D'UN U >RD. -I
j'ai fait, j'ai cru devoir le: faire , et je n';n piè
de compte à nous rendre , iNelly ! Je vous (Ji> . moi, que vous êtes une folle, et que vous ne savez rien voir! Lady Fellon était coupable... William Humbers était sou amant. .. et c'est un bâtard qui vient de naître!...
— Non! milady est pure, innocente'.... je le dirai toujours...
— Dites-le, missNelly... mais pas trop haut! que personne ici ne vous entende !... Autrement, Nelly, malheur à vous!... malheur à votre maîtresse!.. J 'ai mon oncle à venger!.. J'ai f honneur de mes ancêtres à conserver pur et intact!... et si Ton m'y force, Nelly, je sais bien ce que je dois faire... J'ai des preuves, des preuves accablantes... je m en servirai!...
En même temps il froissait un papier dans ses mains : c'était la lettre que lord Fellon a \ a i t écrite le matin même pour son neveu.
Il y avait quelque chose de si terrible dans le rejjard de sir Frédéric , que Nelly frissonnai!
de tout son corps et sentait ployer ses genoux.
— Oh Dieu! murmurait-elle d'une voix brisée ; pauvre maîtresse ! que va-t-elle devenir quand elle saura tout son malheur!... Elle goûte encore en ce moment un paisible sommeil... Mon Dieu , faites-lui la grâce de ne plus s'éveiller!...
— Que Dieu lui fasse au moins la grâce de bien dormir encore deux heures!... ajouta sourdement Frédéric : ces deux heures , Nelly , je veux les employer ! ces deux heures contiennent ma fortune ou ma ruine!... Il faut que tu me serves ! . . .
— Vous me faites trembler , Frédéric ! Mon Dieu ! quel air sinistre ! . . .
— Il faut que tu me serves ! répéta Cléland , cette nuit, ou jamais!...
— Quel langage! Mais, au nom du Ciel, que voulez-vous?...
Cléland se rapprocha d'elle et lui prit la main avec un sourire farouche ; puis, la por-
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tant à ses lèyjres, toute frémissante, il dit d'une voix altérée :
— Chère Nelly, tu sais combien je t'aime!... tu sais que pour te plaire il n'est rien que je ne lisse !... Oh! vois-tu, chère belle, tu es la seule femme au monde que j aie aimée; cest toi seule qui mas fait croire à l'amour! et tu serais ingrate de ne pas maimer aussi !...
— Oh ! je t'aime, Frédéric! s'écria -t- elle avec exaltation, je t'aime!... et tu ne peux en douter! Je t'appartiens... Je suis l'esclave et tu es le maître!...
— Eh bien ! douce et charmante esclave , répondit Frédéric avec une inflexion caressante, tu vas faire ce que le maître ordonne.. . ce qu'il ordonne à genoux!... Mais cest un grand service qu'il te demande. . . D'abord, ceci. . . continua-t-il avec une tendre mignardise, en lui baisant le front et les mains; mais un baiser, mon ange, ce n'est pas tout!...
28é LE NEVEU
— Parle, mon Frédéric... répondit-elle avec amour , je ne veux rien te refuser!
— Nelly, reprit-il d'un ton grave et sérieux, je t'aime... et je veux que tu sois ma femme!...
— Oh ! que tu es bon!... interrompit-elle, toute rayonnante de joie.
— Mais pour t'épouser, JNelly, toi qui n'es pas une grande dame , il faut que je sois grand
seigneur... lord Felton , comte de Trévor!
Autrement, si je ne suis qu'un simple gentilhomme , je ne me sens pas la force de braver le monde , de fouler aux pieds son blâme et sa colère , et d'entendre crier à mes oreilles que j'ai fait une mésalliance! Une fois comte de Trévor, mon ange, ils pourront dire tout ce qu'ils voudront... la couronne de comte est une auréole qui nous enveloppera de lumière ! Une grande forlune et des titres , voistu , Nelly, c'est un manteau royal qui vous entoure de flatteries et d'hommages!... Mais, pour avoir tout cela, sais-tu ce qu'il faut faire!. .
