‹ Le Népal: étude historique d'un royaume hindouChapitre 59 sur 85 · V. inf. p. 295 sq., la liste de ces cinq grands crimes · texte numérisé non relu

V. inf. p. 295 sq., la liste de ces cinq grands crimes

cultiver avec une paire de bœufs. L'unilé monélaire qui y correspond est le kamipana (environ 3«%80 d'argent, d'après Tévalualion communément admise) ; il se divise en 16 panas. L'Etat perçoit encore deux autres impôts sur la terre : le simha (?)-kara et le malla-kara, qui semblent fixés Tun et Tautre à 4 panas de cuivre ( 4 X 9^' t environ ) par <( charrue ». Le roi reçoit en outre une part (bhâga) des récoltes (le|, le 4, ICj^, selon les codes) ; il perçoit une taxe sur les objets de luxe [bhogd)^ sur Tor {hiranya). C'est là l'ensemble des trois impôts {trikara). Enfin le village est tenu à la prestation annuelle de certaines corvées, par exemple, il doit fournir des porteurs pour le transport au Tibet [Bhotta-visti],

La royauté n'est pas attachée à ces privilèges avec une jalousie intraitable ; elle les aliène à l'occasion, au profit d'une divinité ou d'un temple, ou même en échange d'autres obHgations. La plupart de nos inscriptions enregistrent des transactions de ce genre. Le formulaire définit d'une manière expressive les rapports du roi avec les communes; c'est le régime paternel, tempéré de despotisme, que l'Orient en général a connu et pratiqué. Le roi adresse directement son édit « aux maîtres de maison du village, en suivant l'ordre de préséance » ; il s'informe de leur santé et ne manque pas de les avertir qu'il est bien portant lui-même. Le plus souvent, le roi désigne, pour veiller à l'exécution de sa volonté, un missus dominicus [dûtaka) choisi parmi les principaux fonctionnaires; c'est même, dans un grand nombre de cas, l'héritier présomptif (y^/yarâja) qui est investi du mandat royal.

A travers toutes les transformations, la commune atteste sa vitalité persistante ; les groupements où elle entre, de gré ou de force, se disloquent au hasard des événements; elle survit toujours. Ouandlaprospérité croissante du Népal y fait éclorc de grandes villes, qui absorbent dans leurs

murs des communes autrefois séparées, les villes nouvelles continuent h former une agglomération de petits étals ; dès que le pouvoir central s'affaiblit, la ville se dissout en quartiers, en îlots indépendants. Pendant lout le moyen âge, Katmandou est partagé entre douze rois ; Taulre capitale, Patan, a autant de rois que de toln (îlots de maisons). L'empire Népalais se reconstitue un instant avec Yaksa Malla, au xv" siècle ; après lui, la vallée est découpée en trois royaumes qui se jalousent, se taquinent et se combattent jusqu'à l'arrivée des Gourkhas.

Même sous le régime des Mallas, qui se flattent d'être une dynastie régulière, la transmission du pouvoir ne va pas parfois sans heurts. Vers Tan 1600, le peuple de Katmandou, fatigué des débauches du roi Sadâ Çiva, le chasse du trône et du royaume h coups de triques. Quelques années avant la conquête Gourkha, les six notables citoyens {pradhdnas) de Patan font crever les yeux au roi RâjyaPrakâça, refusent d'ouvrir les portes de la ville au roi Jaya Prakâça sorti en promenade, et exécutent de leurs propres mains le roi Viçvajit. En cas de vacance accidentelle ou de déshérence, les procédés en usage varient. Quand la lignée d'Amçu varman se trouve éteinte, à la fin du vni'* siècle, les Thâkuris de Nayakot passent la montagne, descendent au Népal, et ils élisent un d'entre eux pour roi. C'est un droit qui semble leur être dévolu comme au clan le plus noble et le plus pur du pays. Après l'invasion de Mukunda Sena vers le XHi* siècle, quand le pays bouleversé succombe à la guerre, à la peste, à l'anarchie, les Thâkuris de Nayakot reparaissent ; les petits rois qui se partagent alors les villes et les villages du pays sont tous des membres de ce clan. A Katmandou, quand Sadâ Çiva est expulsé, « le peuple » lui désigne un sucfcesseur. A Patan, le choix du roi semble appartenir aux notables {pradhânas)^ qui représentent la noblesse.

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Les énormes lacunes de Tépigraphie, qu'aucun autre document ne vient compenser, empêchent de suivre Thistoire des institutions au moyen âge. Les inscriptions ne reprennent qu'avec la dynastie des Mallas, nombreuses il est vrai pour la période la plus récente, mais bourrées de littérature prétentieuse et presque vides de faits. Le sanscrit n'est plus qu'une langue d'école, propre à composer des centons ou des pastiches ; les données réelles et positives s'expriment dans la langue indigène, la névari, et l'étude de l'épigraphie en névari reste encore à créer. Il faut arriver à la période Gourkha pour retrouver des documents utiles.

La conquête Gourkha bouleverse le régime traditionnel du Népal. Les nouveaux maîtres du pays, jaloux de leur autorité, n'entendent la partager avec personne ; ils brisent toutes les résistances, absorbent les principautés et les baronies et substituent au morcellement ancien un gouvernement fort, résolument centralisé. Il est difficile d'en étudier le fonctionnement exact et détaillé, j'ai déjà dit les raisons qui s'y opposent.

