jang l'envoi d'un « prime}" a à la manière anglaise récemment publié à Pusage des élèves népalais qui veulent apprendre l'anglais, mais aussi très commode inversement aux Européens pour se familiariser avec le parbatiya : Gang\dhar Shastri Dravid. English guide for the use of Nepall Studenls. Bénarès, 1901. C'est à Bénarès, où vivent un grand nombre d'exilés et de réfugiés népalais, que s'impriment les ouvrages destinés aux lecteurs gourkhas, au Gorkhâyantràlaya, au Bhârata jivana Près, au Hitacintaka yantràlaya, etc. La plupart des publications sont des traductions : Ràmâyana, Virâtaparvan du Mahâ Bhàrata, Bhâgavala, Cànakya, Caurapaficàçika. Je signale aussi un recueil

Pârbatîya, dérivé de parbata ou parvala, montagne, est le nom de tous les montagnards du Népal qui, sans être Gourkhas, prétendent également être d'origine hindoue. Le Khas ou Parbatiya (ce dernier nom est le plus usuel) est mieux que toutes les légendes et les généalogies le témoignage probant de Témigration hindoue dans les montagnes. Sa construction, et aussi son vocabulaire pour les huitdixièmes, sont exactement identiques h Thindi, le langage des Hindous de Delhi, d'Agra et de Bénarès. Introduit par les émigrés de Tlnde, il a refoulé les langues tibétaines des vallées, et couvrait déjà tout THimalaya inférieur, à TOuest du Népal, au temps de Prilhi Narayan. La conquête Gourkha Ta introduit dans la vallée centrale, où le névari, plus vigoureux que ses voisins, le tient encore en échec; mais la centralisation du gouvernement assure son triomphe ; il est la langue des rares écoles, et aussi des communications officielles; s'il n'est pas encore parlé partout, il est compris plus ou moins d'une extrémité à l'autre du royaume; les soldats gourkhas l'ont porté jusqu'à la frontière du Sikkim, jusqu'aux abords de Darjiling.

La nation des Gourkhas comprend en outre deux anciens peuples que Prithi Narayan et ses successeurs ont associés à la fortune de leurs armes, mais qui, admis sous caution dans la société hindoue, n'y ont pas encore reçu de situation définitive ; ce sont les Magars et les Gurungs. Les Magars sont de longue date associés aux Khas ; Khas et Magars entrent en même temps dans l'histoire du Népal aux environs du xiv siècle.

Leur origine est clairement tibétaine ; leurs traits et leur langage, moins modifiés que ceux des Névars, décèlent au premier abord leur parenté avec les races mongoliques.

de proverbes : Ukhàn ko bakhàn ra jànnekathâ ko saijigraha (Bhârata jlvanaPres, 1951 samval).

Installés de longue date entre les Collines de Grès et les hautes vallées, dans le bassin des Sept Gandakis, autour de Palpa comme centre, ils furent les premiers à entrer en contact avec les Rajpoutes qui fuyaient devant Tinvasion musulmane; ils les accueillirent amicalement, les retinrent et finirent par les accepter comme chefs. La plupart des Khas, sinon des Thâkurs, ont en réalité du sang magar dans les veines. LesMagars étaient originellement, comme tous les rejetons himalayens de la race tibétaine, grands mangeurs de viande et grands buveurs d'alcool. Les premiers d'entre eux qui se convertirent à Thindouisme ne firent guère sans doute que renoncer à la viande de vache, et gagnèrent par ce sacrifice d'être diplômés Ksatriyas ou Khas parles brahmanes. Le mouvement de conversion n'a pas cessé de se propager ; mais les brahmanes moins accommodants depuis qu'ils sont plus forts refusent aux nouveaux prosélytes les avantages accordés à leurs devanciers. Les Magars qui ne sont pas Khas n'ont pas droit encore au cordon brahmanique; la plupart des clans se divisent en deux branches qui portent en communie même nom, mais l'une convertie de longue date a le titre de Khas ; l'autre, fraîchement convertie, parfois même encore rebelle à l'hindouisme, continue à porter une désignation indigène jointe au nom du clan: tels, par exemple, les Thâpâs Khas, qui jouent un rôle si considérable dans l'histoire contemporaine du Népal, et les Thâpâs Rangus. Pour se consoler, les nouveaux prosélytes s'attribuent les noms les plus ronflants de la noblesse hindoue : Surajbansi, Chandrabansi, etc. (Race-du-Soleil, Race-de-la-Lune), mais ce sont là des appellations de pure fantaisie. Leur langue, de plus en plus imprégnée d'éléments empruntés au Khas, tend à disparaître rapidement devant la langue des Gourkhas*.