D'UN I.Olil) il fout que cet enfant disparaisse! il faut que tu m'aides !...
— Frédéric! oh . mon Dieu! quel est votre projet y...
-— Ta maîtresse est endormie, n'est-ce pas?., continua Cléland d'un ton mystérieux , eh bien! pénètre sans bruit dans sa chambre , emporte l'enfant...
— Ah ! que me demandez-vous, Frédéric!., interrompit-elle avec horreur; arracher un enfant aux bras de sa mère!... Oh! ne l'espérez pas , je ne le ferai jamais ! . . .
— Eh bien! je le ferai donc moi-même!... poursuivit Frédéric d'un accent plein d'amertume, en marchant vers la porte qui menait à l'appartement de lady Fellon ; et puisque tu ne veux pas me seconder , parbleu ! j'agirai sans toi!...
— Mon ami , arrêtez, je vous en conjure '... s écria-telle dune voix suppliante. Non , vous
n'aurez pas le courage d'attenter aux jours d'un enfant!...
— Eh ! qui te parle de le tuer ? repartit Frédéric en haussant les épaules : est-ce qu'il n'y a pas d'autre moyen de se délivrer d' un bâtard ! . . dans une heure ce misérable enfant ne sera plus dans le château de mes aïeux !.. Il vivra, Nelly... mais perdu à jamais pour sa mère ! . . . elle ne le verra plus!... Et je vais de ce pas...
— Frédéric . vous n'aurez jamais cette barbarie!... vous voulez donc qu'elle meure, cette pauvre femme?... Quoi! tout perdre en un jourl tout perdre à la fois!... son époux , son enfant!...
— Nelly, répliqua Frédéric avec une intonalion de colère , tu es sentimentale et pleureuse comme feu Clarisse Harlowe!... tu sais pourtant que j'ai les larmes en horreur!... Allons ! décidément veux-tu faire ce que je te dis?... Autrement, j'irai moi-même... et si matante s'éveille, je n'en continuerai pas moins d'exécuter
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ce que l'honneur ell intérêt me commandent !.. Elle va crier sans doute, §e lamenter, ii 1er une scène des plus tragiques... mais j'étoufferai bientôt les cris de rage maternelle avec une parole ou deux! je lirai tout haut celte lettre de mon oncle , et je dirai : Milady, vous avez déshonoré le meilleur, le plus noble des hommes!... vous avez glissé dans la famille de cet homme un enfant qui n'est pas le sien I . . Cet homme, milady, vous lui avez brisé le cœur !.. il s'est donné la mort... et c'est vous qui l'avez tué!... Milady, cette lettre vous condamne , elle vous couvre de honte et d'opprobre... c'est un fer chaud qui vous marque au front !.. Donnez-moi votre enfant, je vous la donne... Nous le ferons élever loin de vous, sous un autre nom... je ne veux pas qu'il souille le nom de mes ancêtres , celui de mou oncle... — Et je te jure, Nelly, qu'elle acceptera le marché avtc reconnaissance !... Cependant comme la douceur et les procédés ne gâtent jamais rien, si tu mVn crois, chère
belle, tu vas entrer tout doucement dans la chambre , prend] .*e l'enfant.. .
— Jamais! jamais!... dit-elle avec une douloureuse énergie.
Cléland changea tout à coup de visage, frappa du pied, grinça des dents.
— Allons ! murmura-t-il d'une voix sourde , en marchant vers la porte ; je vois bien qu'on fait toujours mieux ses affaires soi-même... Seulement, Nelly, je t'en préviens , les mains d'un homme sont peu délicates et très-gauches à manier les enfants ! . . . En vérité , Nelly, tu as tort !
Il sortait , furieux , avec un air de résolution fatale.
Nelly, pâle et tremblante, essaya de le retenir.