L'indépendance jalouse et soupçonneuse des Gourkhas s'inquiète et s'effarouche de la moindre indiscrétion; la curiosité du voyageur, qui prend si facilement en Europe un air d'espionnage, ne s'en distingue pas au Népal. Chacun s'y croit volontiers responsable des ressorts de l'Etat; on tient pour un devoir de les soustraire aux regards profanes, ou malveillants, c'est tout un. Les réponses aux questions posées s'enveloppent de réticences, ou n'abondent que pour induire en erreur. Le plus prudent est encore de réunir les informations obtenues par ceux que leur situation ou leurs ressources mettaient en état de s'instruire et d'observer, Kirkpatrick, Hamilton, Hodgson, Cavenagh, Wright. Aucun d'eux, il est vrai, n'a tracé un tableau d'ensemble, et les données qu'on leur emprunte, si on

les met bout à bout, deviennent inexactes ou conlradictoires, puisqu'elles se rapportent à des périodes bien difTérenles, depuis la régence de Bahâdur Sâh jusqu'à la dictature de Jang Bahâdur. La description que j'entreprends sera donc forcément sujette à caution sur plus d'un point.

La rovaulé est héréditaire. Le roi est le descendant légitime de Prilhi Narayan et des anciens rois de Gourkha. Il porte le titre de Mahdrâjâdhirâja « roi au-dessus des grands rois » réduit dans l'usage courant à la forme Dhirâj. En principe il possède le pouvoir absolu. Cependant la tradition confère un droit de remontrance à Irente-six chefs de clans, dénommés Thargars (habitants de nids) ; ces clans qui se prétendent les uns ksatriyas, les autres brahmaniques, ont leurs fiefs situés dans le domaine patrimonial de Prithi Narayan. C'est entre eux que le gouvernement doit répartir les principaux emplois, mais tous n'ont pas des droits égaux; ils forment une hiérarchie à trois degrés ; le groupe le plus élevé en dignité comprend six familles qui reçoivent à raison de leur nombre le nom de Chattra. Les Chattras ont une sorte de droit de préférence pour les premiers emplois du royaume. Au temps de Kirkpatrick, les Thargars passaient pour les défenseurs autorisés des intérêts dynastiques ; s1ls croyaient ces intérêts en danger, leur droit et leur devoir allaient jusqu'à renverser le prince régnant pour lui donner un successeur plus digne. Les clans les plus puissants des Chattras à l'époque d'Hamilton étaient les Panrés [Pdnde) et les Viçvanaths (y/cyé/m/Mû). iVlais l'autorité réelle des Thargars a disparu depuis longtemps, avec l'autorité réelle des rois. En 1843 quand les intrigues du roi, du prince héritier et de la reine semblaient précipiter TÉtat à sa ruine, les chefs et les officiers de l'armée prirent l'initiative de la Pétition des Droits qui fut signée par les ministres, les

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officiers et les corporations municipales de la vallée et portée au palaiw par une immense délégation. Le roi

Temple Je Mah.ibuddlia

n (et. p. 19j). Uélail. Angle <

accueillit el si;rna la charte qu'on lui apportait et qui garanlissaif à tous les sujets ilc la couronne leurs droits élémentaires trop souvent violés.

En fait, le roi n'est plus aujourd'hui qu'une sorle d'entité, de fiction nominale, le seul représentant du pays reconnu parles puissances étrangères. Son cachet rouge [Idl mohar) est nécessaire pour donner une valeur officielle aux instruments diplomatiques; mais son action est nulle. Depuis le fils et le successeur de Prithi Narayan, une implacable fiilalité porte sur le trône ou des enfants en bas âge ou des princes émasculés déjà par une débauche précoce; cloîtrés dans leur palais par le parti au pouvoir, ils sont rigoureusement tenus à l'écart de la vie réelle et des affaires publiques. Leurs rares sorties, quand elles leur sont permises, sont surveillées par des agents sûrs qui ne laissent approcher personne et qui leur multiplient les ennuis, sous prétexte de vains et vagues dangers, pour les amener à se confiner spontanément en reclus par persuasion.

C'est qu'un réveil du roi, durât-il un seul instant, peut anéantir le parti le plus solidement campé au pouvoir. Le Népal est, tous les ans, à la veille d'une révolution légale. Tous les emplois sont annuels ; depuis le premier ministre jusqu'au plus humble soldat, tous attendent la paijhî oupafïjanî qui doit les confirmer ou les rejeter brutalement du service de l'Etat. Cette cérémonie qui accompagne périodiquement la fête du Daçârha (ou Dasâln, en septembre-octobre) suppose au préalable une délégation initiale des pouvoirs royaux. Le Grand Conseil est d'abord constitué, comme une émanation immédiate de Faulorité royale; et c'est lui qui passe en revue la conduite des fonctionnaires, prononce sur leur sort, distribue les récompenses et les châtiments. Le parti prépondérant à l'heure de la Paijnî est donc en droit et en état de faire table rase; il est libre de peupler exclusivement tous les emplois de ses seules créatures, et il ne s'en fait pas faute.

Sous les premiers successeurs de Prithi Narayan, le

Grand Conseil, appelé Bharadar, comprenait douze membres : un Chautra ou Chautariya, quatre Kâjis^ quatre Sirdars, deux KhardarSy un Kapardar, Le Chautra ou Ghautariya était un parent du roi qui faisait fonction de premier ministre, et spécialement de contrôleur général. C'est à lui qu'étaient transmises toutes les communications, écrites ou verbales, touchant la conduite du personnel civil et militaire. Les quatre Kâjis n'avaient pas d'attribution particulière ; ils recevaient une délégation générale du roi pour intervenir ou agir dans tous les cas où ils le jugeaient nécessaire, en guerre comme en paix. Comme emblème de leur puissance, ils gardaient le sceau royal. Les SirdarSy à la différence des Chautras et des Kâjis, pouvaient être choisis sans acception de naissance; ils exerçaient les grands commandements militaires. Les Khardars étaient les secrétaires d'Etat, chargés de la correspondance et de la chancellerie. Le Kapardar était le ministre de la maison du roi.

