Vamç
4. La légende insérée dans la Vaipçâvall est une imitation et presque une copie de la Brhatkathâ (cf. Kalhâ-S. Sdg., 1, 1).
temps, le temple primitif s'écroula, et cacha sous ses ruines la splendeur du liiiga. Une vache, qui allait tous les jours répandre son lait sur l'emplacement miraculeux, provoqua ratlention et la curiosité d'un berger ; il fouilla les décombres; l'éclat jaillit et le consuma; toutefois Paçupati était
la slalue de NanUi.
retrouvé. Le Népal avait alors pour roi Bhuklamâna, fondateur de la dynastie des Hois-Bergers (Gopâla), qui avait reçu l'onction des mains de Ne Muni, éponyrae et patron du Népal. Le premier souvenir historique qui se rattache à Paçupati semble être le nom du roi Paçupreksa deva, qui couvrit, dit-on, le temple de plaques d'or. La chronologie fantaisiste des VaipçàvallsdatecetévénemeDt de 1234 Kali-
yuga, soit 1 767 avant l'ère chrétienne ! A partir de Paçupreksa deva, la Chronique enregistre une série de donations, de restaurations et d'embellissements : sous Bhâskaravarman, de For ; sous Çankara dcva le Sûryavamçi, une statue de Nandi ; sous Gunakàma devaleThâkuri, une toiture dorée; sous Sadàçiva, une nouvelle toiture, etc.. Dès les inscriptions les plus anciennes qui nous soient connues, les rois du Népal se vantent d'être « les favoris des pieds du Divin Paçupati * ». Les plus anciennes monnaies du Népal présentent, en alternance avec le nom des rois, le nom de Paçupati, accompagné d'emblèmes parlants tels que Nandi, le taureau de Çiva, le trident de Çiva, etc. Paçupati est rincarnation politique du Népal, comme Matsyendra Nâtha en est l'incarnation populaire. Toutes les dynasties, jusqu'aux Gourkhas mêmes, l'ont traité avec un égal respect et une égale ferveur : c'est un Gourkha, Ràjendra Vikram Sâh, qui eut en 1829 la baroque idée d'offrir à Paçupati 125 000 oranges et de l'enterrer jusqu'à la tête sous cet amas de fruits. Vers 1600, la bigote Gangâ Rànî, à qui on attribue la construction du temple actuel, fit tendre une sorte de ruban entre le temple de Paçupati et le palais de Katmandou, sur une longueur de quatre à cinq kilomètres, pour sanctifier sa demeure par une communication purifiante. Elle suivait ainsi l'exemple donné dix siècles plus tôt par Çivadova le Sûryavamçi. l]n demi-siècle après Gangà Hànî, Pratàpa malla renouvelait la même pratique. Comme Matsyendra Ni\tha, Paçupati participe à la vie nationale : au xui° siècle, le Népal est envahi parle roi de Palpa, MukundaScna; les Khas et les Magars qui forment ses troupes accumulent sans scrupule les horreurs et les abominations ; Matsyendra Nî\tha se tient coi, gagné par la courtoisie de Mukunda Scna qui lui a passé au cou une
i. Paçupati-bha^âraha'pâdânugihXta,.. V, vol. III, Inscrps.
chaîne d'or. Mais Paçupati se charge de venger le Népal : sa face impitoyable (Aghora), celle qui est tournée vers le Midi, montre ses effroyables dents, et soudain la peste qu'il a ainsi déchaînée s'abat sur les envahisseurs et les décime en quinze jours. Mukunda Sena, épouvanté, prend la fuite, mais trop tard; il tombe mort à la frontière du Népal.
Paçupati, par sa popularité, s'est imposé au bouddhisme, comme MatsyendraNàtha au brahmanisme. LeSvayambhû- Purâna prédit l'apparition sur le bord de la Bagmati, dans le Mrgasthala, d'un Lokeçvara « qui aura l'empire des trois mondes; Hari, Hara, Hiranyagarbha, Ganeça l'entoureront, et aussi les yoginîs et les Mères en troupes nombreuses ; et sa face tournée au Midi sera sans pitié ; il recevra les hommages des Brahmanes indigènes, des Bhattas, des Ksatriyas, des Çûdras même, et son nom sera Paçupati » (ch. vni). C'est à l'intervention charitable du Bouddha que Paçupati dut son salut, quand le démon Virûpâksa poursuivait tous les emblèmes de Çiva de sa rage insatiable. Le Bouddha, pour sauver Paçupati, le couvrit de sa propre coiffure ; et Virûpâksa s'inclina humblement devant l'idole déguisée. « C'est pourquoi tous les emblèmes de Çiva sont un peu penchés de côté, à Texception du seul Paçupati. » Et c'est aussi pourquoi les brahmanes orthodoxes d'à présent, conservateurs obstinés des formes traditionnelles pour être plus libres de transformer le fond, continuent à décorer Paçupati une fois par an, le 8 kàrttika de la quinzaine claire, d'une coiffure bouddhique pour lui adresser leurs hommages.