— Frédéric, par pitié, demeure!...
— Silence! pas de cris!... Laisse-moi!...
— Non, vous n'irez pas!... continuait-elle avec une inflexion déchirante. C'est une cruauté lâche, horrible!...
— Vous tairez-vous , malheureuse!... interrompit Frédéric avec emportement. Lâchez-moi, Nelly!. ««
— Non , je m'attache à vous... j»- ne vous quitte pas...
Et la voix <!<> Nelly devenait plus forte et plus douloureuse.
— Silence donc!... s'écria Frédéric, le visage enflammé.
À l'instant même un bruit de pas se fit entendre derrière une muraille; puis, comme le grincement d'une clef dans une serrure qu'on n'a pas ouverte depuis longtemps... Il tressaillit. La jeune fille poussait toujours des exclamations plaintives; il lui met une main sur la bouche. Cependant le bruit continuait dans la muraille, le bruit de pas et de clef : Frédéric a peur d'être surpris; il entraîne la jeune fille dans une chambre voisine, ouvre brusquement un cabinet sombre, <>l la pousse au fond de celle mys- 11 ^j
térieuse cachette, qu'il referme sur elle avec une extrême vivacité.
il retourne précipitamment dans la chambre qu'il vient de quitter, et reste immobile, frappé de stupeur : une porte qu'il ne connaissait pas s'était brusquement ouverte dans la boiserie... Un homme, enveloppé d'un large manteau brun, sortit d'une espèce de couloir obscur, et dit à une personne encore dans l'ombre : « Attendez-moi. » Frédéric épouvanté porta rapidement la main à son poignard , et s'élança contre cet homme : celui-ci recule , et saisit un pistolet caché sous son manteau. Tout à coup Frédéric jette un cri de saisissement 1... il avait reconnu ce personnage : c'était lord Felton!
— Grand Dieu ! mon oncle ! est-il possible l . . . s'écria impétueusement Frédéric.
— Oui, c'est moi, cher ami! répond le comte d'une voix sourde... Mais silence!...
— Quoi! vous m'êtes rendu!... 0 Dieu! moi qui vous pleurais déjà! . . . Quel bonheur ! . . .
— Est-ce un bonheur, Frédéric?.., murmure douloureusement lord Felton , est-ce un bonheur?...
— Vous me rendez la vie ! . . . Oh ! mon oncle, mon pauvre oncle, j'étais au désespoir !... Je vous croyais mort. . . et j'allais vous suivre ! . . . Oui, dans un instant peut-être!...
— Tu m'aimes, Frédéric, oh! je lésais!... Va, je t'aime aussi, moi!... J'ai horreur de l'ingratitude!... Viens dans mes bras, mon fils, viens !...
Et le comte étreignit longtemps contre sa poitrine Frédéric, qui avait l'air de sangloter.
— Oh ! c'est donc vous que je presse sur mon cœur !... Hélas! je n'espérais plus vous revoir!... Cette lettre, cette affreuse lettre...
— Oui, je voulais mourir! murmura lord Felton d'une voix profonde. Ce matin j'avais quitté le château pour n'y plus reparaître : ma résolution était bien prise... j'avais choisi la mer pour tombeau ! Mais déjà, Frédéric, quand
j'attendais la mort, quand les vagues bondissaient vers moi furieuses, une pensée m'est venue, une pensée atroce!... Oh ! si jetais mort avec celte pensée au cœur, je serais mort désespéré, dans les tortures de renier!... La malheureuse , elle aurait triomphé sur mon cadavre!... Cet enfant que je hais, lui ma lion e vivante, lui que je voudrais anéantir , il aurait porté mon nom ; il aurait grandi sous les yeux de sa mère ! elle aurait pu le couvrir de baisers, en songeant à l'infâme que je voudrais faire revivre pour le tuer encore !... Oh! Frédéric, celte idée-là ma serré le cœur comme une tenaille ardente! J'ai fui... j'ai eu peur de mourir sans vengeance ! Et j'ai bien fait... car la vengeance est là!... continua-t-il avec amertume, en étendant la main vers la porte secrète , qui demeurait entre-baillée.