Cette organisation du Bharadar a disparu depuis longtemps. Les pouvoirs successivement confiés à Damodar Panre, à Bhim Sen, à Jang Bahadur ont fait du premier ministre un dictateur. D'une panjanî à l'autre, il est maître absolu. Depuis 1856, il a droit au titre de maharaja, et c'est sous ce nom qu'il est communément désigné. Le maharaja est le chef d'un immense syndicat d'intérêts qui englobe sa famille, sa clientèle, ses protégés les plus humbles et les plus lointains. Il a tous les pouvoirs, civils et militaires ; il commande l'armée, il rend la justice; il distribue les emplois. Il lui faut tenir tête aux partis adverses, qui attendent toujours l'heure de la revanche, aux ambitions rivales qui se déchaînent même dans sa propre famille, enfin aux intrigues de harem engagées autour du roi, et qui ont pour enjeu le pouvoir suprême. Pour se prémunir contre tant d'ennemis, le maharaja

choisit les femmes du roi dans les familles les plus sûres, en particulier dans ses propres filles comme faisait Jang Balladur; et à chaque pafijanî il n'appelle aux emplois pubhcs que les serviteurs les plus dévoués.

Chez les Gourkhas, le service de TEfat se confond à peu près avec le service militaire. Le métier des armes est la seule profession digne d'un véritable Gourkha; artisans, commerçants, paysans sont le bétail humain qui sert à faire vivre Tarmée. A part les Névars, toujours suspects et tenus à Técart, l'armée est ouverte h toutes les castes. Aussi chaque année, à la panjanî, les postulants ne manquent pas et le choix est aisé. En principe, , tout sujet népalais doit un an de service militaire au roi ; mais le nombre d'hommes obtenu serait supérieur aux besoins; en outre, le système du recrutement au choix offre plus de garantie au pouvoir. Pendant son année de service, le soldat ou l'officier touche une solde qui n'est pas réglée en espèces, mais payée par une concession de terrain (jagir) ; un siniple soldat de dernière classe reçoit un jagir de 100 roupies ; un capitaine de première classe, un jagir de 4 000 roupies. Les grades supérieurs sont réservés aux parents du maharaja; ses frères, ses fils, ses neveux sont colonels, lieutenants généraux, généraux, commandants en chef, sans aucune considération d'âge ou de mérite ; ils touchent à ces titres des émoluments élevés, et de |)lus un cadeau réguher qui leur est dû par tous leurs subordonnés.

Le nombre des hommes en service régulier est évalué à 25000 ou 30000; mais il est facile, en cas de besoin, de doubler immédiatement ce chiffre par l'appel des hommes exercés mis en congé (ddkria) après une année de service. En 1854, le Népal mit sur pied |)Our la campagne du Tibet 27 000 bommes de l'armée régulière, 29000 coolies armés, et 390000 porteurs de bagages.

Les hommes étaient autrefois versés pêle-mêle dans les régiments, sans distinction d'origine ; mais Jang Balladur a inauguré le système des bataillons homogènes, Rajpoutes, Gurungs, Magars, Kirâts, etc. Les régiments sont désignés par le nom d'une divinité ou d'un soldat illustre. La tenue de service consiste en général dans une tunique de coton bleue et un pyjama de la même couleur; la grande tenue, dans une tunique de drap rouge et un pantalon foncé avec une bande rouge. Comme coiffure, un bonnet collant qui emboîte le crâne ; on roule à l'entour un turban très serré qui porte, piquée à la manière de nos pompons, une plaque d'argent, circulaire, ovale, en croissant, selon les régiments ; les sous-officiers y ajoutent une chaînette, et les officiers des joyaux et des plumes selon leur rang. La coiffure du maharaja, tout ornée de perles en pendeloques, passe pour valoir plus de 300 000 francs. Les fusils sont des Enfield ou des Marlini-Henry fabriqués dans les arsenaux népalais ou d'origine europénne, et introduits au Népal par contrebande. Tous les soldats sont en outre armés du couteau national, le Kukhri, L'artillerie est nombreuse ; les canons sont fabriqués à la machine à l'arsenal de Katmandou. Cavenagh prétend que le Népal doit ses connaissances techniques en artillerie à des officiers français engagés sous main par le gouvernement. Patan et Bhatgaon sont chacun le siège d'une division ; Bhatgaon possède un arsenal, comme Katmandou. La cavalerie se réduit à une poignée de Pathans (Afghans) au service du maharaja.

Les auteurs anglais signalent comme les faiblesses essentielles de Tarmée gourkha l'absence d'intendance, la défectuosité des fusils et des canons, la mauvaise préparation de la poudre, le caractère puéril des exercices, empruntés à l'armée anglaise, mais traités seulement comme une parade de revue, sans aucune application pratique,

enfin et surtout la déplorable insuffisance du haut commandement. Mais tous rendent hommage à la vaillance des soldats, à leur endurance, à leur héroïsme, attestés par tant de combats; sur leur propre sol, bien commandés, ils seraient invincibles. Sans accumuler les témoignages rendus à leur valeur par les meilleurs juges, il suffit de constater que le gouvernement anglo-indien a tenu à s'assurer leurs services. L'armée de Flnde compte actuellement 15 régiments de Gourkhas, qui forment un total de 14 000 hommes. Hodgson dès 1832 signalait dans un rapport célèbre quel parti le gouvernement de Tlnde pourrait tirer de ces précieuses recrues: confinées dans le Népal, sans emploi, sans profil, les tribus mihtaires ne pouvaient manquer de provoquer une explosion ; admises dans l'armée indienne, sous la conduite d'officiers anglais, elles trouveraient aisément l'occasion de satisfaire leurs goûts belliqueux au profit de l'Angleterre.