1. Cf. John Beames, On the Magar language of Népal , dans Journ. Roy. Asiat. Soc. neio. se/'., t. IV, p. 178 .sqq.

Les Gurungs sont une race pastorale, de la même origine que les Magars et les Névars, et qui parlent une langue de la même Tamille; mais établis dans les hautes vallées au Nord des Magars, ils ont été moins entamés par les influences hindoues. Leur stature est splendide; les deux régiments gurungs de l'armée gourkha n'admettent que des hommes au-dessus de cinq pieds six pouces; ils surpassent en taille et en vigueur les Khas et les Magars. Ils ont encore pour prêtres des lamas et adorent les dieux bouddhiques dans leurs vallées ; mais en pays hindou ils ont recours aux brahmanes pour leurs cérémonies religieuses et invoquent le panthéon brahmanique.

Kukhri, couteau gourkha.

ÉCONOiMIQUE.

L'histoire des ÏDstitutions se divise en deux périodes : la période Névare el la période Gourkha. La période Névare s'étend des origines de Thistoire positive jusqu'à Tan 1768, qui marque la ruine définitive des vieilles dynasties indigènes ; elle couvre un espace de douze ou treize siècles. Les inscriptions qui jalonnent à des intervalles inégaux cette longue suite d'années sont à peu près les seuls documents utiles ; la chronique ne s'intéresse guère qu'aux souvenirs de la tradition religieuse. Les inscriptions mêmes ne fournissent que des informations indirectes; elles commémorent en général des fondations pubhques ou privées, des donations de terrains, des concessions de privilèges. Les missionnaires Capucins qui évangélisèrent le Népal au xvni° siècle auraient pu recueillir de précieuses observations sur le régime du pays avant la conquête Gourkha, mais leur zèle préféra s'enfermer dans une œuvre de prédication stérile.

Je ne prétends pas que les institutions politiques soient restées immuables pendant une durée de treize siècles. Le pays est tantôt soumis à l'autorité d'un empereur, tantôt partagé entre plusieurs rois, tantôt morcelé à l' infini en

priiîcipauti^s féodales. La première des dynasties historiques, les Licchavis, se pique d'appartenir au clan glorieux qui gouvernail, du vivant du Bouddha, la plus opulente des cités de Tlnde, Vaiçâlî, mais les Lirchavisdu Népal n'avaient pas copié la constitution ohgarchique de Tantique métropole, avec sa singulière royauté élective et annuelle. La royauté est héréditaire, et se transmet de père en fils. Le roi porte le titre assez modeste encore de hhaiiâraka maharaja (( souverain roi ». Il est entouré de barons {sâmantas) turbulents et indociles qui consentent seulement à le reconnaître comme primus inter pares et qui profitent de chaque occasion favorable pour refuser Thommage. Le roi n'impose son autorité que parla force. Le fondateur de la dynastie Thâkuri, Amçuvarman, se contente du titre de mahâ-sâmanta « Grand Marquis », équivalent atténué de maharaja ; mais son successeur Jisnu gupta lui décerne déjà le titre pompeux de bhattâraka mahârdjddhirâja «souverain Roi des Rois » et le titre ainsi enflé s'amplifie encore dans la suite; à partir du vni" siècle, le roi est désigné officiellement comme « le maître suprême, le Souverain Suprême, le Roi des Rois » parameçvara parama bhattâraka mahdrâjâdhirâja.