Cléland fit un geste de surprise.
— Milord , que voulez-vous faire?. .. repritil avec un tremblement (huis la voix,
— Je veux la punir ! je veux qu'elle pleure à son tour î . . . Je veux qu'elle pleure son enfant... et qu'elle pleure sur un cadavre !...
— Mon oncle , ajouta Frédéric plein d'un horrible espoir, réfléchissez bien... cette action est grave... et si l'on savait!... N'est-il pas d'autre moyen plus sûr, moins dangereux?...
— Laissez-moi faire!... dit sourdement lord Felton : j'ai pris toutes mes mesures, vous allez voir !...
En parlant ainsi, il entra dans le couloir, y disparut quelques secondes, et revint accompagné d'une femme qu'il tenait par le bras pour la conduire et la diriger dans sa route , car cette femme avait les yeux couverts d'un bandeau; une espèce de grande mante écossaise , sale et déchirée, l'enveloppait des pieds à la tête; son costume était celui des femmes de pécheurs qui vivent sur les bords du Solway, et qui ramassent la tourbe quand le mauvais temps les empêche d'aller en mer.
— Suivez-moi, dit-il à cette femme, et n'ayez aucune crainte... Dans un moment je détacherai votre bandeau : mais jurez-moi, sur la tête de votre enfant, que vous ne chercherez jamais à savoir quelle est cette maison.
— Je vous le jure! dit une voix faible et coupée de sanglots. Je le jure par le salut de mon âme!
— Sur la tète de votre enfant ! répéta lord Felton d'une voix ferme.
— Oui , sur la tète de mon enfant!
— Bien. Vous savez maintenant ce que vous avez à faire. Allons , du courage! vous allez me suivre...
La femme aux yeux bandés marchait en baissant la tête : malgré les plis de sa large manie, il était facile de voir qu'un tremblement convulsif agitait son corps.
— Mon oncle, au nom du ciel, qu'auvvous résolu?... demanda Cléland avec une curiosité pleiue d'angoisses.
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— Frédéric , reprit lord Felton , vous allez faire seller un cheval comme pour vous ; que personne encore ne sache mon retour. Vous partirez ventre à terre, en suivant les murs du parc... jusqu'à la grille de Test. Tenez , voici la clef de cette grille. Vous entrerez sans bruit, vous approcherez du château le plus possible... Dans un quart d^heure je vous rejoins.
— Milord , je vais obéir... mais ne puis-je savoir?...
— Dans un quart d'heure vous saurez tout ! Allez!
L'accent du comte n'admettait pas de réplique , Aussi Cléland ne fit plus de questions et sortit , pâle, agité, plein d'une étrange inquiétude. Lord Felton recommanda le silence à la femme qui marchait derrière lui ; et, traversant avec elle plusieurs pièces , dont la dernière s'ouvrait sur un escalier dérobé, il pénétra sans bruit jusqu'à l'appartement de la comtesse; puis, ayant ouvert doucement la porte de la chambre à cou-
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cher , il appela miss Nelly à voix basse. Il voulait un instant la faire sortir, comme pour l'interroger sur l'état de la malade ; mais, ne recevant -aucune réponse , ne voyant personne dans la chambre que lady Felton endormie , il fit signe à la femme inconnue de le suivre. Klle entra sur-le-champ, tremblante; ses yeux notaient plus cachés par un bandeau.
Un quart d'heure après, lord Felton, accompagné delà même femme, avait rejoint son neveu dans le parc. 11 lui dit quelques mots à l'oreille, et, saisissant la bride du cheval que sir Frédéric avait amené , il s'élança vivement en selle : alors Cléland prit dans ses bras la femme mystérieuse, dont les yeux étaient recouverts du bandeau , et , l'enlevant de terre avec précaution , il la mit sur la croupe du cheval.
