‹ Le neveu d'un lord (volume 2)Chapitre 3 sur 18 · MO LE NEVEU · texte numérisé non relu

MO LE NEVEU

de compatissant; il fut saisi d'une étrange pitié!., et ses larmes, qui tombaient une à une et toutes brûlantes sur son cœur, jaillirent de ses yeux avec moins d'amertume.

Mais bientôt, confus et repentant de sa faiblesse , il étouffa la pitié sous l'indignation , et dit à sir Frédéric :

— Mon ami, tu vois comme je suis faible! c'est que, malgré moi, je l'aime encore!,.. Oh! soutiens mon courage,... soutiens ma colère, et quand tu me verras prêt à fléchir, alors f rappelle-moi l'outrage, rappelle-moi son crime...

— Oui, sans doute, elle est bien coupable! répondit tristement Frédéric, mais elle a des remords!.. Oh! j'en suis sûr! Voyez, mon oncle, voyez comme elle est triste et changée depuis hier, comme elle pleure!...

Mais, comme pour neutraliser l'effet de sa

commisération, il eut bien soin d'apprendre au comte, d'une manière assez vague d'abord, qu'une certaine lettre , venue d'Irlande , avait singulièrement ému lady Felton. Cette lettre, ajoutait Frédéric avec indifférence, cette lettre annonce la disparition du colonel William Humbers : on le dit mort, on le dit victime d'un assnssinat politique ; et cette nouvelle a dû frapper vivement lady Felton qui, depuis quelques jours, sans doute, ne peut comprendre le silence d'un homme

— Oh ! s'écria le comte avec désespoir , c'est donc lui quelle pleure!... Et moi qui me laissais toucher par ses larmes hypocrites ! Oh ! c'est l'enfer!...

Et tout frissonnant, tout pale, il laissa tomber sa tête sur ses genoux, et pleura bien longtemps.

Deux jours après, un matin, lady Felton as-

sise à quelque distance de son mari , dans le fond de la chambre , demeurait silencieuse et tremblante, les yeux attachés sur le malade, qui n'avait pas eu l'air encore de s'apercevoir qu'elle était près de lui : il avait dû pourtant remarquer la présence de sa femme. Il fermait les yeux pour ne point la voir, sans doute ; et, craignant, à chaque seconde , que son mari ne la prévint par un coup d'oeil sévère qu'il voulait être seul, lady Felton parcourait un journal pour se donner une contenance et cacher son trouble.

Soudain elle jette un cri : lord Felton se retourne vivement, avec une expression de colère; il voit sa femme , le visage pâle, altéré, qui, presque anéantie sur un fauteuil , tenait le journal dune main tremblante.

11 s'élance vers elle, saisit le journal, y jette

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