R LE NEVEU
Cléland, qui venait passer de temps à autre une semaine ou deux au château de son onole. Mais ce brillant libertin, qui joignait une malice diabolique aux désirs effrénés de Lovelace , n'avait pas tardé à s'apercevoir que miss Nelly était charmante, sensible et crédule, et qu'il n'aurait pas grande peine à rentraîiier dans tous les pièges qu'il voudrait lui tendre. 11 commença donc par exciter encore cette ardeurétrange qui dévorait la pauvre Nelly; il la fascina comme le serpent qui tenta Eve, parle magnétisme du regard et la puissance enivrante des flatteries, qui, depuis le commencement du monde, exercent le plus merveilleux empire sur la nature faible et orgueilleuse des femmes : trente lois par joui* il lui répétait, d'une voix douce et mielleuse , qu'elle était jolii^ et spirituelle , qu elle était laite pour brillei- parmi les grandes dames de la cour , et non pour rester ensevelie , jeune , belle et rayonnante ,
dans un sombre manoir , comme l'or pur au fond des mines. Pour donner plus de force à ses paroles captieuses, il prêtait à la pauvre enfant tous ces livres passionnés et perfides où se cache une vipère sous chaque touffe d'herbe, et du poison dans chaque fleur. Miss Neliy s'était plongée avec ivresse dans ces lectures fatales qui, chaque jour , corrompaient sa candeur et son innocence, et I enveloppaient dans un réseau inextricable de sophismes el de morale dangereuse. Quelques semaines avaient suffi pour égarer complètement l'esprit nail de cette jeune fille qui , pleine d'une flamme inconnue et d'un inconcevable besoin d'aimer, s'était prise d'une passion folle pour Frédéric, auquel , dans son délire, elle n avait pas eu la force de résister. Mais, à peine victorieux, Cléland , qui ne se piquait pas fe lidélilé ni de constance , n'avait rien eu de plus pressé que de fuir sa conquête : il était revenu à Londres; et depuis miss Nelly, il