Le Paçupati du Népal se relie au moins par son nom aux époques lointaines du panthéon védique. Les hymnes du Yajur et de l'Atharva désignent sous le nom de Paçupati une des formes de Rudra ou d'Agni, de Rudra surtout, divinité violente et farouche qui menace de ses traits fu-
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nesles le bétail précieux. Le taureau qui reste dans la mythologie classique et dans le culte moderne associé à la personne et à la légende de Çiva traduit sans doule en image les antiques relations de Rudra et du bétail*. Dans la cour du temple de Paçupati, devant la porte d'entrée du sanctuaire, se dresse une statue colossale de Nandi, la monture et le serviteur du dieu. Mais du panthéon védique au panthéon népalais il y a loin, et le trait d'union manque. Entre les deux Paçupati, les intermédiaires réels sont les Pàçupatas. Les Pàçupatas sont, d'après Texcellente définition qu'en donne un disciple de Hiouen-tsang *, « des [ascètes] qui se couvrent de cendres ; ils s'en couvrent tout le corps, et tantôt rasent, tantôt conservent leurs cheveux. Ils portent des habits sales et usés, qui diffèrent seulement de ceux des autres en ce qu'ils ne sont pas rouges. Ces sectaires adorent le dieu Maheçvara ».
La secte des Pàçupatas est ancienne. Le Mahà-Bhârata met leur doctrine sur le même rang que les Vedas, le Sànkhya, le Yoga et le Pàficaràlra, comme l'enseignement authentique de Çiva (XII, 13702) ; c'est Çiva en personne, l'époux d'Umà, le maître des Bhûtas, qui a publié la doctrine Pàçupata (13705) ; elle se caractérise par des pratiques d'une austérité farouche (10470). Les Puràças s'accordent à en proclamer l'orthodoxie ^ Les ouvrages canoniques de la secte sont encore inconnus ; mais Màdhava en a donné un résumé systématique dans un chapitre du Sarva-darçana-samgraha *. Sous un placage de notions philoso-
1. Un commentaire chinois de l'Abhidharma-KoçA, le Kiu-che-koang- Ai, ch. IX, explique en fait Paçupati par « le maître du taureau » (youtchou) « parce que ce dieu, qui esl Maheçvara Deva, a pour monture un taureau ».
2. Yilsie-Jiing yinyi de Hiouen-ying, cité et traduit par Julien Hioiien-Tsang, III, 523, s. v. Po-chou-po-to.
3. Vàmana-P. dans Cat. mss. Oxon. 46*; Varâha-P., iô., 58*»; Vâya- P., îô., 50^ Padma-P., ib., 14»; Laghu-Çiva-P., ib., 75«.
4. J'ai publié une traduction de ce chapitre dans la Bihl, de l'École
phiques, la doctrine des Pàçupatas y apparaît comme une méthode pratique d'ascétisme intense : le Pâçupata doit éclater de rire, danser, mugir, ronfler, trembler, jouer Tamoureux, parler absurdement, agir absurdement, etc. Au vn*" siècle, Hiouen-lsang rencontre des Pàçupatas au Kapiça, en Jàlandhara (où ils sont les représentants exclusifs du brahmanisme), en Ahicchatra, en Mahàràstra ; la secte est puissanteetrépandue. Bàna,àla même époque, signale la présence de Pàçupatas au camp de Harsa'. Us apparaissent dans rhistoire du Cachemire dèsle vi' siècle^ En 609 J.-C. un prince de Tlnde Centrale, Buddharàja, de la noble famille des Kalacuris (Katacchuri) vante son grand-père Krsna ràja comme un fervent de Paçupati ^ Une inscription du Cambodge, des environs de Tan 900, et qui règle Tordre de préséance dans un temple çivaïte place Tàcârya Çaiva et le Pâçupata immédiatement à la suite du brahmane*. Au xi* siècle, le savant Lakulîça ou Nakulîça réforme la secte et lui donne un regain de vie ; parti des environs de Madras, le mouvement de rénovation gagne le Mysore, s'étend au Guzerate et rayonne bientôt sur rinde entière \ Une recrudescence des relations entre le Népal et le Deccan suit le réveil du çivaisme dans le Sud
des Hautes-Études, Sciences Religieuses, l*»»" vol. (Paris, 1889), p. 281 sqq.
1. Harsa-carita, Irad. Cowell-Tiiomas, p. i9. L'amère-grarid-père de Bàna portait le nom de Pàrupata. /6., 31.