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rapidement les yeux , cl, le froissa ni dans ses mains avec fureur, il s'écrie :
— William Huinhers! William Humbers !!..
— Ils Font tué, les monstres!... murmure lady Fellon d'une voix éteinte.
— Ils Tout tué ! répond lord Felloo , dans un accès de rage indicible; ils Pont tué!., non, pas eux, mais d'autres !. . maisd'autres, madame!., c'est moi qui vous le dis! Oli ! malheur!., il est donc mort!., et maintenant plus de vengeance 1
Et faible, chancelant, il s'affaissa tout à coup sur lui-même et tomba comme foudroyé.
On accourut au bruit. Sir Frédéric releva son oncle ; on emporta lady Felton dans sa chambre; et pendant que le comte reprenait connaissance , un papier s'échappa de ses mains raidies. (Vêtait le journal, et sir Frédéric lut d'un regard ces lignes qui le firent trembler :
« On est sûr maintenant que le colonel Wil- « liam Humbers a péri victime d'un lâche as- « sassinat; mais il avait quitté secrètement l'Ir- « lande , et c'est aux environs de Carlisle , près « du château de sir William, que le crime a « dû se commettre.
« On assure que la justice est sur la trace « des coupables. »
Cléland frissonnait, mais sa terreur s'évanouit bientôt : un seul homme dans le monde connaissait la vérité, un seul homme pouvait le trahir, et Frédéric était sûr de cet homme!
Pendant plusieurs jours , la mélancolie de lord Felton devint plus sombre encore ; il ne voulut voir personne , excepté Frédéric. Lady Felton essaya de pénétrer dans la chambre de son mari; mais, chaque fois que celui-ci Tari to
percevait , sa figure prenait nue expression douloureuse et sinistre qui épouvantait la pauvre femme : cependant elle avait le courage de rester, elle allait s'asseoir dans un coin de la chambre, et tournait des regards attendris vers lord Felton qui demeurait silencieux , morne , les sourcils froncés. Mais lorsqu'elle lui adressait la parole d'une voix tremblante , et lui demandait, avec une hésitation craintive, comment il avait passé la nuit, comment il se trouvait, soudain le comte lui répondait, sans tourner la tête vers elle, qu il avait passé une nuit délicieuse, qu'il était, parfaitement bien et qu'il serait encore beaucoup mieux si l'on avait la complaisance de ne pas venir le déranger dans sa chambre. En parlant ainsi, sa voix était pleine d'amertume et de sécheresse. La malheureuse Henriette s'empressait alors de se lever, et, les yeux gros de larmes, le cœur gonflé , elle sortait lentement de la chambre, en laissant pour adieu
h son mari un long regard, tout plein de tris tesse et d'amour.
Lord Felton ne souffrait plus de sa blessure, mais son état de santé devenait chaque jour moins satisfaisant : le docteur et la comtesse attribuaient ce redoublement de malaise au violent chagrin que la mort du colonel Humbers avait causé à lord Felton. Aussi Henriette avaitelle grand soin de ne jamais prononcer devant son mari le nom de .sir William.
Cependant quelques mois s'écoulèrent, et le médecin ne remarquait pas encore la moindre amélioration dans la santé du comte ; celui-ci dépérissait à vue dœil , et tout le monde , excepté Frédéric, considérait la maladie de lord Felton comme un affaiblissement des facultés intellectuelles. Le docteur Wilson conseillait plus vivementque jamais à Frédéric d'engager son oncle à faire un voyage; Frédéric ne demandait pas
mieux: c'était le meilleur moyen <l empêcher une explication dangereuse entre le mari et la femme. Une séparation de quelques mois paraissait trèsnécessaire à Cléland , car il tremblait toujours que son oncle , trappe d'un trait de lumière , éclairé par un mot , ne conçût quelque doute et ne voulût avoir avec lady Felton un entretien définitif, une explication franche, qui n'aurait pas manqué de faire éclater l'innocence de la pauvre femme.