— Attachez-vous à moi, dit lord Felton. Un peu de courage ! nous arriverons bientôt...
Et, serrant des éperons les lianes de sa mon-
ture, il part au galop et disparaît dans l'ombre. Enfin Cléland triomphait : cette fortune, ces titres achetés par le crime, il les tenait enfin! il ne craignait plus de les voir s'évanouir comme une ombre ; il ne craignait plus d'avoir inutilement forgé la plus effroyable machination qui fût sortie de l'enfer. Mais l'œuvre n'était pas encore achetée : il fallait peut-être de nouvelles victimes, à tout prix il fallait le silence!... Nelly pouvait le perdre ; elle n'avait qu'un mot à dire et tout se découvrait! Ce mot, que jusqu'alors elle avait gardé dans son cœur, en sortirait tôt ou tard , dès que l'amour ne l'y retiendrait plus. C'était bien assez déjà pour Cléland que Job Griffith l'épouvantât sans cesse, et qu'il se trouvât, lui gentilhomme , enchaîné par une espèce de pacte infernal à ce juif horrible qui pouvait renvoyer à l'échafaud. Cette lettre de Job Griffith, que sir Frédéric avait reçue quelques jours auparavant, cette lettre ne serait pas la dernière sans doute ,
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et Cléland se trouvait toujours à doux doigts de sa ruine et do son déshonneur.
Cette lettre fatale, que sir Frédéric avait brûlée tout de suite avec terreur, était conçue en ces termes :
« J'ai riionneur de prévenir sir Frédéric que « moi , Job Grilfith, son fidèle et dévoué servi- « teur, je suis dans un cul-de-basse-fosse épou- « vantable , où Ton nie traite beaucoup plus « mal qu'un chien : on me nourrit deau claire « et de pain dur , moi qui n'ai plus de dents ! « On me fait porter une chaîne lourde comme « les portes de Gaza, moi qui ne suis pas un « Samson et qui peux me traîner à peine ! En- « fin on me torture dans ce vieux trou à rat de « Mewgate absolument comme si j'avais cruci- « fié votre seigneur Jésus-Christ , et cependant « Dieu m'est témoin que je n'ai pas le sang • d'une mouche à me reprocher! Et tous ces « crueis supplices, ce pain dur, ces fers , cette
« paillasse humide , si Votre Honneur savait « pourquoi l'on m'en gratifie.. Oh! c'est pour « si peu de chose, pour un enfantillage, pour « une misère !... Je gage bien que si vous étiez « jury à vous tout seul J'aurais pu sortir de là « blanc comme neige , sans une égratignure, et « vous auriez dit même que je suis un habile « homme !... car je défie les plus malins, Moïse « lui-même, de vous contrefaire une signature « ou un billet de banque comme votre très- « fidèle et très-dévoué serviteur Job Griffith. « Mais venons au fait : un de mes collègues, un « jaloux , un traître infâme, m'a vendu comme « vous dites que Judas Iscariote a vendu l'autre! « Moi je ne me doutais de rien ; j'allais toucher « mes échéances : on m'empoigne, on me « fouille, on me fait mille avanies, on me jette « en prison , mon affaire se bâcle en quelques « jours , et , si Votre Honneur ne vient pas me « tirer de la fosse aux lions, moi, qui ne suis pas « Daniel, j'y laisserai ma pauvre carcasse ! Mais
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<( |)arlons sans métaphore : la fosse aux lions , c'est la potence!... Dans quatre jours elle se « dresse : j'ai obtenu à grand1 peine cet aimable « sursis, en promettant de faire des révélations « très-utiles au commerce et à la banque. Votre « Honneur a de Tardent, des amis... Trente ou « quarante mille livres , quand bien même il « faudrait les donner pour sauver mon cou , ne « doivent pas arrêter sir Frédéric, qui bientôt , <( je l'espère, sera plus riche que le roi, grâce à « mon talent. Enfin Votre Honneur s'entendra, « sil le faut, avec le diable! mais je vous déclare « tout net que je ne veux pas être pendu, que j'ai « la potence en horreur, et que, si dans trois « jours je ne respire pas le grand air à distance « respectueuse du gibet, je donnerai à mon- « sieur le shériff certains détails sur un beau « colonel qui manque au régiment !... je racou- « terai une histoire superbe à ces bons magis- « trots : je leur conseillerai en ami de mettre « toutes les cordes de potence les unes au bout
« des autres , pour descendre au fond d'un pré- « cipice où Ton trouvera le mot de l'énigme. . . « Bref, moi Job Griffith, tant que je n'aurai « pas six pouces de langue hors du gosier , je « me flatte de pouvoir indiquer aux amateurs « une excellente recette pour faire pendre un « jeune et beau gentilhomme , en compagnie « d'un vieux juif abominable.. .