L'exagération de ces titres ne va pas jusqu'au mensonge ; les princes de cette époque menaient grand train et faisaient vraiment figure de rois. Les relations chinoises nous décrivent le palais du roi Narenda deva, au miheu du vii^ siècle, splendide, éclatant d'ornements en cuivre, décoré et sculpté à plaisir, rehaussé de perles et de pierreries ; au milieu se dresse une haute tour de sept étages, qui forme à sa base un château d'eau. Le roi lui-même porte des parures de grand prix, des boucles d'oreille en or et des pendants de jade, et des bijoux en ambre, en corail, en nacre, en cristal de roche. H prend place sur un trône que soutiennent des lions ; on répand à Tentour des

fleurs et des parfums. Les grands et les officiers sont assis par terre à droite et à gauche ; des centaines de soldats armés sont rangés h Tentour. Un peu plus tôt, au début du vir siècle, Çivadeva avait construit un palais à neuf étages.

Le personnel de la maison royale se trouve, en partie du moins, énuméré dans une inscription d'Arnçuvarman, datée de Fan 625 J.-C. et qui semble être en rapport avec la cérémonie du sacre de ce prince. En tête vient le grand « inspecteur des armées » mahâbalddhyaksa ; puis le « préposé aux donations » prasâdddhikrta ; ensuite, à quelque distance le (( porte-émouchoir » câmara-dhara] « le porteétendard » dhvaja-mamisya ; le « fournisseur d'eau à boire » pnnîya-karmdntika ; V « inspecteur du siège (royal) n pithâdhyaksa ; le « porteur de Puspa-patâka ^) puspa-patdka-vâha\ le « tambour et le sonneur de conque » nandîçahkha-vdda ; et même la « balayeuse » sammarjayïin. D'autres inscriptions de la même époque nomment encore le « commandant en chef » sarvadanda-ndyaka ; le « grand huissier » mahd-pratîhdra ; le « ministre des cultes » dharma-rdjikdmdiya\ le ^< directeur spirituel » guru.

En face du roi et de la cour, exposés aux vicissitudes des révolutions qui balaient par intervalles une dynastie et ses partisans, la population garde une organisation immuable, dans ses cadres traditionnels. Que les Thâkuris supplantent les Licchavis ou que les Mallas montent sur le trône, que le pouvoir souverain se concentre aux mains d'un empereur ou se disperse entre des chefs rivaux, la commune, yrdma, demeure toujours aux yeux du peuple la véritable et la seule unité politique, au Népal aussi bien que dans l'Inde. Le village indien forme une république à part, un système administratif régulier et complet, sous la direction du maire {patta-kilay (jrdma-kùla, grdma-paû^ prad/inna), assisté généralement du secrétaire, du garde

champêtre, du chef d'irrigation qui règle la distribution d'eau entre les champs, de Fastrologue {jyotisa^ josi) qui fixe les époques de la culture et qui connaît les jours ou fastes ou néfastes. Les besoins du village exigent encore comme éléments intégrants un charpentier, un forgeron, un potier, un blanchisseur, un barbier ; le maître d'école et le bijoutier sont des utilités sans caractère indispensable. Les maîtres de maison (kittumbin), qu'ils soient propriétaires de maisons (grhin) ou de champs (ksetrin) sont les citoyens de cet État élémentaire. L'administration souveraine n'intervient guère qu'en matière d'impôts et de justice criminelle, ou de conflit entre plusieurs villages. Les villages du Népal sont, à l'époque ancienne, groupes en districts [adhikarana) \ district de l'Ouest (paçcimadkikarana), district du Nord (/ kubervati) eic,^ sous l'autorité d'officiers de la couronne [adhikrta) qui semblent exercer les fonctions de fermiers-généraux {vrUibhuj, vdrtta). Ces officiers commandent à des forces de police armée {cdtabhaid), qui prêtent leur concours à l'exécution des ordres. iMais la tradition, aussi forte et plus respectée qu'une charte, défend la commune contre l'envahissement du pouvoir central. Les officiers et lapoHce du roi ne doivent pénétrer sur le territoire communal que pour lever les impôts (linra-sadhand)^ remettre des documents écrits [lekhya'ddnd)^ instruire les cinq grands crimes qui relèvent directement de la justice souveraine {pafu*âparâdhd)\

Dans un pays presque exclusivement agricole, comme l'est le Népal, et l'Inde tout entière, le principal revenu du roi est l'impôt foncier. Le principe de répartition n'est pas indiqué nettement dans les inscriptions. Au temps des Licchavis, il semble que l'unité d'évaluation adoptée est la charrue {gohala)^ c'est-à-dire la surface qu'un paysan peut

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