‹ Le neveu d'un lordChapitre 10 sur 13 · Î)TN LORO · texte numérisé non relu

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heur avec une impéralrice , on a Irès-peu de goût pour les bergères; et vous devez savoir, milady , que mon amour est en général de fort bonne maison , passablement aristocratique , très-peu bourgeois , et d'une ambition qui s'élancerait jusqu'au trône d'Angleterre, comme pourrait le dire an besoin la tendre et sensible reine Caroline!...

L'accent dont Frédéric prononça la dernière phrase, et surtout le nom de la reine, avait quelque chose de mystérieux et d'infernal accompagné d'un sourire plein de fatuité.

Lady Felton , saisie d'indignation , fui nu moment de lui jeter à la face quelque réponse amèreet flétrissante ; le nom du courrier Bergarai vint à ses lèvres , mais il n'en sortit point : femme, elle plaignait le malheur d'une femme outragée et victime de la calomnie peut-être,

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elle plaignait une reine entourée dé complots, et sans doute précipitée dans un piège infâme qu'on avait tendu sous ses pas. Elle eut donc l'air de ne pas comprendre Tallusion cruelle et insolente de sir Frédéric.

— Cléland, dit -elle, je vous répète que je parle sérieusement : vous me répondez avec un ton de badinage qui n'est pas de saison ! Je vous ai dit ceque j'avais sur le cœurl... croyez que je me suis fait violence j n'oubliez pas que j'aime miss Nelly , et que le séducteur de celte enfant serait pour moi un objet de haine et de mépris. C'est la dernière fois, j'espère, que j'aurai à vous parler d'elle!... Maintenant, Frédéric, changeons d'entretien et redevenons bons amis.

Et lady Felton , avec un sourire doux et gracieux, tendit la main à Cléland.

— Toujours bonne , toujours belle , indul-

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gente et divine î s'écria Frédéric en pressant contre ses lèvres la main charmante de lady Felton ; puis , déployant Ions les trésors de sa conversation vive et galante , il raconta fort spirituellement mille jolies anecdotes , qu'il saupoudrait de mensonges , de médisances et de sarcasmes , où les plus nobles familles d'Angleterre n'étaient pas épargnées.

— Que vous êtes méchant , Frédéric ! interrompit lady Felton avec un sourire qui n'avait plus de rancune. Allons , taisez-vous ; gardez toutes vos belles histoires pour les clubs et les soirées de Londres : vous savez que je n'aime pas le scandale. Mais venez , l'air commence à fraîchir , je retourne au château.

Cléland demanda à sa tante la permission de l'accompagner : il la reconduisit jusqu'au per-

ro.'i de marbre qui menait à l'appartement de la comtesse. Ce perron , qui pouvait avoir une douzaine de marclies , donnait sur une grande allée de sapins d'Ecosse , au bout de laquelle on apercevait la mer qui s'enfuyait dans un vague lointain. La cbambre qui s'ouvrait sur le balcon était pleine de fleurs rares et d'arbustes qui répandaient un parfum suave et délicieux. Souvent lady Felton venait passer une heure au milieu de cette atmosphère embaumée : c'est là qu'elle aimait à lire ses poètes favoris; alors elle trouvait plus d'harmonie au vers , plus de charme à la pensée, à l'expression poétique. Cette pièce communiquait, par un escalier tournant, à une espèce de boudoir meublé avec une recherche merveilleuse, dans legoùtde Louis XIV: la chambre à coucher de la comtesse était contiguë à ce boudoir, dont les fenêtres regardaient l'allée de sapins. L'appartement de lord Felton se trouvait assez éloigné

de la chambre à coucher de sa femme ; plusieurs salons très- vastes les séparaient.

A peine lady Felton eut-elle quitté Frédéric, que celui-ci , changeant tout à coup d'expres- .sion de visage , monta rapidement l'escalier qui menait aux combles du château , et , tournant la tête avec inquiétude pour voir si personne ne l'observait, il frappa mystérieusement à la porte de Job Griffith : aucun bruit , aucun mouvement ne se fit dans la chambre , et Frédéric, impatienté d'attendre, frappait d'une manière plus impéralive , lorsqu'il entendit une voix rauque et catarrheuse qui demandait, avec un tremblement de colère , le nom de l'importun visiteur.

— Eh ! c'est moi, vieil Israélite de tous les diables! répondit Frédéric avec emportement. Ouvre , imbécile , ouvre donc.

La porte s'enlr'oiivrit peu n peu , et par rentre-bâillement apparut la mine blême de JobGriffîth.

— Pardon, votre honneur! bégaya-t-il avec un bideux sourire qui découvrit ses gencives rouges comme du sang; vous savez bien qu'il faut de la prudence, et que je n'ouvre pas à tout le monde!...

— Mais , vieux cormoran , je ne suis pas tout le monde , moi! Je t'en préviens, une autre fois ne me laisse pas moisir à ta porte ; il est inutile qu'on sache dans cette maison que je suis en affaires avec toi.

— C'est parfaitement inutile, marmotta le juif en poussant le verrou de la porte quand le jeune homme fut entré ; mais lihe autre fois , pour ne pas attendre, rappelez- vous la consigne: ne frappez pas , et grattez avec le manche de

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votre canif. Ah î dam , voyez-vous , c'est que la besogne chauffe ! ça marche... et je suis obligé de me barricader comme dans une place forte, car tous ces palefreniers , ces valets de chiens , toute cette vermine en livrée rôde continuellement dans mon corridor, et vient regarder par les fentes de ma porte; heureusement queje les ai bouchées toutes avec du mastic. Mais voilà-t-il pas maintenant qu'ils s'avisent de lorgner par le trou de ma serrure ! . . . même que j'ai vu ce malin briller un œil qui flambait comme uneescarboucle ! C'est bon ! Je n'ai fait semblant de rien, j'ai pris une longue et belle aiguille, et je l'ai poussée dans le trou de la serrure... mais l'œil était parti !... C'était bien certainement l'œil du diable ! chose qui est assez commune dans les vieux châteaux...

— Allons, tais-toi, maudit bavard ! interrompit Cléland, et montre-moi ton chef-d'œuvre.

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