Mais si la présence continuelle de lord Felton pouvait être dangereuse, son absence, pendant la grossesse d'Henriette, pouvait avoir aussi de graves inconvénients. Il était bien convenu entre sir Frédéric et son oncle que Ton tiendrait caché, aussi longtemps que possible, l'état de lady Felton , qui passerait pour un malaise ordinaire. 11 fallait donc, pour atteindre ce but, que personne, aucun même des amis les plus intimes, ne fût mis dans la confidence , afin qup
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lord Felton et son neveu eussent toute liberté d agir par la suite. Le conile . sans vouloir ébruiter la grossesse de sa femme , ne songeait pas d'abord à la tenir secrète ; mais il prit facilement cette résolution, d'après les avis de son neveu, qui était si intéressé à faire un mystère de cet événement. Frédéric n'oubliait pas que l'usurier Samuel avait eu soin de jeter comme par basa rd , au milieu d'un acte , une certaine clause fort prudente , qui. maintenant pouvait mettre le beau gentilhomme, pieds et poings liés, dans les griffes du sale israélite.
Cependant miss iNelly, effrayée de la métamorphose étrange qui s'était faite si rapidement dans le caractère et la vie de lord Felton , avait plusieurs fois questionné en tremblant sir Frédéric , qui détournait toujours la conversation et lui répondait par de charmantes et douces cajoleries. Elle ne pouvait comprendre le changement singulier de lady Felton, sa tristesse
profonde et ses larmes , qu'elle attribuait pourtant , faute d'explication meilleure , au refroidissement du comte pour sa femme. Mais lorsqu'elle venait à réfléchir que sir William Humbers n'avait point reparu depuis le jour où lord Felton s'était blessé , elle ne pouvait s'empêcher de tressaillir, et des idées lugubres, des craintes vagues et douloureuses faisaient courir dans ses veines comme un frisson d'horreur : ce rendezvous nocturne , cette inconcevable supercherie , et tout à coup cette mystérieuse disparition du colonel , cetie grave blessure du comte!... tout cela dans une même nuit !.. et dès le lendemain, 1 étrange bouleversement qu on avait remarqué dans toute la personne de lord Felton, dans son humeur, dans ses idées, comme dans son visage et ses paroles!.. Certes, il y avait bien là de quoi réfléchir, de quoi frissonner.
D'abord miss Nelly, en jetant les yeux sur le journal où l'on parlait de la mort du colonel ,
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n'avait pas éprouvé une grande frayeur , car elle s'imaginait que peut-être, après ce qui s était passé, ayant quitté l'Irlande sans permission, il avait un intérêt quelconque à ne pas divulguer sa retraite. Cette manière d'expliquer la disparition du colonel Humbers n'était saus doute pas Tort logique, mais elle devait naturellement venir à l'esprit d'une jeune fille , qui était si loin de soupçonner le complot horrible dont elle se trouvait l'aveugle instrument : elle s'attendait chaque jour à voir reparailre sir William , et cette vue l'aurait sans doute soulagée d'un grand poids , car tout ce qu'elle voyait depuis quelque temps autour d'elle la frappait d'une singulière épouvante.
Un jour , sir Frédéric vint annoncer à lady Felton qu'il devait partir le lendemain pour Londres avec sou oncle : ils ne resteraient qu'une semaine ou deux à Londres , et s'embarqueraient tout de suite pour le continent. Sir
Frédéric ne savait pas encore précisément dans quelle ville de Provence ou d'Italie ils fixeraient leur séjour : suivant toute probabilité , ce serait INaples. En tout cas , sir Frédéric tiendrait sa tante au courant de ce qui se passerait dans le voyage , et lui donnerait , avec exactitude , des nouvelles de lord Felton. Il ne doutait pas que son oncle ne revînt complètement rétabli ; il conjurait lady Felton de prendre courage , et lui promettait bientôt des jours meilleurs.
Lady Felton apprit ce départ avec une douleur indéfinissable. Elle allait donc rester seule, en proie aux plus sombres pensées , à mille craintes déjà bien vives , et que la solitude allait rendre plus vives encore 1 Depuis son mariage, c'était la première lois que lord Felton s'éloignait d'elle : jamais encore ils ne s'étaient séparés,, même pour quelques jours ; et cette absence d'un époux aimé, cette première absence allait durer plusieurs mois sans doute , une an-