Il fallut dix-huit ans à Hodgson pour triompher des esprits timorés qui refusaient de croire au loyaHsme des Gourkhas; en 1850, lord Dalhousie autorisa la formation de trois régiments. Et depuis « pendant un quart de siècle, partout où les troupes de l'Inde ont dû frapper un grand coup, partout où il y a eu de l'honneur à gagner, les régiments gourkhas ont paru en première hgneM » Tout récemment encore, le contingent gourkha a figuré brillamment |)armi les troupes de l'expédition de Chine.

liCs fonctions civiles se réduisent à peu de chose : le gouvernement des provinces est attribué, naturellement, aux parents du maharaja qui exercent h la fois les pouvoirs civils et militaires. Les percepteurs d'impôts « soubahs » sont en général des fermiers généraux qui traitent directe-

1. \V. H. Humer, Life of B. H. Hodgson, p. 259 (où se trouve une note sur le développem<»nt des régiments gourkhas dans Farmée angloindienne, établie d'après les données officielles).

ment avec rÉtat. Les principales fondions civiles sont les fonctions judiciaires.

Le directeur spirituel du roi, \q Rdjya guru (Rdjguni) connaît de toutes les infractions qui entraînent une impureté légale ou religieuse, prononce les peines et reçoit une partie des amendes, à titre de Dharmâdhikdrî « Préfet de la Loi». Si Taffaire concerne des Çivaites ou des Hindouistes, il se réfère au « Çâstra», c'est-à-dire aux ouvrages de date tardive qui prétendent se fonder sur les codes anciens: Manu, Yâjfiavalkya, etc.; s'il s'agit de Névars ou de Tibétains, il suit les coutumes établies au temps de JayaSthiti Malla (xv^ siècle).

Quatre tribunaux jugent à Katmandou les affaires civiles et criminelles : le Kôt Linga exerce la plus haute juridiction. Des cours annexes tranchent les questions de solde mihtaire ou les procès d'immeubles. Chacune des cours est présidée par un ditha qui n'est pas un légiste de métier, mais qui se recommande par son honorabilité. Il est assisté de deux bicdris (vimrin) qui sont censés au courant des lois et des coutumes, et qui procèdent aux enquêtes, aux interrogatoires, à toutes les formalités nécessaires. Le dilha rend ensuite son verdict; mais le condamné peut toujours en appeler au roi, c'est-à-dire en fait au maharaja, qui prononce en dernier ressort, ou qui désigne une commission spéciale chargée d'instruire l'affaire et de présenter un rapport. La justice a le grand mérite d'être expédilive. Il n'y a pas d'action publique. Le plaignant se présente au tribunal, porte sa plainte ; des soldats vont ensuite quérir l'accusé à son domicile. Les parties discutent à leur aise en présence des juges, sans intervention d'avocats, citent leurs témoins, fournissent leurs preuves. L'aveu de l'accusé est nécessaire pour aboutir à une condamnation ; si, malgré des charges écrasantes, il s'obstine à nier, les juges recourent à des menaces, et

même h des violences positives : bastonnade, fouet, etc. Si lous les moyens échouent, le prisonnier reste confiné dans une sorte d'emprisonnement préventif à perpétuité.

Sur la demande des parties, la cour peut transmettre lafTaire h une assemblée de simples particuliers choisis par le demandeur et le défendeur, et où TÉtat peut se faire représenter; c'est le Pancayat, Le Pancayat est une juridiction de concilialion qui ne dispose d'aucun moyen de coercition et qui se contente de donner un avis à la cour; encore cet avis doit-il être exprimé à l'unanimité. Les membres du pancayat doivent être choisis dans cinq clans gourkhas ou cinq clans névars exactement spécifiés, selon que TafTaire concerne des Gourkhas ou des Névars.

Enfin, si le procès présente des difficultés insolubles, ou si les parties en expriment le désir, avec l'assentiment préalable du roi, il est procédé à l'épreuve par l'eau. Les noms des parties respectives sont tracés sur deux morceaux de papier qu'on roule en balles et qu'on adore (pûjâ). Chacune des parties verse un droit d'une roupie. Les balles sont alors attachées à des tiges de roseau. Nouveau versement de deux annas. Les tiges sont remises à deux sergents de la cour qui les portent à l'Etang de la Reine flidnî po/{hrî); un bicâri, un brahmane et les parties les accompagnent, ainsi que deux individus de caste infime (Chamakallak ou Camnr). En arrivant à l'étang, le bicâri engage encore les parties à chercher d'autres moyens avant de recourir h l'ordalie. Si les parties s'obstinent à réclamer l'épreuve, les deux sergents, portant chacun une tige, vont l'un à l'Est, l'autre à l'Ouest de l'étang, et pénètrent dans l'eau jusqu'à mi-jambe. A leur tour, le brahmane, les parties, les Camârs entrent un peu dans l'eau ; le brahmane adore Varuna au nom des parties et récite un texte sacré qui fait appel à Sûrya (soleil), Can-

cira (lune), Varuna (dieu des Eaux) et Yama (dieu des Morts), lesquels lisent la pensée des vivants. Le rite achevé, le brahmane marque au front les Camârs et leur dit : « Que le champion de la vérité triomphe, et que le champion de la fausseté perde ! » Alors le brahmane et les parties se retirent de l'eau, et les Camârs vont chacun séparément à la place où se dresse une des tiges ; ils entrent dans Teau profonde, et à un signal plongent tous deux en même temps. Le premier qui sort, on détruit aussitôt la tige et la balle le plus proches de lui. On rapporte Tautre tige, on ouvre la balle, et on ht le nom ; c'est le nom du gagnant. Gagnant et perdant ont encore à payer l'un et l'autre une série de taxes *.

