l-Tsix;, A Record..., p. 169, n
Cinq-Sommets qui portail déjà cinq caityas resplendissants ; de la base un arbre avait poussé : c'était un jambu, Tarbre qui donne son nom aux contrées du Jambu-dvîpa. Un rayon d'or sortit du front de Bhagavat et pénétra dans l'arbre, où se forma une excroissance ; de cette excroissance naquit une tige de lotus qui produisit une fleur, et la fleur portait le prince des sages, Ârya Manjuçrî. 11 était jaune de teint, avec un seul visage, et deux mains, la droite armée du glaive de la science, la gauche portant un livre sur un lotus en cercle, tel que le représentent les images classiques, mais sans les trais particuliers attribués parles miniatures népalaises au Manjuçrî do Chine. De son front naquit une tortue d'or qui s'enfonça dans le lac Sitasaras, au pied de la montagne. Et depuis, Manjuçrî réside sur les cinq sommets, mais il prend sur chacun d'eux une couleur différente : jaune sur l'un, blanc sur l'autre, et rouge, et vert, et bleu ; et chacun des sommets porte des fleurs de la même couleur que le dieu, jaunes ici, blanches là, et rouges, et vertes, et bleues ; et les vertus en sont proprement mirifiques \ Les Névars qui instruisaient le Capucin Constantin d'Ascoli lui représentèrent aussi Manjuçrî (sous le nom de Bissôchtma), comme « un certain Chinois qui était venu parle Tibet ».
Cependant, avant d'être adopté par la Chine, Maftjuçrî avait bien été un Hindou de naissance. Les sources sanscril(»s de TAranAtha rapportaienl qu'il parut sous le règne de Candragupta, roi d'Orissa, un peu après le règne de Mahâpadma, donc vers le temps de l'invasion macédonienne, si ces indications mythiques valent d'être traduites en langage réel. Il se présenta sous la forme d'un religieux mendiant, exposa une doctrine particulière du Grand-
1. GRr>wEDKL, Mythologie des Bxiddhisnius, Leipzig, 1900, p. 134 sq(|.; d'après le Pad-ma Panyig, biographie tibétaine de Padmasambhava.
Véhicule, et disparut en laissant un livre, TAsta-Sâhasrikâ Prajiiâ-pâramitâ, prétendaient les Sautrântikas ; le Tattvasamgraha, affirmaient les Tàntrikas avec une égale assurance \ L'événement s'était passé, soit 250 ans*, soit 450 ans après le Nirvana ^ Le lieu, du reste, en variait comme la date. D'après le Manjuçrî-parinirvâna, Manjuçrî, le héros du hvre, aurait donné l'enseignement à cinq cents voyants (rsis) dans les Montagnes de neige (Himalaya). 11 suffisait désormais d'un bond pour le porter de l'Himalaya daqs la Chine. Au temps de Hiouen-tsang on vénérait encore, à Mathurâ, le « MsOopa des dieux » (Ptolémée) un stûpa qui couvrait ses rehques *.
Tandis que les uns tenaient Manjuçrî pour un personnage historique, d'autres l'exaltaient comme un être surnaturel : les Yogâcâryas le considéraient comme le fils spirituel (Dhyâni-bodhisattva) du Bouddha Aksobhya et comme identique avec Vajrapâni ; ailleurs il figure en compagnie de Vajrapâni et d'Avalokiteçvara, dans une triade où il correspond au Brahmâ de la Triade hindoue. 11 reçoit souvent l'épithète de/cumâ?'a « le jeune homme, le prince», ou sous une forme plus emphatique, kumâra-bhuta. L'appellation de Kumâra semble faire pendant aux Kumârîs du Tantrisme, aux Vierges qu'adorent à la fois Bouddhistes et Çivaïtes; mais outre cette valeur, elle paraît avoir ici pour fonction spéciale de définir le rôle de Manjuçrî dans l'Empire de la Loi. Les Bouddhas sont les Dharma-râjas, « les rois de la Loi » ; Maiijuçrî le Bodhisattva, auprès d'eux, mais au-dessous d'eux, est le prince à la cour du souverain. Mais l'élément essentiel de son nom est l'adjectif mahjuy
1 . Târanâtha, Geschichte des Buddhismus in Indien, trad. Schiefner, p. 58.