‹ Le Népal: étude historique d'un royaume hindouChapitre 84 sur 85 · Hamilton, p. 25 et p · texte numérisé non relu

Hamilton, p. 25 et p

Les seules déesses qui méritent d'être citées pour leur fonction locale, en dehors des multiples incarnations de Devî, sont les Huit Mères (Asta-mâtrkâ) qui passent pour les gardiennes des villes népalaises. Ce sont, dans Tordre de hiérarchie : Brahmânî, Maheçvarî (ou Rudrânî), Kumârî, Vaisnavî, Vàrâhî, Indrânî, Camundâ, Mahâlaksmî, épouses ou énergies (Çaktis) des trois grands dieux, réductibles cependant à Tunité puisque aussi bien nous avons trouvé déjà Mahâlaksmî, la Çakti de Visnu, confondue dans une personne avec Kumârî et Kâlî. Gunakâma deva, le fondateur de Katmandou, passe pour avoir adoré Mahâlaksmî et établi, sur ses indications et sous son patronage, la nouvelle capitale.

Qu'elles empruntent leur nom officiel au panthéon bouddhique ou au panthéon brahmanique, les divinités du Népal n'en gardent pas moins un cachet manifeste d'origine locale. Chaque ville, chaque village, chaque source, chaque étang, chacun des accidents du sol a son patron spécial, déesse ou dieu n'importe ; et chacun de ces patrons a un sanctuaire propre, si modeste qu'il soit, dédié à sa gloire. Il n'est pas étonnant dès lors que le Népal se flatte de posséder 2 500 temples, ou même 2 733. A dire vrai, le Népal religieux dépasse les limites de la vallée : pris dans son acception la plus large, il s'étend au Nord jusqu'à Nîlakantha, le lac sacré de Gosain-than, à 8 jours de marche de Katmandou; au Sud, il va jusqu'à Nateçvara, à 2 jours de distance ; à l'Ouest, il s'arrête à Kaleçvara, également éloigné de 2 jours de Katmandou: enfin à l'Est, il se prolonge jusqu'à Bhîmeçvara, à 4 jours de marche, sur la rive droite de la Tamba-Kosi ; le temple, élevé en l'honneur de Bhîmaseua le Pàndava, dans la petite ville de Dolkha, a comme prêtre (pûjàrî) un Névar*. Mais le total donné ne

1. ilAMiLTON, p. 192; cf. aussi p. 167, et Kirkpatrick, p. 164.

prétend pas s'appliquer aux temples dispersés sur ce vaste domaine ; il se restreint à un périmètre rigoureusement défini, qui embrasse outre la vallée du Népal deux annexes peu étendues : à TEst, la vallée de Banepa jusqu'au confluent de deux ruisseaux, la Nîrâvatî (ou Lîlâvatî) et la Rosamatî ; à TOuest, une bande de terrain située sur le versant occidental du mont Deochok (ou Indra Than).

Le circuit du pèlerin. — C'est une œuvre infiniment méritoire et recommandable que de visiter les lieux sacrés disséminés, comme des repères, au long de ce circuit. Le Nepâla-màhâtmya en donne, dans sa XXIX° section, une liste détaillée, et enseigne les prescriptions à suivre dans ce long pèlerinage. Le point de départ, c'est Paçupati ; c'est aussi, naturellement, le point d'arrivée, puisqu'il s'agit d'un circuit fermé. Le pèlerin doit cheminer en tenant constamment la vallée à sa droite, en signe de respect : c'est là la cérémonie du pradaksina. Bien entendu, l'origine du rite remonte aiix dieux.

Le premier qui s'en servit, sur le conseil même de Çiva, n'était autre que Gunâdhya, l'immortel auteur de la Brhatkathà. Le Mâhàtmya ne manque pas l'occasion de rapporter tout au long l'histoire si populaire de ce conteur que la tradition tenait pour un génie déchu ; mais sur plusieurs points le récit du Mâhàtmya, comparé avec Ksemendra et Somadeva, présente des divergences assez considérables pour qu'il soit utile de les signaler, soit qu'elles tiennent à la fantaisie ou à l'ignorance de l'auteur, soit qu'elles décèlent une source indépendante. Le génie déchu n'est plus Puspadanta, mais Bhrngin ; il s'est transformé en abeille pour s'insinuer dans la chambre où Çiva contait h Pàrvatî ses contes merveilleux. Reconnu coupable, quand il sollicite du dieu qui l'a maudit de fixer un terme à sa malédiction, Çiva lui impose comme première condition