La pratique des ordalies a été introduite ou du moins multipliée par lesGourkhas, amateurs de solutions nettes, et de plus superstitieux. L'ancienne jurisprudence se contentait de déférer le serment, sur le Harivamça pour les Hindous, sur la Panca-raksâ pour les Bouddhistes, ou plutôt sous ces livres, car on mettait le texte sacré sur la tête de la personne qui jurait.

En dehors de Katmandou, à Bhatgaon, à Patan, dans les provinces siègent des juges de rang inférieur qui sont considérés comme les délégués des bicâris et des dithas de la capitale. Mais, quelle que soit leur compétence, il est cinq crimes qui leur échappent et qui appartiennent exclusivement à la juridiction immédiate du roi ; c'est ce qu'on appelle, d'un terme indo-arabe, les pafïc khdt^ et ce que les inscriptions anciennes dénomment pancâparâdha : le meurtre d'un hrd\\mm\Q (brahma haty a) ;\'à meurtre d'une

1 . Surloiil d'après IIodgson : Some accounl oflhe sxjsteins of law and police as rccogni.srd in the state of Népal, paru d'abord dans les Sélections from the Records of Bengalyn"* XI ^ republié dans les Miscellaneous Essays relating to Indian subjects, vol. II (Trùbner's Oriental Séries, 1880), p. 211-250.

vache {go hatyâ) ; le meurtre d'une femme [strl hatyà) ; le meurtre d'un enfant [bâla hatyâ); les fautes qui entraînent la perte de caste (patki: anciennement, mahâ pâtaka)\

L'ancienne liste des peines s'ouvrait par cinq grands châtiments : confiscation des biens, bannissement de la famille ; dégradation de la famille remise entre les mains des tribus les plus viles; mutilation; décapitation. Les Gourkhas y avaient ajouté la pendaison et l'écorchement à vif. Pour les femmes, on leur coupait communément le nez. L'auteur d'un vol important avait la main coupée; en cas de récidive, on coupait Tautre. Jang Bahadur a adouci ce code barbare: seuls le meurtre d'un homme ou d'une vache sont punis de la peine capitale. La plupart des crimes et délits sont punis de l'amende, au profit des juges et de l'État.

Pour soutenir les lourdes charges d'un Etal militaire, le Népal dispose de revenus bien modestes. En 1792, Kirkpatrick évaluait les revenus à 25 ou 30 lakhs (centaines de mille) de roupies : 3 ou 4 lakhs fournis par les douanes, les droits sur le sel, le tabac, le poivre, la noix de bétel et la vente des éléphants du Téraï; 7 ou 8 lakhs, parle monnayage; 15 à 18 lakhs, par les monopoles (sel, salpêtre), les mines de cuivre et de fer, et les impôts fonciers. Avant l'invasion gourkha les revenus étaient supérieurs, car le cuivre du Népal n'était pas encore chassé des marchés de l'Hindoustan parle cuivre d'Europe; le Tibet exportait au Népal des quantités d'or et d'argent qui retournaient au Tibet en espèces monnayées, laissant aux Mallas un profit

t. La liste de Kirkpatrick est différente: Gohatyâ; strîhatyâ ; dtma hatyâ, « mutilation personnelle avec intention magique » ; para hatyâ, « mutilation d'autrui » ; toona ou kool, « sorcellerie ». — Le munshi de Wright donne p. 189, n. 1, une liste pareille à Hodgson, mais disposée dans un ordre différent : hrahma^, strî°, bdla^, sagotra^y go*^. Le quatrième, meurtre d'une personne du même clan, tient la place du pathi de Hodgson.

considérable. En 1875, le Dr. Wright évalue les revenus à 96 lakhs de roupies (environ 2 millions et demi de francs), fournis principalement par Timpôt foncier, les douanes, le produit des forêts de çâlas (bois de tek) du Téraï, et les monopoles d'État (sel, tabac, ivoire, bois de construction).

Le système ingénieux des jagirs annuels permet aux Gourkhas de compenser Tinsuffisance du numéraire. Comme la solde de Tarmée, les traitements civils sont payés en concessions de terrains. Chaque année, h la panjanî, le roi comme propriétaire absolu du sol octroie aux serviteurs qu'il engage ou qu'il maintient un fief dont la valeur et l'étendue varient naturellement avec l'importance de la fonction; l'année écoulée, le fief retourne au roi qui en dispose de nouveau à son gré. Ces fiefs portent le nom persan à^ jagirs, et les concessionnaires sont appelés /«^«rûfer^. Le gouvernement évite autant que possible de laisser plus d'un an le même jagirdar en possession de son fief, afin de mieux marquer le caractère provisoire de la concession, d'empêcher l'attachement de l'individu au sol et de rappeler la toute-puissance du roi. La plupart du temps, les traitements sont payés exclusivement en jagirs ; dans certains cas, le trésor verse un complément en numéraire. Le jagir ne remplace pas seulement les traitements; il tient aussi lieu de pension. Les veuves, les orphelins des serviteurs de TÉtat reçoivent des jagirs, répartis avec la plus sévère équité. Le jagir peut se bornera un champ, ou comprendre une ville entière. La ville de Sankou, au N.-E. de la vallée, est le jagir de la première reine {mahà rànî) ; au temps d'Hamilton, le revenu en était estimé à 4000 roupies.

