‹ Le neveu d'un lordChapitre 3 sur 13 · SO LE NEVEU · texte numérisé non relu

SO LE NEVEU

avait ehangé presque tous les jo\irs de maîtresse.

La malheureuse jeune fille était bien loin encore de croire à Tingratitude de son amant; elle l'attendait ^avec une fiévreuse impatience , et pensait loul naturellement que si Frédéric ne restait pas toujours au château de son oncle, c'était seulement dans la crainte de la compromettre, et d'éveiller les soupçons de la comtesse qui semblait déjà se douter de quelque chose. Nelly écrivait souvent à sir Frédéric, qui ne répondait guère à toutes ces lettres pleines d'une passion brûlante et insensée; depuis quelque temps surtout, les réponses de Cléland devenaient si rares, que miss Nelly, en proie à une vague tristesse, agitée de craintes indéfinissables, semblait avoir changé de caractère, et répondait souvent avec une certaine aigreur à sa maîtresse toujours boime et charmante pour elle.

Lady Felton n'avait su d'abord à quelle raison attribuer un pareil changement; mais, ayant trouvé un jour dans la chambre de miss Nelly une lettre adressée à Cléland, et que celle-ci avait oubliée sur une table, la comtesse, éclairée d'une idée subite, avait compris que l'absence prolongée de Frédéric pouvait bien être la cause du chagrin de Nelly; mais, très-loin de soupçonner toute la vérité , elle n'avait pas ouvert cette lettre , et n'avait pas cru devoir en parler encore à la jeune fille.

Lady Felton, étonnée de la pâleur répandue sur tous les traits de Nelly et de sa brusque apparition, lui demanda d'une voix émue ce qui la troublait ainsi.

Nelly était si profondément agitée, qu'elle resta un moment sans pouvoir répondre.

~ Eh bien! ma chère petite, qu'avez-vous?

reprit lady Felton avec intérêt. Expliquez-vous, allons!

— Oh! mon Dieu , qu'est-ce que j'apprends l bégaya Nelly d'une voix trenablante , on dit que sir Frédéric est mortellement blessé !

Et ses genoux étaient si faibles, qu'elle faillit tomber, et fut obligée de s'asseoir.

— Rassurez-vous, Nelly, ce n'est qu'une léfjère blessure, répondit Henriette avec un air de surprise et de mécontentement qu'elle cherchait néanmoins à dissimuler. Mais, je vous en conjure, 'dites-moi , qu'avez-vous donc? Comme vous ^tes pale , effarée !

— Ah ! madame , c'est bien naturel ! balbutia Nelly en pâlissant encore davantage ; ce domestique avait un air si niorîic , si lugubre! Imagnie/-vons . madame , qu'il eM arrivé à bride

abattue, tout haletant, toutcouvertde poussière I j'ai reconnu Frank, le domestique de sir Frédéric!... Jai cru qu'il était mort, ce pauvre jeune homme !

— L'accident qui vient d'arriver est fâcheux, sans doute , répliqua lady Felton en appuyant sur les mo(s ; mais je vous répèle qu'il n y a rien de ^rave, et que vous êtes trop prompte à vous alarmer. Vous portez donc un bien vif intérêt à sir Frédéric?...

-- Ah ! madame , murmura Nelly , dont les joues décolorées se couvrirent tout à coup d'un brillant incarnat, c'est un gentilhomme si galant, si beau . si aimable!...

— Oui , beaucoup trop peut-être , Nelly ! interrompit sévèrement lady Fellon. Je désirerais fort, quand il nous rend visite, qu'il s'occupât moins de vous, et vous de lui...

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