de publier sur la terre, en 900 000 vers, les contes qu'il a surpris indiscrètement ; puis il doit élever un linga sur un sol sacré qu'il est difficile d'atteindre ; alors seulement il relourneraau mont Kailâsa. En conséquence, Bhrngin-Gunâdhya naît à Mathurà ; puis il se rend à Ujjayinî où règne le roi Madana, marié à Lîlâvatî, fille du roi de Gauda, el qui a pour ministre Çarvavarman. Le roi Madana commet la fameuse confusion de modaka « gâteau » avec modaka « pas d'eau » ; humilié de son ignorance qui l'a rendu ridicule, il demande une grammaire sanscrite ; Çarvavarman compose le Kalâpa. Gunâdhya se retire de la cour, rencontre l'ascète Pulastya qui lui rappelle sa vraie condition et Tengage à écrire ses contes en dialecte paiçâcî; qu'il parte ensuite au Népal. Gunâdhya suit ces conseils, refuse de retourner auprès du roi Madana auquel il remet le manuscrit de son œuvre, et se rend au temple de Paçupati. Il décrit un pradaksina autour de la vallée, convoque tous les religieux des environs, et avant de remonter au ciel dresse un Hnga qui porte le nom de Bhrngîçvara. « El aujourd'hui encore, à chaque nœud de la lune, Bhrngin revient sous la forme d'une abeille (bhrnga) pour revoir son linga. »

Le pèlerin, ayant rendu ses hommages à Paçupatîçvara, prend un bain dans la Bagmati, sort du temple par la porte du Sud, se rend vers Râjarâjeçvarî, visite Bhairava et Vatsalâ, va ensuite adorer Guhycçvarî, traverse la Bagmati, puis la Celagangâ, il passe successivement par Gokarneçvara, qui rappelle la sainte métamorphose de Çiva en gazelle ; Kàrunikeçvara, le linga commémoratif élevé par Buddha-Visnu le Compatissant au confluent de la Bagmati et de la Manimatî ; Sundarî, où la Bagmati pénètre dans la vallée. De là à Vajrayoginî (la déesse tutélaire de Sankou); puis visite à Garuda et Nârâyana (de Cangu), au Valeçvara, au Vâgîçvara (au confluent de la Vîrabhadrâ) et au Vâlmîkeçvara, qui rappelle le séjour de Vàl-

mîki*. Près du linga de Vàlmîki s'en dresse un autre consacré par Hanumat ; c'est là que se reposa le singe héroïque, auxiliaire de Hàma, quand il revint de THimàlaya, chargé de rochers destinés à former un pont entre rinde et Lanka.

Après cette journée si laborieuse, le pèlerin doit passer la nuit à veiller, distrait par le chant et la danse ; il doit aussi donner à manger aux brahmanes. Le matin, dès Taube, il se baigne à Tétang voisin, prend congé du linga, et continue sa route vers TEst. Il atteint d'abord le lac ïricampaka, où Màdhava (Visnu) repose sur les anneaux du serpent Çesa; il répand dans Teau sainte des offrandes aux Dieux et aux Pères. Entré dans la vallée de Banepa, il va adorer Candeçvarî, protectrice de Banepa, et Candeçvara son compagnon, puis visite le Dhaneçvara-linga élevé par le dieu des richesses, le Gokhurakeçvara, « qui porte encore l'empreinte d'un sabot de vache » et qui fut fondé par Kâmadhenu, la Vache d'Abondance; l'Indreçvara, étabh par Indra au confluent de la Nirâvatî (ou Lîlàvatî) et de la Rosamatî ; FÀçàpùreçvara établi par les Trente-Trois dieux. Il rentre dans la vallée du Népal, qu'il longe dès lors par le Sud, et visite le Doleçvara (au Sud de Bhatgaon) qui rappelle un miracle deÇiva. Un brahmane de Bénarès, mauvais sujet, coureur de filles, buveur d'alcool, se sentit tout h coup pris de remords ; il consulta les ascètes de Viçveçvara, qui lui donnèrent un bâton. « Pars, lui dirent-ils, en pèlerin ; quand ton bâton poussera un rameau, tu seras purifié. » Il se mit en route en multipliant ses austérités ; parvenu au Népal, sur le site actuel du Doleçvara, il planta en terre son bâton de pèlerin, et voici qu'il en sortit un rameau. Telle est l'origine du Doleçvara. C'est là la seconde halte du pèlerin : il se baigne dans le Dhàrà-tîrtha, passe

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