Au jagir peuvent encore s'ajouter des sources de revenus supplémentaires. Les officiers reçoivent une commission royale qui les autorise à administrer la justice et à infliger des amendes jusqu'à concurrence de 100 roupies aux

paysans établis sur leurs terres; la tentation est trop forte pour qu'elle ne fasse pas tort à la stricte justice. Mais les appels des victimes au maharaja provoquent de temps en temps des disgrâces éclatantes qui rappellent au devoir les cupidités surexcitées. Les juges, de môme, touchent conjointement avec TÉfat des droits fixes sur les affaires et sur les opérations judiciaires. D'après Kirkpatrick, le Chautra ou Chautariya (premier ministre) toucliait, outre sonjagir, un droit de huit annas sur cliaque champ de riz, les terres des Thargars et des soldats exceptées ; les Kàjis se partageaient un droit d'une roupie par champ ; les quatre Sirdars recevaient chacun deux annas par champ; les deux Khardars touchaient également deux annas chacun par champ ; le surintendant de la monnaie percevait pour son compte un droit énorme de 7 tôlas d'or sur chaque marchand népalais établi au Tibet et qui rentrait au pays. Hamilton indique une autre répartition : le chef de l'État recevait les deux tiers du revenu ; le tiers restant était partagé entre les grands officiers ; le Chautariya en avait un cinquième ; autant, le Kâji ; autant, le fils aîné du roi ; autant, la première reine, si elle avait des enfants; le dernier cinquième de cette tierce portion allait aux sirdars, au coniieiWer (/et habud/inj, au secrétaire. Le dliarmâdhikàrî continue à percevoir les amendes qu'il prononce dans les questions de pureté légale.

La répartition des jagirs, pour être équitable, suppose un cadastre bien établi. Kt de fait les Mallas ont transmis aux Gourkhas « un admirable système de cadastre, qui pourrait faire honneur au gouvernement britannique de rinde^ ». C'est à Jaya Sthiti Malla que la tradition attribue ce grand travail. Les terrains furent alors divisés en quatre classes, et leur valeur fut déterminée par le nombre de

1. HoDGSON, Journ. Roy. As. Soc. Bengal XVII (1848), p. 229, n.

Karkhas ou de ropnîs qu'ils contenaient. Pour la quatrième classe, la ropnî était de 123 hâths (coudées) en circonférence; pour la troisième classe, de 112 hâths; pour la seconde, de 109; pour la première 95. La longueur duAffVAfut fixée à 24 fois la longueur de la première phalange du pouce. La perche d'arpenteur était auparavant longue de 10 4 hâths; Jaya Sthiti Malla la réduisit à 7 4 hâths. On fit une opération analogue sur les terrains construits ou à construire ; on les divisa en trois classes, selon qu'ils étaient situés au centre de la ville, ou dans une rue, ou dans une ruelle. Le khd fut adopté comme unité de mesure. Pour les terrains de première classe, le khâ avait 85 hâths en circonférence ; pour la seconde classe, 93 ; pour la troisième, 101 . Les arpenteurs de cultures formèrent la caste des Ksetra kdras\ les arpenteurs de terrains à bâtir, la caste des Taksa kdras.

Ainsi l'unité de mesure n'est pas une unité de superficie, mais une unité de valeur. En fait les prix assignés aux quatre catégories de terrains de culture variaient pour la même superficie, selon les classes, comme 1 : 0,87 : 0,83: 0,76 ; pour les terrains bâtis ou à bâtir, comme 1 : 0,89 : 0,84. La réduction de la perche d'arpentage de lO-j coudées à 7 1 coudées prouve que depuis l'institution de cette mesure jusqu'à Jaya Sthiti Malla, la valeur des terrains avait augmenté du quart ( 10^^ 7 y= 1,4 : 1 ). Vers 1792, Bahâdur Sâh, régent sous la minorité de Kana Bahâdur, donna l'ordre de dresser un nouveau cadastre ; on en tint les résultats secrets ; mais le peuple, à qui une opération de ce genre est toujours suspecte, ne manqua pas d'attribuer la soudaine disgrâce du régent, en 1793, au péché qu'il avait commis « de vouloir mesurer les limites de la terre ». Bahâdur Sâh s'était contenté d'appliquer la méthode des Mallas; la valeur des terrains était de même estimée en ropnîs; vingt-cinq ropnîs en moyenne faisaient un

c}\amp^/ihel(/iselra)\l)dins les bons terrains, on faisait usage d'une perche longue de 7 4 coudées; c'était la perche de Jaya Slhili Malla; dans les mauvais terrains, la perche avait une longueur de 9 4 coudées. La même estimation, dans les terrains de la seconde catégorie, supposait donc une superficie d'un quart en plus.

Le champ, khet, est l'unité de paiement en usage dans les concessions de jagirs. Un khet est un terrain de première qualité, bien arrosé par des sources ou des ruisseaux, avec un sol riche, et qui donne pour un travail moyen tous les grains de qualité supérieure. Les terrains h khet sont surtout situés dans les vallées ; mais il s'en trouve aussi sur les plateaux. La moyenne de rendement du khet, pris comme unité de valeur, est de 100 murîs de riz en balle (près de 7000 kilogrammes) estimés environ 150 roupies; la superficie en varie naturellement avec la qualité de la terre .

Le concessionnaire dujagir, le jagirdar, est libre d'exploiter par lui-même le terrain qui lui est octroyé : mais en général ses occupations et son goût l'en détournent également. Il le confie à un métayer qui lui paie la moitié du produit, et qui lui verse de plus un droit de deux ou trois roupies par khet. Le jagir peut comprendre, outre des khels, des terrains de la catégorie kohrya ou barki^ c'est-à-dire qui ne sont arrosés ni par des sources ni par des cours d'eau. Un pareil terrain exige beaucoup de travail et rend peu ; on n'y peut faire venir que des grains médiocres, bons tout juste pour le fermier ou pour les basses castes. Le métayer du jagirdar ne lui paie sur ces terrains qu'un droit proportionnel au nombre des labours.