« Songez-y bien ; sir Frédéric : on ne peut « me serrer le cou sans froisser le vôtre ; ils sont, « comme on dit, parfaitement solidaires...
« Sur ce, moi, Job Griffith, je vous souhaite « la paix de l'âme et du corps , et je prie de « toute ma force pour le repos du colonel Wil- « liam Humbers ! ... »
Cette missive était foudroyante pour sir Frédéric : c'était presque une sentence de mort ! aussi , malgré l'intérêt immense qui devait le retenir au château de son oncle, n'avait-il point hésité à partir avant l'accouchement de lad y
Felton. A force d'argent, de ruses et d'intrigues il était parvenu à faire évader Job GrifQth, qu'il avait tenu caché plusieurs jours chez lui, et qui s'était sauvé sur le continent.
Job Griffith avait promis à son libérateur, moyennant une somme prodigieuse, de s'embarquer immédiatement pour l'Amérique du Sud , et d'y passer le reste de ses jours.
Cependant sir Frédéric ne pouvait plus désormais se fier à Nelly : elle avait pénétré les sombres projets de Cléland ; elle avait refusé obstinément de les seconder; et , forcé une fois d'employer la violence, Frédéric se voyait maintenant obligé de recourir aux moyens extrêmes.
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Le lendemain , après cette nuit d'angoisse él de terreur-, que dirait la pauvre jeune fille, quand elle verrait sa maîtresse abandonnée au plus horrible désespoir , quand elle verrait cette malheureuse mère, serrant contre son cœur et couvrant de baisers quelque chose d'insensible et de froid? Alors miss Nelly pourrait-elle se laire?... Elle parlerait... etcette infernale trame, ourdie si laborieusement, se briserait d'un coup !
Sir Frédéric comprenait donc qu'il fallait se délivrer d'un témoin dangereux, s en délivrer à tout prix.
Après avoir quitte lord Felton , qui s'éloignait de toute la vitesse de son cheval , Cléland retourna vite au château. Les domestiques n'étaient pas revenus de leur exploration nocturne; ils parcouraient toujours la plage , et personne encore ne pouvait le surprendre. Il ouvrit le cabinet sombre, où, dans un transport de colère et «le crainte, il avait enfermé Neljy. File n iO
avait perdu connaissance ; et quand il entra , elle paraissait évanouie encore. Il n'hésita point une seconde : sa résolution était fixe, inébranlable.
Dans les combles du château demeurait un homme qui semblait avoir remplacé Job Giiffith auprès de sir Frédéric : cet homme , dont les manières et le langage n'annonçaient pas une éducation choisie , ne pouvait être le secrétaire de Ciéland ; et les domestiques du château, qui ne devinaient guère remploi de ce personnage, se disaient confidentiellement que c'était quelque mauvais drôle , toujours prêt à servir son maître dans une méchante équipée.
