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Lhl^ DIVINITÉS LOCALES 3iii
pierreries, un lotus et un joyau dans les mains ; à TEst, Ananta, bleu sombre ; au Sud, Padmaka, couleur tige de lotus, avec cinq chaperons; à TOuest, Taksaka, au teint de safran, avec neuf chaperons; au Nord, Vâsuki, verdâlre, avec sept chaperons ; au Sud-Ouest, Çankhapâla, jaunâtre ; au Nord-Ouest, Kulika, blanc, avec trente chaperons; au Nord-Est, Mahâpadma, couleur d'or. Seule, Timage du Sud-Est, bleue, avec un buste d'homme et une queue de serpent, restait inanimée : Karkolaka, honteux de sa difformité, se dérobait à Taction menaçante des charmes et préférait encourir une mort certaine plutôt que de paraître en personne.
Sur les conseils de Çânlikara, le roi Gunakâma s'en alla le relancer dans sa retraite, et devant ses refus opiniâtres, l'emmena de force en le traînant par les cheveux. Les neuf Nâgas réunis, Çântikara les célèbre et les implore, elles Nâgas lui révèlent la recette triomphante contre la sécheresse; il faut, avec le sang des Nâgas, peindre leur image sur une toile. Et ils lui offrent leur propre sang pour servir de couleur. L'enchanteur suit leurs indications. Aussitôt le ciel s'assombrit, se charge de nuages, et la pluie se met à tomber par la vertu du rite Nâga-sâdhana. C'est encore à cet enchantement que Visnu Malla, roi de Palan, eut recours pour combattre la sécheresse vers 1730, quand les Capucins étaient au Népal. « Sarvânanda Pandita célébra le Nâga-sâdhana, et ensuite la pluie tomba. » Et le remède n'a rien perdu de son crédit; il s'emploie encore aujourd'hui.
Après Karkolaka, Vâsuki est le plus populaire des Nâgas au Népal. Son culte est particulièrement associé à celui de Paçupati, qu'il est chargé de défendre. Sous Prâtapa Malla de Katmandou (xvir siècle), un Nâga de Chaubahal remonta la Bagmali jusqu'au temple de Paçupati, gonfla les eaux, pénétra par une rigole dans l'intérieur du temple
el poussa rinsolence jusqu'à dérober le grain merveilleux de rudrâksa qu'un Sâlmî (huilier) de Banepa avait offert à Paçupati en 1502. Mais le Nâga avait compté sans Vâsuki, son souverain; Vâsuki sauta dans la rivière, tua le Nâga et rapporta le grain de rudrâksa. Pour récompenser le puissant Nâga qui avait si bien réparé les dommages de Tinondation, le roi, sur les conseils de son directeur brahmanique, réédifia le temple de Vâsuki avec une toiture neuve ; « et depuis ce temps-là, par la faveur de Vâsuki, les Nâgas n'ont plus fait d'acte de violence ». C'est également à la protection de Vâsuki que Kalmandu doit un double privilège : jamais de vols ; jamais de morsures de serpent.* Le dernier des ïhâkuris, Jayakâma deva a obtenu ce résultat merveilleux en « restaurant » le culte de Vâsuki et en lui offrant des instruments de musique.
La légende du Nâga Taksaka, imaginée sans doute pour expliquer l'image adorée à Changu Narayan sous le nom de Hari-hari-vâhana, semble placer les Nâgas sous le patronage des dieux bouddhiques, et déprécier à leur profil les divinités de l'hindouisme. Taksaka, venu pour faire pénitence à Gokarna, près de Paçupati, est attaqué par Garuda, la moulure de Visnu ; cet implacable ennemi des Nâgas veut profiler de la faiblesse où les austérités ont réduit son adversaire. Taksaka, cependant, aie dessous; Visnu accourt à l'aide de son oiseau, brandit contre le Nâga son disque terrible, quand Avalokitegvara s'empresse de secourir le Nâga et bondit de Sukhavati sur les épaules de Visnu ; la paix est conclue entre les deux parties, et Taksaka s'enroule amicalement au col de Garuda. L'image de Changu Narayan montre en effet Lokeçvara porté sur Visnu (Hari), monture (Vâliana) ordinaire de Lokeçvara*. Mais Changu Narayan évoque aussi des relations moins cordiales