En outre des jagirs annuels, certains terrains [birtâs) sont

1. Réduit plus tard à 20 ropnts dans la vallée du Népal. Campbell, Notes..., p. 75.

concédés en donation perpétuelle, mais rarement, et presque exclusivement h des brahmanes, soit que le roi veuille effacer par une œuvre pie un péché commis, soitqu'il veuille simplement récompenser un dévot ou un savant d'élite ; dans le premier cas, le terrain ne peut plus faire retour à la couronne, et s'il tombe en déshérence, il est attribué au temple de Paçupati ou de Changu Narayan ; dans le second cas, la couronne le reprend en Tabsence d'héritiers. La cérémonie de donation est exactement conforme au type traditionnel : on apporte au roi une motte de terre prise sur le terrain concédé, le roi l'arrose, y mêle de l'herbe sacrée [ki/ça] et du sésame, tandis qu'un prêtre prononce des formules, et il la remet au donataire qui reçoit aussi le plus souvent une charte gravée sur cuivre [tdmra pâtira). Les terrains ainsi concédés sont nommés kuça-birtds ; ils sont libres de charges, aliénables ethéréditaires; mais certains crimes entraînent la déchéance. 11 est des kuça-birtâs qui remontent au règne des Mallas et que les Gourkhas ont confirmés par l'apposition du sceau rouge, moyennant un droit proportionnel. Du reste le bénéficiaire d'un pareil don ne manque pas à l'occasion d'assurer à son titre de propriété une garantie de plus en offrant au roi un présent convenable ; la formalité est presque de règle à l'avènement d'un nouveau roi. Quelques Névars ont obtenu, par une faveur exceptionnelle des rois gourkhas, d'être confirmés dans la possession de terrains concédés par les Mallas aux mêmes conditions que les kuça-birtàs ; mais la confirmation doit en ce cas être renouvelée à chaque avènement, et contre le versement d'un droit élevé.

Les domaines immédiats de la couronne, dispersés dans tout le royaume, sont les uns affermés à des métayers, les autres exploités directement; le travail est fourni par des réquisitions et des corvées imposées aux paysans

des environs. Le produit du métayage sert h la consommation de la cour; le surplus est distribué aux religieux mendiants.

L'agricullure\ les métiers et le commerce du Népal sont tout entiers aux mains des Névars, 11 n'y a pas de Gourkha qui cultive ; il n'y a pas de Névar qui ne cultive pas. Outre la classe rurale des Jyâpus, les artisans et les marchands établis en ville ont tous un lopin de terre qu'ils exploitent personnellement. Le goût des Névars pour la culture, combiné avec les besoins d'une population prodigieusement dense, a su tirer un parti magnifique des ressources naturelles de la vallée. Les indigènes répartissent les terrains de culture en deux catégories, tout à fait indépendantes de la richesse propre du sol : la première comprend tous les terrains situés h proximité d'une rivière ou d'un cours d'eau, par conséquent sûrs d'être inondés à la saison des pluies et susceptibles d'être irrigués dans la saison sèche; la seconde comprend les terrains qui n'offrent pas par leur situation la môme sécurité ni la même commodité. Los ruisseaux qui descendent sur les flancs des montagnes sont caplés h tous les étages de leur course, et contraints de partager leurs eaux entre les menus canaux d'irrigation. Grâce h ce système, la culture du riz, qui est parexcellence la culture du pays, apu escaladerles pentes; les hauteurs qui encadrent le fond de la vallée présentent Taspect d'un amphithéâtre énorme taillé en gradins réguhers. La patience et l'ingéniosité des habitants ont

1. Sur ragrinilluro au N<'»pal, le dorurnent fondamental est toujours: X. C.KMPBFA.L, Notes on the Apriciillure nnd Rural Economy ofthe Valley of Nepaul. Compiled diiefly from verbal information and Personal ohscrvatio^i: arcess to authentlc docinnents not being ofdainable. Cathniandu, Ja?iuary Ist iS37. Publié dans les Transactions of the Agricnllural and Jlorliciiltural Society of India y \o\, IV, (ialcutta, 1839, p. 58-175. (^aniplx*!! était Tassistant de Hodgson, ce beau travail sort donc en quelque sorte de l'école d<» Hodgson.

multiplié les terrasses bordées de petites levées en terre battue pour retenir les eaux précieuses. Dès les premiers siècles de l'histoire népalaise, les inscriptions montrent le développement des canaux d'irrigation (tilamaka) réglementés par des chartes royales. Une inscription plus tardive et datée du xvii" siècle, sous le règne de Jitâraitra Malla, vaut d'être rapportée pour la précision des détails; le texte en est inséré dans la Vamçâvalî bouddhique : « Les inspecteurs du canal ne donnent pas honnêtement Teau au peuple, et c'est pourquoi le présent arrangement est pris. Au moment où on plante le riz, le peuple doit faire un canal d'irrigation, et quiconque y travaille doit après une journée de labeur venir réclamer une attestation royale, qui lui donnera droit à l'eau. Quiconque ne pourra pas produire cette attestation sera puni d'une amende maximum de 3 dâms ( 1 ^anna). Les inspecteurs ne devront pas prélever de droits pour laisser prendre Teau du canal. Le rang des individus ne sera pas pris en considération dans la distribution de Teau, mais chacun doit recevoir sa part à son tour. Si les inspecteurs ne laissent pas chacun à son tour prendre l'eau, Tinspecleur en chef sera condamné h six mohars d'amende. » Le procédé de répartition varie ; tantôt l'irrigation commence par le champ le plus rapproché du cours d'eau ; tantôt, chacun à tour de rôle, a l'eau à sa disposition un nombre déterminé d'heures. Un roulement analogue s'établit pour les canaux disposés le long du même cours d'eau, à des altitudes différentes, si le débit ne suffît pas à alimenter simultanément un grand nombre de prises.