Frédéric alla chercher cet homme : ils eurent ensemble un assez long colloque ; et ce fidèle serviteur, qui, dans mainte occasion, l'avait déjà secondé , lui dit avec un sourire équivoque : « Vous pouvez être tranquille , je comprends parfaitement; tout sera fait comme vous désirez. »
Le jour n'était pas encore venu. Cléland remonta dans sa chambre; mais il ne songea pas môme à prendre un instant de repos, bien qu'il fût harassé de fatigue : de trop graves pensées le préoccupaient. Son oncle ne devait rentrer au château que dans quelques heures , et Frédéric l'attendait avec une impatience pleine de fièvre.
Enfin le jour parut. La solitude et le silence régnaient encore dans le château, quand soudain un cri lamentable et profond se fait entendre : ce cri venait de la chambre à coucher de lady Fellon. Cléland tressaille, il écoute : aussitôt de longs gémissements retentissent ; une voix douloureuse appelle, une voix déchirante... Cléland ne bouge pas, il a compris ce qui se passe dans l'appartement de sa tante : ces cris désespérés et plaintifs, il en sait la cause.
En effet, quelque chose d'horrible et de poignant, un drame plein de sanglots et de larmes, s'accomplissait à quelque distancé de Frédéric Après un sommeil tranquille , et berce des plus
m le neveu
agréables songes, lady Felton s'étaitréveilléeaux premières lueurs de Tau be: le premier mot sorti de ses lèvres, c'était le nom de son enfant. Elle avait appelé Nelly , mais aucune voix n'avait répondu à la sienne. Alors , croyant la jeune fille endormie, elle s'était levée doucement surun coude ; puis, écartant les rideaux de son lii, elle avait promené les yeux autour d'elle : personne dans la chambre. . . Lady Felton était seule, seule avec le berceau du nouveau-né. Elle attend quelques minutes encore , elle sonne, elle appelle... on ne vient pas! Alors, ne pouvant comprendre un pareil abandon , une pareille négligence, elle se lève malgré sa faiblesse, s'approche du berceau ; et, toute frémissante de joie et d'amour, elle entr'ouvre les rideaux blancs de la couche, où sommeille encore paisiblement cette douce et frêle créature , qui maintenant est la seule consolation de sa mère. L'enfant paraissait toujours endormi; mais, comme le rayon de lumière qui pénétrait dans
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le berceau aurait pu réveiller, laily Felton « penche avec uu sourire sur le visage adoré de sou fils, et lait retomber les rideaux sur elle , pour le contempler longtemps dans ce demi-jour favorable au sommeil. Elle s incline encore vers l'enfant, effleure d'un tendre et maternel baiser la bouche et les yeux de son ange qui repose ; mais soudain, elle recule avec épouvante!... cette bouche est froide, cette figure est livide! Elle regarde, elle écoute : ni respiration ni mouvement! Le berceau ne contient plus qu un cada-
vre ! . .
Aussitôt, pale, égarée, folle de douleur, elle se précipite en criant sur le berceau ; elle saisit l'enfant dans ses bras, elle le presse contre son cœur, elle le couvre de larmes et de baisers furieux ; elle sanglote et se frappe la poitrine ; elle tombe à genoux , elle conjure Dieu défaire un miracle, de lui rendre son enfant!...
Et personne encore ne venait : car Vlly pouvait seule entrer (k\\\* la chambre de sa niaî-
tresse , qui ne voulait pas d'autre garde ; et les femmes de service ne pénétraient point chez la comtesse, à moins d'être appelées spécialement.
Enfin les cris devinrent si lamentables qu'une femme de chambre accourut. Mais, lorsqu'elle entra , un silence morne et profond régnait dans l'appartement : lady Felton était couchée sur le tapis , immobile et glacée comme le cadavre qu'elle tenait toujours serré contre son cœur.
On lui jeta de l'eau fraîche au visage, on lui frotta les tempes de vinaigre ; mais elle ne rouvrait pas les yeux, ses lèvres ne laissaient échapper aucun souffle. On appela Nelly , on la chercha de tous côtés, mais en vain ; personne dans le château ne pouvait dire ce qu'elle était devenue.