L'abondance de l'eau ajoute encore à la richesse inépuisable d'un sol formé d'alluvions et qui rend communément trois récoltes par an : orge, blé, ou moutarde en hiver; radis, ail ou pommes de terre au printemps, riz ou maïs à la saison des pluies. Et cependant le Névar ne dispose

point de fumier (sauf les déjections humaines et certaines terres siliceuses) pour engraisser les champs. Les exigences de la culture tiennent le bétail en dehors de la vallée, soit dans les pâturages marécageux du Téraï, soit sur les alpes du haut pays. L'élevage se réduit aux canards que le Névar soigne avec tendresse, comme des auxiliaires et des pourvoyeurs; chaque jour on les porte dans des paniers jusqu'aux champs pour y extirper la vermine de la boue, et le soir on les rapporte à la maison. En outre, leurs œufs sont très appréciés des gourmets et valent presque le double des œufs de poule. Le seul bétail qui se rencontre couramment dans la vallée consiste dans les vaches sacrées mises en liberté par des Hindous pieux ; donner la liberté à une vache passe pour un acte inTmiment méritoire et pour une source de bénédictions. La loi des Gourkhas interdit de tuer ces vaches, sous peine de mort, ou même de les frapper sous peine des plus graves châtiments. Elles vont par les champs, broutant où leur plaît, et les brahmanes enseignent que leur visite est une faveur insigne. Le pauvre Névar qui les redoute défend ses récoltes par des haies de roseaux qui opposent au divin maraudage une barrière i)ien frêle.

Le matériel agricole des Névars est assez rudimentaire; les éléments essentiels en sont une espèce de houe qui tient lieu de pioche, de bêche et même de charrue (car le Névar ne laboure pas, il fait ii la main tous les travaux) ; — et le double panier suspendu aux extrémités d'une perche qui pose sur l'épaule comme les deux plateaux au fléau de la balance, ot que le Névar utilise à toutes fins.

Les principales cultures de la vallée sont: d'abordle riz, en nombreuses variétés, depuis le riz transplanté jusqu'au riz des hauts plateaux qui n'a pas besoin de chaleur ni d'humidité ; le blé, cultivé surtout en vue de la distillation (le l'alcool ; le mais et le imirva (sorle de millet) que la

.V)ft LE 5ÉPAL

^.h^rté croisante rfô la ?ie a introduit» dan» ralîmesfatkMi conrante : b^ di^^^st e^tpècei^ de farmeax : urs^ «mt, ete. ; le phfppjer fblé noir* : la montirdi^. pour Ilmfle qo'c» es tire. am?^i que le :4é<iaine. Tail et le radb», qoi âoot le pam du >é?ar. An Népal, Tair î^nt Tail : on mange Fail cm,. cuit, en a^Hai^^Kinnement. en ^ons^rre danâ WaS^^ le ?inai^re« le f^L 1^ radifi n'e^t pa^ moîn^ indiâpensaUey ni moin.^ diver:!$ement traité : an procédé spécial de cooservation^ par la fermentation dans le âoK le transforme en Èinkij le régal le plus puant dont jouisse llinmanité. Enfin, la canne à sucre^ et une délicieuse variété de fruilSf depuis ceux de Tlnde: anana^^^ banane, jacquier, etc., jusqu^aux fruits de l'Europe : oranges, citrons, pommes, etc. L'année agricole se divise en cinq saisons : trois mois et demi dliiver, à partir du 13 novembre; deux mois de printemps à partir du T' mars ; un mois et demi d'été à partir du l'' mai; 3 mois de pluie, à partir du 15 juin ; 2 mois d'automne, à partir du 15 septembre.

Comme ouvriers, les Névars excellent dans le travaQ du bois et du bronze et dans Torfëvrerie. Les royageurs cbi* nois admiraient dès le vu* siècle les ciseleurs et les sculpteurs du pays. Les Mallas, artistes d'instinct et de tradition à la fois, bâtisseurs infatigables, encourageaient et maintenaient les arts nationaux; les Gourkbas indiflTérents les laissent se perdre. Les darbars et les temples anciens, même les maisons des simples particuliers étalent aux yeux des merveilles de goût et de fantaisie, où les influences multiples de Tlnde, du Tibet et de la Chine, se mêlent et se fondent dans une invention harmonieuse. La porte d*or du darbar de Bbatgaon, la porte de Cbangu Narayan sont de véritables chefs-d'œuvre. Les Névars sont également très habiles à fondre les cloches; on en montre une à Bbatgaon qui a cinq pieds de diamètre. Katmandou aussi a sa cloche monumentale. Le Népal fabrique encore un

grand nombre d'idoles, tant bouddhiques que brahmaniques, qui se répandent au Nord et au Sud de THimalaya. A cause de leur adresse au travail des métaux, les ouvriers népalais sont très recherchés dans le monde tibétain. Le P. d'Andrada trouva en 1626 des orfèvres népalais au service du roi de Chaparangue, dans le Tibet \ Au milieu du xix° siècle, le P. Hue trouva établis à Lhasa un grand nombre de Névars. Il les décrit sous le nom de Pé-boun qui s'applique mieux aux gens du Bhoutan ; mais le portrait qu'il en trace, étincelantde verve et de vie, ne permet pas d'hésitation ^ La peinture a été cultivée avec succès au

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